La démission de Hassen Jarboui de la présidence de la Commission de l’agriculture, de la sécurité alimentaire et de l’eau n’était peut-être pas un geste isolé. Au lendemain de cette annonce, des membres de la commission évoquent désormais ouvertement une suspension de leurs activités, voire une démission collective.
Invité vendredi 5 juin 2026 sur Diwan FM, le député Taher Ben Mansour, membre de la commission, a dressé un constat particulièrement sévère de la situation. Sans s’exprimer officiellement au nom de la commission, il a affirmé partager le sentiment qui a conduit Hassen Jarboui à quitter ses fonctions.
« Les choses n’allaient pas bien », a-t-il résumé, pointant notamment les relations de plus en plus compliquées entre la commission et le ministère de l’Agriculture.
Une commission qui dénonce un dialogue rompu
Selon le député, le ministère de l’Agriculture n’aurait tenu aucune réunion avec la commission depuis l’examen de la loi de finances. Les quelques rencontres organisées auraient été assurées par des directeurs généraux plutôt que par le ministre lui-même.
Pour Taher Ben Mansour, cette situation intervient alors même que le secteur agricole traverse une succession de crises : flambée des prix des légumes, difficultés de la filière oléicole, problèmes dans le secteur des dattes, tensions autour de l’approvisionnement en moutons à l’approche de l’Aïd, difficultés de la pêche ou encore pénurie d’eau.
Il rappelle que la commission a multiplié les visites de terrain, de Béja au Sud tunisien, ainsi que les auditions et les réunions consacrées aux différentes filières agricoles. Des travaux qui, selon lui, n’ont débouché sur aucune avancée concrète faute d’interaction avec l’exécutif.
« Les commissions parlementaires ont perdu leur rôle »
Au-delà du seul secteur agricole, le député décrit ce qu’il considère comme une véritable crise institutionnelle.
Il critique notamment la décision prise en mai par la présidence du gouvernement de suspendre pendant un mois ses échanges avec le Parlement afin de se consacrer au travail gouvernemental.
Plus grave encore, Taher Ben Mansour estime que les mécanismes de contrôle parlementaire sont aujourd’hui paralysés. Il affirme que certaines questions écrites ou orales adressées au gouvernement restent sans réponse pendant des mois, voire des années.
« Les commissions parlementaires ont perdu leur rôle », a-t-il lancé, considérant que le Parlement ne dispose plus des moyens nécessaires pour exercer pleinement ses prérogatives de contrôle.
Une démission collective sur la table
Interrogé sur les informations faisant état d’une possible démission collective des membres de la commission ou d’une suspension de ses travaux, le député a confirmé que toutes les options étaient actuellement discutées.
Les membres de la commission doivent se réunir prochainement afin de décider de la suite à donner à la démission de Hassen Jarboui.
Parmi les scénarios envisagés figurent une tentative de convaincre l’ancien président de revenir sur sa décision, la poursuite des travaux sous une nouvelle présidence, la suspension des activités de la commission ou encore une démission collective de ses membres.
Taher Ben Mansour a toutefois insisté sur le fait qu’aucune décision n’avait encore été arrêtée et que chaque député conservait sa propre appréciation de la situation.
La démission de Hassen Jarboui, qui dénonçait jeudi des blocages administratifs, bureaucratiques et politiques empêchant toute réforme du secteur agricole, semble ainsi avoir mis au jour un malaise plus profond touchant les rapports entre le Parlement et l’exécutif.










