Le Syndicat national des journalistes tunisiens (SNJT) a exprimé, vendredi 5 juin 2026, son soutien au journaliste Mourad Zeghidi, qui a entamé une grève de la faim pour protester contre la poursuite de son incarcération. Dans un communiqué, l’organisation a également appelé à une révision du jugement prononcé à son encontre et a réitéré sa demande de libération.
Le syndicat affirme avoir appris « avec une profonde préoccupation » l’entrée en grève de la faim du journaliste, présentée comme une protestation contre la poursuite de sa détention et ce qu’il considère comme une atteinte à ses droits fondamentaux.
Le SNJT a réaffirmé sa « solidarité totale et constante » avec Mourad Zeghidi dans ce qu’il qualifie de lutte pacifique pour la défense de ses droits. Il a toutefois exprimé son inquiétude face aux « graves répercussions sanitaires » que pourrait entraîner la poursuite du mouvement de protestation.
Dans ce contexte, le syndicat a appelé le journaliste à suspendre sa grève de la faim afin de préserver sa santé physique et psychologique et de permettre la poursuite des démarches juridiques et des actions de soutien engagées en sa faveur.
Le SNJT réclame une révision du jugement
Le syndicat estime que Mourad Zeghidi a été poursuivi et jugé dans des affaires liées à l’exercice de sa liberté d’expression et de son activité journalistique. Il rappelle que ces droits sont garantis par la Constitution tunisienne ainsi que par les conventions internationales ratifiées par la Tunisie.
Le SNJT réaffirme également son rejet de toute utilisation des textes juridiques visant, selon lui, à restreindre la liberté d’expression ou à criminaliser les opinions et positions exprimées dans le cadre du travail journalistique.
Partant de ce constat, l’organisation appelle à une révision du jugement prononcé contre le journaliste et réclame sa libération immédiate. Elle considère que le maintien en détention de Mourad Zeghidi constitue une atteinte à son droit à la liberté d’expression et aux engagements constitutionnels et internationaux de la Tunisie en matière de protection des droits et libertés.
Le SNJT interpelle les autorités
Le syndicat tient les autorités compétentes, notamment le ministère de la Justice et l’administration générale des prisons et de la rééducation, pour responsables de la protection de l’intégrité physique et psychologique du journaliste.
Il appelle à garantir le suivi médical nécessaire, à assurer des contrôles réguliers de son état de santé et à prendre toutes les mesures nécessaires pour préserver son droit à la santé, à la vie et à la dignité.
Le SNJT réclame également le respect de l’ensemble des droits garantis à Mourad Zeghidi, notamment l’accès aux soins, une prise en charge digne ainsi que le maintien des contacts avec sa famille et son équipe de défense.
Le syndicat appelle par ailleurs les institutions nationales, les organisations de défense des droits humains ainsi que les différentes parties concernées à suivre de près l’évolution de sa situation sanitaire et juridique, à contribuer à la protection de ses droits fondamentaux et à œuvrer pour mettre fin à toutes les formes de restrictions à la liberté de la presse et à la liberté d’expression.
Le SNJT réaffirme enfin son attachement à la défense des droits et libertés des journalistes ainsi qu’aux principes universels des droits humains. Il estime que la protection de la liberté de la presse, de la liberté d’expression et de la dignité humaine constitue l’un des fondements de l’État de droit et de la protection des libertés fondamentales.
Une grève de la faim annoncée jeudi
La veille, jeudi 4 juin 2026, la famille de Mourad Zeghidi avait annoncé que le journaliste avait décidé d’entamer une grève de la faim pour dénoncer « l’injustice » dont il s’estime victime et l’« acharnement judiciaire » exercé à son encontre.
Dans un communiqué, ses proches avaient indiqué que cette décision intervenait après plus de deux années de procédures judiciaires et de poursuites qu’ils jugent injustifiées. Ils avaient également fait part de leur vive inquiétude quant aux conséquences de cette action sur son état de santé et appelé les défenseurs des droits humains, les journalistes, les organisations de la société civile et les citoyens à se mobiliser en sa faveur.
La famille avait en outre réitéré sa demande de libération du journaliste et la fin de ce qu’elle considère comme un acharnement judiciaire.
Des condamnations devenues définitives
Cette mobilisation intervient quelques semaines après la confirmation des condamnations prononcées contre Mourad Zeghidi et Borhen Bssais.
Le lundi 12 mai 2026, la chambre criminelle près la cour d’appel de Tunis a confirmé le jugement rendu en première instance dans une affaire liée à des accusations de blanchiment d’argent et d’infractions fiscales. Les deux journalistes ont ainsi été condamnés à trois ans et six mois de prison.
Le jugement de première instance, rendu le 22 janvier 2026, prévoyait également des amendes financières, la confiscation de biens ainsi que la saisie des parts sociales détenues dans certaines sociétés au profit du Trésor public.
Arrêtés le 11 mai 2024, Mourad Zeghidi et Borhen Bssais avaient déjà été condamnés à huit mois de prison dans une autre affaire fondée sur le décret-loi n°54 relatif à la lutte contre les fausses informations et les infractions commises via les systèmes d’information et de communication.
Selon leur avocat, Ghazi Mrabet, les différentes condamnations étant désormais définitives, la peine totale atteint quatre ans et deux mois de prison. Leur libération n’est ainsi pas attendue avant la fin du mois de juin 2028.
I.N.










