La pénurie de plusieurs médicaments et vaccins vétérinaires essentiels suscite une vive inquiétude parmi les professionnels du secteur agricole. Invité mercredi 10 juin 2026 sur les ondes de Mosaïque FM, le président de l’Ordre des médecins vétérinaires, Ahmed Rejeb, a alerté sur les conséquences sanitaires, économiques et alimentaires de cette situation qui fragilise davantage un cheptel tunisien déjà en déclin.
Selon lui, les éleveurs font actuellement face à des difficultés grandissantes en raison de l’indisponibilité de traitements indispensables à la prévention et à la prise en charge de nombreuses pathologies animales. Cette crise intervient à une période particulièrement sensible de l’année, marquée par la transition du bétail des pâturages verts vers une alimentation à base de fourrages secs.
Cette modification du régime alimentaire constitue un facteur de stress physiologique pouvant favoriser l’apparition de certaines maladies métaboliques et infectieuses. À cela s’ajoute l’émergence saisonnière de plusieurs affections transmises par les tiques, les moustiques et d’autres vecteurs biologiques dont la prolifération est favorisée par les températures estivales.
Parmi les maladies les plus préoccupantes figurent notamment la piroplasmose bovine, certaines infections mammaires chez les vaches laitières ainsi que diverses pathologies affectant les performances reproductives des troupeaux.
« La prévention demeure le meilleur moyen de protéger le cheptel », a indiqué Ahmed Rejeb, soulignant que l’absence de vaccins compromet directement la santé des animaux, leur productivité ainsi que leur capacité à assurer une production alimentaire stable.
Au-delà de l’aspect sanitaire, la pénurie touche également les médicaments destinés à l’amélioration des performances reproductives, particulièrement chez les ovins et les bovins.
Ces produits permettent d’optimiser les cycles de reproduction et d’augmenter le nombre de naissances, contribuant ainsi au renouvellement du cheptel et à l’accroissement de la production de viande et de lait. Leur absence risque d’aggraver la baisse des effectifs observée ces dernières années.
Le vétérinaire a également évoqué le manque de certains produits anesthésiques et thérapeutiques utilisés chez les chevaux, les chiens et d’autres animaux, ce qui complique davantage l’exercice de la médecine vétérinaire sur le terrain.
Cette situation ouvre la voie à un commerce parallèle difficilement contrôlable, avec des risques importants pour la santé animale, la sécurité sanitaire des aliments d’origine animale et la traçabilité des traitements administrés, selon le médecin. À son sens, certains éleveurs pourraient être tentés de se tourner vers des produits introduits illégalement sur le marché, face à la rareté des médicaments homologués.
Le président de l’Ordre des médecins vétérinaires a ainsi mis en garde contre cette dérive, estimant que tout vide laissé par le circuit officiel favorise inévitablement l’émergence de solutions informelles dont l’efficacité et l’innocuité ne sont pas garanties.
Revenant sur l’origine de la crise, il a affirmé que cela était dû en grande partie aux lourdeurs administratives entourant les procédures d’approvisionnement. Il a notamment évoqué des retards dans les appels d’offres destinés à l’importation de médicaments et de vaccins vétérinaires.
Ces délais empêchent les laboratoires fournisseurs d’anticiper correctement leurs commandes et retardent l’arrivée des produits sur le marché national. Le vétérinaire a, dans ce sens, appelé à une réforme des mécanismes d’achat public et de distribution afin de garantir une disponibilité continue des produits vétérinaires sur l’ensemble du territoire.
Pour lui, une approche globale combinant amélioration de la gouvernance, modernisation des systèmes de traçabilité du cheptel, soutien à l’élevage et sécurisation des approvisionnements en médicaments et vaccins, est nécessaire pour remédier durablement à cette crise.
Le responsable a avancé, également, que la pénurie actuelle était liée à des dysfonctionnements plus profonds affectant l’ensemble de la filière de l’élevage. Il a notamment pointé du doigt l’absence de statistiques précises et actualisées concernant les effectifs réels du cheptel tunisien ainsi que l’insuffisance des mécanismes de traçabilité et d’identification des animaux.
Il a, dans ce sens, attiré l’attention sur l’érosion continue des effectifs d’élevage. Selon les estimations qu’il a citées, le nombre d’ovins serait passé d’environ sept millions de têtes à seulement 3,5 millions en l’espace d’une décennie. Le cheptel bovin aurait, quant à lui, diminué de près de moitié, passant d’environ 650 000 à 305 000 têtes.
« Si la Tunisie souhaite réellement préserver son cheptel et renforcer sa sécurité alimentaire, il devient impératif de traiter ces problématiques de manière structurelle et non plus conjoncturelle », a-t-il conclu.
N.J










