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Inflation — Ridha Chkoundali : une famille tunisienne a besoin d’au moins 5500 dinars par mois pour vivre dignement

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Par Nadya Jennene

    Malgré un taux d’inflation qui demeure relativement stable, les signaux envoyés par l’économie tunisienne restent préoccupants. Invité à commenter les dernières données publiées par l’Institut national de la statistique (INS), l’économiste et universitaire Ridha Chkoundali a alerté, mardi 9 juin 2026, sur un changement de tendance de l’inflation, ainsi que sur les risques liés aux tensions géopolitiques au Moyen-Orient, qui pourraient accentuer davantage la hausse des prix dans les prochains mois. 

    Selon lui, l’analyse des chiffres de mai 2026 montre que le taux d’inflation en glissement annuel s’est établi à 5,5 %, soit un niveau identique à celui enregistré en avril. Sur les cinq premiers mois de l’année, l’inflation moyenne a atteint 5,2%, un chiffre inférieur à celui observé durant la même période en 2025, où elle s’élevait à 5,7%.

    Cependant, l’économiste a avancé que ce constat ne devrait pas masquer une évolution plus inquiétante. « Le problème n’est pas tant le niveau de l’inflation que sa trajectoire », a-t-il expliqué. Alors qu’en 2025 la courbe suivait une tendance baissière, passant de 6% en janvier à 5,4% en mai, la situation s’est inversée en 2026. Le taux est ainsi passé de 4,8% en janvier à 5,5% en mai, traduisant une reprise de la dynamique inflationniste.

    Pour Ridha Chkoundali, les effets de la crise géopolitique au Moyen-Orient ne se reflètent pas encore pleinement dans les statistiques actuelles. Il a, toutefois, affirmé que la Tunisie pourrait subir, dans les mois à venir, une inflation importée résultant des perturbations affectant les marchés mondiaux de l’énergie et des matières premières.

    L’économiste a rappelé que l’économie tunisienne était fortement dépendante des importations de matières premières et de produits intermédiaires provenant principalement d’Europe. Toute hausse des coûts énergétiques se répercute mécaniquement sur les coûts de production et finit par alimenter l’inflation intérieure.

    Il a souligné également les risques liés aux perturbations du transport maritime, notamment dans le détroit d’Ormuz, passage stratégique pour une partie importante du commerce mondial. Cette situation pourrait affecter l’approvisionnement en engrais et en intrants agricoles.

    Ridha Chkoundali a particulièrement insisté sur les conséquences que pourraient avoir ces tensions sur l’agriculture tunisienne.

    La Tunisie importe notamment des engrais azotés, dont la production dépend largement du gaz naturel, ainsi que de l’ammoniac nécessaire à la fabrication de certains engrais phosphatés. Or, une part importante de cet ammoniac provient des pays du Golfe et transite par le détroit d’Ormuz.

    Une hausse des coûts ou des difficultés d’approvisionnement entraîneraient une augmentation des charges supportées par les agriculteurs. Face à cette situation, ces derniers pourraient être contraints soit de réduire l’utilisation des engrais, soit de diminuer leur production, avec pour conséquence une nouvelle hausse des prix des produits agricoles.

    L’économiste a noté ainsi que les augmentations actuellement observées sur les fruits, les légumes et les produits alimentaires pourraient s’accentuer davantage.

    Ridha Chkoundali s’est également dit préoccupé par l’acceptation progressive, par les consommateurs, de niveaux de prix autrefois jugés exceptionnels. Selon lui, la hausse continue des prix des viandes rouges est en train de devenir une réalité à laquelle les ménages s’habituent. Il a, dans ce sens, mis en garde contre une situation où certains produits alimentaires essentiels deviendraient progressivement des biens réservés à une minorité de la population. 

    Pour l’universitaire, une telle évolution constituerait un signal particulièrement dangereux en raison de ses conséquences sociales et de l’élargissement des inégalités d’accès à l’alimentation.

    S’appuyant sur ses propres calculs concernant les fonctionnaires de la catégorie A1, représentant une part importante de la classe moyenne, l’économiste a ajouté que le pouvoir d’achat des Tunisiens s’était dégradé d’environ 25% au cours des trois dernières années.

    Dans le même temps, les augmentations salariales nettes prévues sur les trois prochaines années n’atteindraient qu’environ 9%. Ce décalage laisserait présager, selon lui, une nouvelle détérioration du pouvoir d’achat de l’ordre de 16%.

    Interrogé sur le revenu nécessaire pour assurer un niveau de vie décent, Ridha Chkoundali a rappelé avoir déjà avancé, il y a de cela plus d’un an, le chiffre d’environ 4200 dinars mensuels comme « revenu de dignité » permettant à une famille de couvrir ses besoins sans recourir à l’endettement. 

    Il a précisé que cette estimation devrait aujourd’hui être revue à la hausse en raison de l’augmentation continue des prix. Citant certaines études et plateformes spécialisées, il a indiqué qu’une famille composée de deux parents et de deux enfants aurait besoin d’un revenu mensuel proche de 5500 dinars pour vivre convenablement sans avoir recours au crédit.

    Ridha Chkoundali a assuré, en conclusion, que les difficultés actuelles ne pourraient être réduites à une simple inflation importée. Si les tensions internationales risquent d’aggraver la situation, il considère que la Tunisie souffre avant tout d’une inflation structurelle nécessitant des réformes de fond.

    Il a appelé ainsi à une meilleure coordination entre les politiques budgétaire, fiscale et monétaire afin de contenir durablement la hausse des prix, mettant également en garde contre le recours accru au financement du budget de l’État par la Banque centrale. L’injection de liquidités dans l’économie sans création correspondante de richesse pourrait, à son sens, alimenter de nouvelles pressions inflationnistes.

    Pour l’économiste, les mois à venir s’annoncent particulièrement sensibles, entre les tensions géopolitiques internationales et les fragilités internes de l’économie tunisienne, dans un contexte où le pouvoir d’achat des ménages continue de s’éroder.

    N.J

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