L’économiste et universitaire Ridha Chkoundali a tiré la sonnette d’alarme, lundi 1er juin 2026, concernant la progression spectaculaire des billets et pièces en circulation hors du système bancaire tunisien. Intervenant sur Jawhara FM, il a qualifié la situation de préoccupante et estimé que les montants actuellement observés pourraient encore augmenter d’ici la fin de l’année si aucune mesure corrective n’est adoptée.
Selon lui, la masse fiduciaire en circulation a atteint près de 30 milliards de dinars au 26 mai 2026, contre environ 24 milliards de dinars à la même période de l’année précédente. Cette hausse de six milliards de dinars en seulement douze mois traduit, selon son analyse, un retrait massif des liquidités du circuit bancaire au profit des transactions en espèces.
Ridha Chkoundali a attribué cette évolution à plusieurs réformes récentes, citant en premier lieu la dernière législation sur les chèques, qui a profondément modifié les habitudes de paiement des agents économiques. Il a évoqué également le relèvement du plafond légal des paiements en espèces à 5000 dinars ainsi que la généralisation de la facture électronique, mise en œuvre alors que de nombreuses entreprises et infrastructures numériques n’étaient pas encore pleinement préparées.
Pour l’universitaire, cette combinaison de facteurs a favorisé un retour massif au paiement en espèces, au détriment des instruments bancaires traditionnels et électroniques, et constitue un indicateur de l’élargissement de l’économie informelle.
Il estime également que cette situation révélait une perte de confiance dans les moyens de paiement bancaires. Lorsque les agents économiques préfèrent conserver leurs liquidités en dehors des banques, celles-ci se trouvent privées d’une partie importante de leurs ressources de financement.
L’économiste a souligné que la diminution des dépôts bancaires réduisait mécaniquement la capacité des établissements financiers à accorder des crédits aux entreprises et aux ménages. Cette contraction des ressources disponibles risque d’affecter particulièrement les petites et moyennes entreprises, dont le financement dépend largement du crédit bancaire.
Selon lui, cette raréfaction de la liquidité bancaire constitue un frein direct à l’investissement productif et, par conséquent, à la croissance économique.
Ridha Chkoundali a également mis en garde contre les conséquences de cette évolution sur l’efficacité de la politique monétaire. Lorsque les liquidités circulent hors du système bancaire, la Banque centrale dispose de moins de leviers pour réguler la masse monétaire, orienter le crédit vers les secteurs prioritaires ou agir efficacement sur les tensions inflationnistes.
Ainsi, l’expansion du cash réduit la capacité des autorités monétaires à accompagner les politiques publiques destinées à soutenir certains secteurs stratégiques, tels que l’agriculture ou les énergies renouvelables.
Pour inverser cette tendance, l’économiste a plaidé pour le développement de solutions de paiement électronique accessibles, sécurisées et à faible coût, estimant notamment que les frais appliqués aux transactions électroniques demeurent trop élevés et constituent un obstacle à leur généralisation.
Il a appelé également à renforcer les mécanismes d’intégration de l’économie informelle dans le circuit officiel et à réexaminer certaines dispositions législatives récentes, notamment celles relatives aux chèques, dont les effets sur l’activité économique sont, selon lui, contre-productifs.
Ridha Chkoundali a également abordé la question du pouvoir d’achat. Selon ses calculs, le pouvoir d’achat des Tunisiens avait diminué d’environ 25% au cours des trois dernières années sous l’effet combiné de l’inflation et de la pression fiscale.
À ses yeux, les augmentations salariales accordées dans la fonction publique demeurent largement insuffisantes pour compenser cette érosion. Il a noté que les revalorisations prévues ne permettraient de récupérer qu’une faible partie des pertes enregistrées, les hausses nettes de revenus restant inférieures à l’évolution des prix, notamment pour les produits alimentaires.
N.J










