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Paiements : le virement domine, les lettres de change relèguent les chèques au 3e rang au premier trimestre 2026

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Par Imen Nouira

    Au premier trimestre 2026, le bouleversement inédit dans l’usage des moyens de paiement télécompensés révélé par la Banque centrale de Tunisie (BCT) s’est poursuivi. Le virement conforte sa position de premier moyen de paiement du pays, les lettres de change poursuivent leur montée en puissance et s’imposent désormais comme le deuxième instrument en termes de montants, tandis que le chèque, longtemps dominant, continue de reculer et se retrouve relégué au troisième rang.

    Le virement domine toujours les paiements télécompensés

    Selon le bulletin « Paiements en chiffres en Tunisie » du premier trimestre 2026 publié par la BCT, les virements représentent 65% des moyens de paiement télécompensés en termes de nombre et 36,7% en termes de montants. Au total, 9,6 millions de virements ont été réalisés pour une valeur globale de 19,58 milliards de dinars. Par rapport à la même période de 2025, leur nombre a progressé de 2,3% tandis que les montants échangés ont augmenté de 8,7%.

    Le virement confirme ainsi la place qu’il a conquise en 2025, année marquée par le basculement historique des habitudes de paiement en Tunisie. Il demeure également l’instrument le plus fiable du système de télécompensation, avec un taux de rejet limité à seulement 0,1% aussi bien en nombre qu’en montant. Cela représente environ 9.600 virements rejetés pour une valeur estimée à 19,6 millions de dinars.

    Les lettres de change dépassent désormais les chèques en montant

    La lettre de change confirme son ascension et devient le deuxième moyen de paiement télécompensé en termes de montants. Au cours des trois premiers mois de l’année, 1,2 million de lettres de change ont circulé pour une valeur totale de 13,91 milliards de dinars. Elles représentent désormais 26,1% des montants télécompensés, contre 21,5% pour les chèques.

    L’instrument affiche également la plus forte progression parmi les principaux moyens de paiement. Le nombre de lettres de change traitées a augmenté de 35,9%, tandis que les montants échangés ont progressé de 23,5% sur un an.

    Cette montée en puissance s’accompagne toutefois d’un niveau de rejet élevé. Les lettres de change enregistrent un taux de rejet de 9,6% en nombre et de 9,5% en montant, les plus importants parmi les instruments télécompensés suivis par la Banque centrale. Cela correspond à environ 115.200 lettres de change rejetées représentant près de 1,32 milliard de dinars.

    Le chèque poursuit sa chute

    À l’inverse, le chèque continue de perdre du terrain. Au premier trimestre 2026, 1,7 million de chèques ont été télécompensés pour un montant global de 11,51 milliards de dinars. Ils ne représentent plus que 11,9% des opérations en nombre et 21,5% des montants échangés.

    Par rapport au premier trimestre 2025, le nombre de chèques traités a chuté de 24,9%, tandis que les montants ont reculé de 28%. Cette évolution confirme la rupture observée en 2025, lorsque le chèque avait perdu sa place dominante au profit du virement.

    Malgré ce recul marqué, son taux de rejet demeure relativement contenu par rapport aux lettres de change, à 1% en nombre et 2,3% en montant. Cela correspond à environ 17.000 chèques rejetés pour une valeur estimée à 264,7 millions de dinars.

    Une réforme législative à l’origine de la mutation

    Le recul du chèque traduit l’impact durable de la réforme du Code de commerce relative aux chèques sans provision, adoptée par l’Assemblée des représentants du peuple le 30 juillet 2024 et publiée au Journal officiel de la République tunisienne (Jort) n°94 du 2 août 2024. Dont plusieurs nouvelles dispositions sont entrées en vigueur le 2 février 2025.

    La réforme a introduit un nouveau format de chèque, le plafonnement des chéquiers et des montants, ainsi qu’une plateforme centralisée de vérification de la solvabilité des émetteurs. Si ces mesures visent à renforcer la sécurité des transactions et à limiter les risques liés aux chèques sans provision, elles ont également accéléré le report d’une partie des utilisateurs vers d’autres moyens de paiement, notamment les virements et les lettres de change.

    Une transformation qui se poursuit

    Les chiffres du premier trimestre 2026 confirment ainsi la poursuite de la recomposition du paysage des paiements en Tunisie. Le virement s’impose désormais comme l’instrument de référence, concentrant plus d’un tiers des montants échangés et près des deux tiers des opérations. Dans le même temps, les lettres de change continuent de gagner du terrain et dépassent désormais les chèques en valeur, tandis que ces derniers poursuivent leur déclin sous l’effet des changements réglementaires engagés depuis 2025.

    I.N.

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