Le secrétaire général de l’UGTT, Slaheddine Selmi, a profité de son intervention à la 114e session de la Conférence internationale du travail, organisée à Genève, pour défendre le rôle du dialogue social face aux mutations induites par l’intelligence artificielle, tout en dressant un constat critique de la situation des libertés syndicales en Tunisie.
L’intelligence artificielle au cœur des transformations du travail
Dans son allocution, il a salué le rapport présenté par le directeur général de l’Organisation internationale du travail (OIT), intitulé « Un moment de choix », estimant qu’il met en lumière les défis économiques, sociaux et politiques liés au développement de l’intelligence artificielle.
L’UGTT a ainsi réaffirmé son soutien à une gouvernance des transformations numériques fondée sur le dialogue social et la participation des organisations syndicales à l’élaboration des règles encadrant l’usage de l’intelligence artificielle dans le monde du travail. La centrale syndicale a notamment insisté sur les impératifs de transparence, de protection des données personnelles, de responsabilité et de lutte contre toute forme de discrimination.
Des critiques sur la situation des libertés syndicales
Slaheddine Selmi a ensuite abordé la situation tunisienne, regrettant l’absence de progrès jugés suffisants dans la mise en œuvre des recommandations formulées par la Commission de l’application des normes lors de la 112e session de la Conférence internationale du travail concernant le respect de la liberté syndicale et le renforcement du dialogue social.
Selon lui, plusieurs indicateurs témoignent de la persistance de pratiques susceptibles de restreindre l’exercice effectif des droits syndicaux garantis par les conventions internationales ratifiées par la Tunisie ainsi que par le contrat social conclu en 2013 entre l’UGTT, le gouvernement et l’Utica.
Le secrétaire général de l’organisation a également fait part de ses préoccupations concernant ce qu’il considère comme un recul de certaines garanties et facilités nécessaires à l’exercice des responsabilités syndicales. Il a rappelé à ce titre les dispositions de la convention internationale du travail n°151 relative aux relations de travail dans la fonction publique, qui prévoit l’octroi de moyens adéquats aux représentants syndicaux afin qu’ils puissent accomplir efficacement leurs missions.
Dialogue social et négociations collectives en panne
L’UGTT a en outre dénoncé la poursuite de mesures et de procédures visant, selon elle, des syndicalistes en raison de leurs activités syndicales. Elle estime que ces pratiques ne sont pas conformes aux principes défendus par l’OIT en matière de liberté syndicale.
La centrale syndicale a également critiqué le blocage du dialogue social et de la négociation collective aux niveaux national et sectoriel. Elle a évoqué l’absence de concertation sur plusieurs projets de réformes économiques et sociales, ainsi que la paralysie des mécanismes institutionnels de dialogue social, notamment du Conseil national du dialogue social mis en place en 2018.
Pour l’UGTT, le respect de la liberté syndicale, de la négociation collective et du dialogue social constitue non seulement une obligation juridique internationale, mais également une condition essentielle à la stabilité sociale, au développement durable et à une transition juste.
Dans ce contexte, Slaheddine Selmi a appelé le gouvernement tunisien à appliquer pleinement les recommandations de la Commission de l’application des normes et à engager un dialogue social régulier permettant d’aborder les défis économiques et sociaux auxquels le pays est confronté.
Il a également invité l’Organisation internationale du travail à poursuivre le suivi de cette question afin de garantir le respect des normes internationales du travail et des engagements qui en découlent.
Palestine, Liban : l’autre visage de l’intelligence artificielle
Évoquant enfin les enjeux internationaux, Slaheddine Selmi a estimé que l’intelligence artificielle révèle aujourd’hui deux visages opposés : l’un, qu’il a qualifié de destructeur, lorsqu’elle est utilisée dans les conflits armés et les guerres menées en Palestine, au Liban et dans l’ensemble du Moyen-Orient ; l’autre, qu’il considère comme porteur d’espoir, lorsqu’elle sert à mobiliser l’opinion publique, à défendre le droit et à combattre la désinformation.
En conclusion, le secrétaire général de l’UGTT a réaffirmé l’engagement de son organisation en faveur du travail décent et de la justice sociale, plaidant pour un avenir numérique qui place l’être humain au cœur du développement et fasse du progrès technologique un facteur de dignité et d’égalité plutôt qu’une nouvelle source de précarité.
M.B.Z










