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« La machine Saïed a tué la politique » : le réquisitoire de Faouzi Ben Abderrahman

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Par Myriam Ben Zineb

    Faouzi Ben Abderrahman n’y va pas par quatre chemins. Dans une publication diffusée mardi 9 juin 2026, l’ancien ministre dresse un réquisitoire sévère contre le système politique mis en place par le président Kaïs Saïed, qu’il juge privé des conditions mêmes de la réussite.

    Sa question est simple : comment un chef d’État peut-il prétendre transformer un pays sans disposer d’un véritable appui politique ? Pour lui, la réponse ne fait aucun doute : « aucun responsable au sommet de l’État ne peut réussir sans ceinture politique ».

    Or, estime-t-il, Kaïs Saïed non seulement ne dispose pas d’un tel soutien structuré, mais refuse jusqu’à en reconnaître la nécessité. Il décrit un président qui se place au-dessus du jeu politique classique, dans une posture où « les autres ont besoin de lui, mais lui n’a besoin de personne ».

    « Il a tué la politique »

    L’ancien ministre accuse le chef de l’État d’avoir progressivement vidé la politique de sa substance. Ainsi, le débat public, la confrontation des idées et la construction collective de projets pour l’intérêt général ont été remplacés par un système où les institutions fonctionnent sans vision commune ni programme partagé.

    Dans ce tableau particulièrement sombre, le Parlement issu de la Constitution de 2022 apparaît comme une assemblée d’élus « que ne réunissent ni programme ni vision ». Faouzi Ben Abderrahman reconnaît que les députés disposent parfois d’une certaine liberté lors de l’examen de la loi de finances, mais souligne que certaines dispositions votées restent ensuite lettre morte faute de textes d’application.

    Plus grave encore à ses yeux, le gouvernement ne serait soumis à aucun véritable contrôle politique, tandis que le président lui-même ignorerait, dans certains cas, la volonté exprimée par les représentants du peuple pourtant élus dans le cadre du système qu’il a lui-même instauré.

    « La machine Saïed a tué la politique dans son sens noble », écrit-il en substance, estimant que cette absence de vision politique explique « l’impression de tâtonnement permanent » qui toucherait aujourd’hui l’ensemble de la vie publique.

    Gouverner avec l’administration… tout en la condamnant

    L’ancien ministre s’attarde également sur ce qu’il considère comme l’une des contradictions majeures du système actuel : le recours massif à l’administration pour gouverner, combiné à une critique permanente de cette même administration.

    Selon lui, Kaïs Saïed a choisi de s’appuyer sur l’appareil administratif pour gérer les affaires publiques tout en multipliant les reproches, les menaces et les mises en cause publiques contre ses responsables.

    Une situation qui, selon Faouzi Ben Abderrahman, paralyse les cadres de l’État et les pousse à éviter toute prise d’initiative de peur d’être un jour tenus pour responsables.

    Il rappelle pourtant que c’est cette administration qui élabore les programmes, prépare les plans de développement et rédige les projets de loi. Mais sans orientation politique claire, prévient-il, elle finit naturellement par fonctionner selon sa propre logique, marquée davantage par la préservation de l’existant que par le changement.

    Le plaidoyer pour les partis politiques

    Au cœur de sa démonstration figure également une défense assumée des partis politiques, régulièrement critiqués par Kaïs Saïed et ses partisans.

    Pour Faouzi Ben Abderrahman, les partis devraient être des écoles de formation politique, des espaces de réflexion et de production d’idées capables d’élaborer des projets pour le pays. Ils constituent également, selon lui, un maillon essentiel entre les citoyens et le pouvoir.

    L’ancien ministre estime que l’expérience menée depuis 2019, et plus encore depuis 2022, apporte précisément la démonstration inverse de celle recherchée par le chef de l’État : la politique ne peut pas fonctionner durablement sans partis, sans médiations et sans corps intermédiaires.

    Il conclut par une mise en garde. Marginaliser la politique, affaiblir les structures de représentation et contourner les espaces de débat conduirait inévitablement, selon lui, à une impasse que la Tunisie a déjà connue par le passé « avec les résultats que l’on connaît ».

    M.B.Z

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