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UGTT : soutien à la grève des banques et mise en garde contre l’aggravation des tensions sociales

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Par Imen Nouira

    Réunie jeudi 4 juin 2026 à Tunis, l’instance administrative nationale de l’Union générale tunisienne du travail (UGTT) a consacré une large part de ses travaux à la détérioration du pouvoir d’achat, au blocage du dialogue social et à la montée des tensions dans plusieurs secteurs d’activité. La centrale syndicale a notamment apporté son soutien à la grève annoncée dans le secteur bancaire, réclamé l’ouverture de négociations salariales dans le secteur privé au titre de 2025 et dénoncé le non-respect de plusieurs engagements sociaux par le gouvernement et certains employeurs.

    Dans son communiqué final publié à l’issue de ses travaux tenus au siège de la centrale syndicale à la place Mohamed-Ali, sous la présidence du secrétaire général Slaheddine Selmi, l’instance administrative nationale de l’UGTT décrit un contexte marqué par l’aggravation des difficultés économiques et sociales, la détérioration des conditions de vie des salariés et des catégories populaires ainsi que la persistance du blocage du dialogue social.

    Pour l’organisation, ces facteurs contribuent à alimenter un climat de tension croissante et font peser des risques sur la stabilité sociale du pays.

    Le dossier salarial au premier plan

    L’une des principales décisions annoncées par l’instance administrative nationale concerne le secteur bancaire. L’UGTT a exprimé son soutien total à la décision du conseil sectoriel des banques de mettre en œuvre une grève sectorielle pour protester contre l’exclusion des agents du secteur des augmentations salariales prévues au titre de l’année 2025.

    La centrale syndicale considère que cette situation remet en cause le principe de la négociation collective et porte atteinte au dialogue social, qu’elle qualifie d’instrument indispensable pour prévenir les tensions et garantir la stabilité des relations professionnelles.

    L’organisation ne limite toutefois pas ses revendications au seul secteur bancaire. Elle appelle également à l’ouverture d’un cycle de négociations dans le secteur privé afin de permettre aux salariés concernés de bénéficier de leur augmentation salariale au titre de 2025. Pour l’UGTT, il s’agit d’une question de justice sociale dans un contexte marqué par une dégradation continue du niveau de vie.

    La centrale syndicale estime que l’absence de réponses concrètes aux revendications salariales risque d’alimenter davantage le mécontentement social dans plusieurs secteurs.

    Pouvoir d’achat : l’UGTT exprime sa colère

    L’instance administrative nationale a également consacré une large partie de ses travaux à la question du pouvoir d’achat. L’UGTT se dit profondément préoccupée par ce qu’elle qualifie d’effondrement continu de la capacité d’achat des salariés, des retraités et d’une large partie de la population.

    Selon elle, la hausse des prix atteint un niveau particulièrement préoccupant et continue d’affecter lourdement les ménages. La centrale syndicale dénonce également la persistance des phénomènes de spéculation et de monopole ainsi que l’insuffisance des mesures destinées à protéger les citoyens contre la flambée du coût de la vie.

    Pour l’organisation, les salariés, les retraités et les catégories populaires supportent aujourd’hui l’essentiel du coût de la crise économique et des déséquilibres financiers. Elle estime que les politiques actuelles ne permettent pas de répondre efficacement aux causes profondes de la détérioration de la situation économique et sociale.

    L’UGTT considère que l’absence de solutions structurelles face à l’inflation et à la dégradation du pouvoir d’achat accentue les difficultés rencontrées quotidiennement par de nombreuses familles tunisiennes.

    Accords non appliqués et tensions dans les entreprises

    La centrale syndicale s’est également montrée très critique à l’égard du gouvernement et de certains employeurs, qu’elle accuse de ne pas respecter leurs engagements légaux et contractuels.

    L’UGTT dénonce notamment la non-application de plusieurs accords sectoriels, régionaux et collectifs pourtant conclus à l’issue de longues négociations et de mouvements sociaux ayant nécessité d’importants sacrifices de la part des travailleurs.

