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Le sport mondial à l’épreuve du boycott : de Berlin à la Coupe du monde 2026

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Par Mohamed Salah Ben Ammar

    Par Mohamed Salah Ben Ammar

    La Coupe du monde 2026, organisée aux États-Unis, au Canada et au Mexique, fait resurgir avec force une question essentielle pour toute personne attachée au respect de la dignité des peuples : dans quelles circonstances le boycott d’un événement sportif devient-il légitime ?

    Le débat n’est pas nouveau. Contrairement à une idée tenace, le sport n’a jamais été séparé de la politique. Les grandes compétitions internationales sont aussi des espaces de représentation, de prestige et parfois de confrontation diplomatique.

    L’histoire en fournit de nombreux exemples. Les Jeux olympiques de Berlin, en 1936, servirent de vitrine au régime nazi. En 1956, plusieurs pays boycottèrent les Jeux de Melbourne pour protester contre l’écrasement de l’insurrection hongroise ou contre l’intervention franco-britannique à Suez. En 1976, vingt-deux nations africaines quittèrent les Jeux de Montréal afin de dénoncer les relations sportives entretenues avec l’Afrique du Sud de l’apartheid. Les boycotts croisés de Moscou en 1980 et de Los Angeles en 1984 illustrèrent ensuite les divisions de la guerre froide.

    Le bilan de ces initiatives demeure contrasté. Les boycotts sportifs modifient rarement, à eux seuls, les politiques des États visés. Une exception mérite toutefois d’être rappelée : l’isolement progressif de l’Afrique du Sud. Son exclusion des grandes compétitions internationales a contribué, avec d’autres formes de pression, à délégitimer le régime d’apartheid. La leçon est claire : l’efficacité d’un boycott dépend moins du geste lui-même que de sa durée, de son ampleur et de son inscription dans une stratégie collective.

    Des précédents historiques aux controverses de 2026

    Cette histoire éclaire les controverses entourant la Coupe du monde 2026. Depuis plusieurs mois, les décisions de l’administration américaine concernant les visas et l’accès au territoire soulèvent des interrogations sur le caractère véritablement universel de la compétition. Les exemptions accordées aux joueurs et aux délégations ne dissipent pas les inquiétudes concernant certains supporters issus de pays soumis à des restrictions d’entrée.

    Les fouilles corporelles répétées, les refus d’entrée opposés à certains visiteurs, les conditions de séjour imposées à la délégation iranienne, ainsi que les procès d’intention visant des athlètes arabes ou africains constituent des signaux préoccupants. Ils traduisent une conception sélective de l’ouverture que les instances sportives internationales semblent, au mieux, minimiser.

    Ces éléments suffiraient déjà à alimenter le débat. Le football est le sport du peuple, particulièrement dans les pays les plus modestes. Certains semblent vouloir en faire un spectacle réservé à ceux qui disposent des moyens financiers et des facilités administratives nécessaires. C’est dans ce paradoxe que les humiliations dénoncées prennent une dimension supplémentaire.

    La proximité affichée entre la FIFA et le pouvoir politique américain, dont les positions sur l’immigration et les relations avec de nombreux pays du Sud suscitent de vives critiques, apparaît à beaucoup comme une contradiction avec les valeurs d’universalité que le football prétend incarner. En cherchant avant tout à préserver l’organisation de son tournoi phare, la FIFA a donné le sentiment de privilégier les intérêts financiers et les équilibres diplomatiques au détriment de la neutralité qu’elle revendique.

    La difficulté est là. Lorsque le pouvoir en place dans le pays hôte adopte des mesures susceptibles d’affecter l’accès à une compétition mondiale pour certains peuples ou certaines nationalités, les organisations sportives peuvent-elles encore invoquer leur neutralité ? À partir de quel moment le silence devient-il lui-même une prise de position ?

    L’absence de boycott met-elle fin au débat ?

    Les appels au boycott restent aujourd’hui limités. Aucune grande fédération n’envisage sérieusement de renoncer à participer. Les raisons sont connues : le poids économique du football, l’importance sportive de la compétition et le coût humain qu’un boycott ferait peser sur des athlètes qui ne portent aucune responsabilité dans les décisions politiques contestées.

    Pour autant, l’absence de boycott ne saurait clore le débat. L’efficacité n’est pas le seul critère permettant de juger un acte politique. Les nations africaines qui quittèrent les Jeux de Montréal en 1976 savaient que leur geste ne transformerait pas immédiatement la situation en Afrique du Sud. Elles entendaient aussi affirmer un principe : certaines situations rendent impossible une participation silencieuse.

    La Coupe du monde 2026 se déroulera probablement normalement. Mais la question qu’elle soulève dépasse largement le football. Elle concerne la capacité des institutions sportives à défendre les principes d’ouverture et d’universalité dont elles se réclament.

    Nul n’a le droit de dicter une conduite à des athlètes qui ont travaillé dur pour atteindre ce niveau de compétition. En revanche, il est légitime d’exiger que chacun assume publiquement son choix. Car la neutralité absolue du sport n’existe pas. Elle n’a jamais existé. Lorsque les conditions d’accès à une compétition deviennent elles-mêmes un enjeu politique, participer ou se taire constitue déjà une manière de prendre position.

    La véritable question n’est donc peut-être pas de savoir s’il faut boycotter la Coupe du monde 2026. Elle est de déterminer jusqu’où le sport peut prétendre incarner l’universalité lorsque certains de ceux auxquels il s’adresse risquent d’en être exclus.

    Pour ma part, mon choix est fait. Pour la première fois depuis 1966, je ne regarderai pas une Coupe du monde de football.

    BIO EXPRESS

    Mohamed Salah Ben Ammar est un médecin et universitaire tunisien, ancien ministre de la Santé en 2014

    Cet article est une tribune, rédigée par un auteur extérieur au journal et dont le point de vue n’engage pas la rédaction.

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