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À Nabeul, les vergers d’agrumes au bord de la rupture malgré des réserves hydriques au maximum

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Par Nadya Jennene

    Le paradoxe est saisissant. À Nabeul, les barrages débordent presque, mais dans les vergers, les agrumes commencent à manquer d’eau.

    Dans les principales zones agrumicoles du gouvernorat — Soliman, Béni Khalled, Menzel Bouzelfa et Bou Argoub — la campagne agricole 2026 se déroule sous haute tension. Alors que les précipitations abondantes de ces derniers mois ont rempli les réserves hydriques à des niveaux rarement atteints, l’irrigation accuse un retard critique qui menace directement les exploitations.

    Les chiffres donnent pourtant le vertige. Les barrages de Nabeul affichent un taux de remplissage de 100%, représentant près de 48 millions de mètres cubes d’eau stockés. Les barrages collinaires ajoutent environ 24 millions de mètres cubes supplémentaires, tandis que les lacs collinaires en contiennent près de quatre millions.

    Sur le papier, l’eau est là. Dans les champs, elle peine pourtant à arriver.

    Des réseaux vieillissants qui craquent de toutes parts

    Traditionnellement lancée à la mi-mai, la campagne d’irrigation a pris un retard jugé préoccupant par les professionnels du secteur. Avec la hausse des températures, les besoins en eau des agrumes augmentent rapidement, au moment même où les apports restent insuffisants ou irréguliers.

    Résultat : les arbres entrent progressivement dans une phase de stress hydrique qui pourrait avoir des conséquences durables sur la récolte.

    Selon les représentants de l’Utap, le problème ne vient pas du manque d’eau mais de l’état alarmant des infrastructures hydrauliques. Une partie du réseau de distribution remonte à la fin des années 1960 et souffre aujourd’hui d’une vétusté avancée.

    Le président de l’Union régionale de l’agriculture et de la pêche de Béni Khalled, Béchir Aounallah, indique qu’une trentaine de défaillances majeures ont été recensées sur les canalisations. Des travaux d’urgence sont en cours depuis le mois de mai pour tenter de rétablir le fonctionnement du réseau.

    Les agriculteurs affirment pourtant avoir tiré la sonnette d’alarme dès le mois de mars. Ils avaient alerté sur la fragilité des installations et demandé des opérations de contrôle et de maintenance avant le début de la saison. Faute d’interventions préventives suffisantes, les mêmes dysfonctionnements se reproduisent année après année, alimentant une instabilité chronique de l’approvisionnement en eau.

    Chute des fruits et menace sanitaire

    Les premiers effets de cette situation sont déjà visibles dans les vergers.

    Chez les agrumes, et particulièrement les orangers, la régularité de l’irrigation joue un rôle déterminant dans le développement des fruits. Lorsque le stress hydrique s’installe, les arbres activent des mécanismes de survie qui se traduisent notamment par une chute prématurée des fruits, un phénomène connu sous le nom de « chute physiologique ».

    Cette réaction naturelle réduit immédiatement les rendements et risque d’affecter la qualité commerciale de la future récolte.

    Les professionnels s’inquiètent également d’un autre danger. Le président de l’Union régionale de l’agriculture et de la pêche de Bou Argoub, Sami El Houid, met en garde contre une vulnérabilité accrue face au dépérissement rapide des agrumes (Citrus tristeza virus). Si cette maladie virale n’est pas directement provoquée par le manque d’eau, le stress hydrique affaiblit les arbres et réduit leur capacité à résister aux agents pathogènes.

    Pour les acteurs du secteur, l’épisode actuel révèle une contradiction difficilement acceptable : disposer de réserves d’eau abondantes sans être capable de les acheminer efficacement jusqu’aux exploitations. Ils estiment qu’il est désormais urgent de sortir de la logique des réparations ponctuelles pour engager une réhabilitation profonde et durable des infrastructures hydrauliques, sous peine de voir se répéter chaque année le même scénario.

    N.J

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