    Selon elle, le non-respect de ces accords porte atteinte à la crédibilité du dialogue social et risque de transformer les engagements signés en simples déclarations sans effet concret. L’organisation met en garde contre les conséquences d’une telle situation sur le climat social.

    L’instance administrative nationale a également dénoncé la multiplication des tensions dans plusieurs entreprises publiques et privées. Elle évoque des licenciements qu’elle qualifie d’abusifs ainsi que des actes de harcèlement, de pression et de ciblage visant des travailleurs et des syndicalistes en raison de leur engagement syndical ou de leur attachement à leurs droits.

    La centrale syndicale a tenu à saluer les travailleurs et travailleuses mobilisés dans différentes régions du pays, notamment à Ben Arous, Tataouine, Kairouan, Sfax et Bizerte. Elle a rendu hommage à leur détermination et à leur résistance face aux différentes formes de pression auxquelles ils sont confrontés dans la défense de leurs droits et de leur dignité.

    Elle a également exprimé son soutien aux syndicalistes du secteur de la santé dans la région de Tunis, confrontés à une série de procédures judiciaires et de jugements rendus par défaut en lien avec leurs actions revendicatives.

    Inquiétudes autour des services publics

    Au-delà des questions strictement syndicales, l’UGTT attire l’attention sur la situation des services publics, qu’elle juge particulièrement préoccupante.

    L’organisation évoque une dégradation continue de la qualité des prestations dans plusieurs secteurs essentiels, notamment la santé, l’éducation et le transport. Elle estime que cette situation prive de nombreux citoyens de droits fondamentaux et contribue à accentuer le sentiment de frustration au sein de la population.

    Pour la centrale syndicale, le recul des services publics constitue un facteur supplémentaire de tension sociale et risque d’alimenter davantage le mécontentement dans différentes régions du pays.

    Face à ce constat, l’UGTT appelle à une révision des choix économiques et sociaux actuels. Elle plaide pour la mise en œuvre de politiques nationales axées sur le soutien à la production, la création d’emplois, la protection des entreprises publiques, la préservation du pouvoir d’achat ainsi que le renforcement de la justice fiscale et sociale.

    Soutien aux avocats et défense des libertés

    L’instance administrative nationale a également exprimé son soutien aux avocats dans ce qu’elle considère comme une lutte légitime pour la défense de la profession et du droit à la défense.

    Elle a également réaffirmé sa solidarité avec la Ligue tunisienne des droits de l’Homme (LTDH) ainsi qu’avec les différentes associations et organisations nationales et civiles engagées dans la défense des droits et des libertés.

    L’UGTT réitère à cette occasion son attachement aux libertés publiques et individuelles ainsi qu’à la liberté d’opinion et d’expression. Elle appelle au respect de ces principes et à la cessation de toute forme de restriction, de pression ou de poursuite visant les acteurs de la société civile.

    Une mise en garde adressée au gouvernement

    Dans la dernière partie de son communiqué, l’UGTT réaffirme son attachement à son indépendance et à son rôle historique dans la défense des droits, des libertés et des intérêts des travailleurs et des travailleuses.

    L’organisation rejette toute tentative visant, selon elle, à affaiblir son rôle ou à contourner sa place dans le paysage national et social. Elle tient le gouvernement pour responsable de la montée des tensions sociales observées ces derniers mois, estimant que cette situation résulte du non-respect des accords conclus, du blocage du dialogue social et de l’absence de réponses aux revendications qu’elle juge légitimes.

    Dans un contexte marqué par la multiplication des tensions sociales et le blocage du dialogue social, la centrale syndicale laisse ainsi entendre qu’une nouvelle phase de mobilisation pourrait s’ouvrir si les revendications portées par les travailleurs continuent d’être ignorées.

    L’UGTT affirme enfin qu’elle restera fidèle à sa mission de défense des travailleurs et des travailleuses ainsi qu’aux intérêts du peuple tunisien. Elle prévient qu’elle n’hésitera pas à recourir à toutes les formes de lutte syndicale légales que la période pourrait imposer afin de défendre les droits et les acquis sociaux, de préserver la dignité économique et sociale des citoyens et de faire valoir les revendications qu’elle porte.

    I.N.

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