À l’occasion d’une journée d’étude organisée mercredi 17 juin 2026, l’association tunisienne Aswat Nissa a présenté un « guide féministe des procédures de prise en charge des femmes victimes de violences sexuelles », un outil destiné à renforcer la qualité de l’accueil et de l’accompagnement des survivantes.
Dans une déclaration accordée à la Radio nationale, la responsable du projet, Arij Jelassi, a expliqué que ce guide était le fruit d’une enquête de terrain menée auprès de 13 associations tunisiennes spécialisées dans l’accompagnement des femmes victimes de violences. L’initiative s’inscrit dans le cadre du suivi de l’application de la loi n°58 relative à l’élimination des violences faites aux femmes.
Selon la même source, les violences sexuelles constituent aujourd’hui la deuxième forme de violence la plus répandue contre les femmes en Tunisie, après les violences psychologiques. Elle a rappelé que les dernières études, ainsi que les données de l’Institut national de la statistique (INS) révèlent que 15,6% des femmes tunisiennes ont été victimes de violences sexuelles.
« Ce chiffre pourrait être bien plus élevé si davantage de victimes brisaient le silence et signalaient les agressions dont elles sont victimes », a-t-elle souligné.
La responsable a également rappelé que la loi 58 définissait la violence sexuelle comme tout acte, propos, geste, insinuation ou contrainte portant atteinte à l’intégrité sexuelle d’une femme ou exploitant une situation de domination ou d’autorité.
Face à cette réalité préoccupante, le nouveau guide propose un ensemble de procédures destinées aux différents intervenants appelés à accompagner les victimes. Il détaille notamment le parcours de prise en charge, les bonnes pratiques professionnelles à adopter ainsi que les principes éthiques à respecter.
Le document repose sur une approche fondée sur les droits humains, une perspective féministe et une démarche participative. Il insiste notamment sur le rôle crucial de la médecine légale dans la collecte des preuves et la documentation des agressions.
« Nous rappelons toujours l’importance de faire entendre la voix des victimes et de briser le mur du silence dans les premières heures, voire les premières minutes qui suivent l’agression. Cela peut faire une grande différence, notamment en matière de preuves », a expliqué Arij Jelassi.
Le guide accorde également une place centrale à l’accompagnement psychologique des survivantes. La psychologue Hayet Ouertani, qui a participé à son élaboration, a souligné que la notion de traumatisme constituait un élément fondamental dans la prise en charge des victimes de violences sexuelles.
« Toute intervention doit tenir compte du choc psychologique subi par la victime afin de lui offrir un accompagnement adapté et respectueux de son vécu », a-t-elle indiqué.
La spécialiste a également insisté sur l’importance de garantir la confidentialité absolue des services proposés. Les violences sexuelles pouvant entraîner des conséquences physiques, psychologiques et sociales importantes, les victimes doivent bénéficier d’une protection globale couvrant leur santé mentale, leur intégrité physique et leurs droits juridiques.
Elle a rappelé que ces services devraient être accessibles gratuitement et dispensés dans un cadre garantissant le respect de la vie privée des survivantes.
Au-delà de l’accompagnement des victimes, le guide contient également des recommandations destinées aux professionnels et aux intervenants travaillant au contact de ces situations sensibles. L’objectif est de préserver leur santé mentale, prévenir l’épuisement professionnel et maintenir la qualité des services offerts aux femmes victimes de violences sexuelles.
Par cette initiative, l’association Aswat Nissa espère contribuer à renforcer les mécanismes de protection des femmes en Tunisie et à favoriser une prise en charge plus humaine, plus efficace et plus respectueuse des droits des victimes.
N.J










