Dans un monde où la vérité est de plus en plus contestée, où les fausses informations circulent à une vitesse inédite et où l’intelligence artificielle bouleverse les équilibres de l’information, plus de 300 journalistes, chercheurs et vérificateurs de faits venus de tous les continents se sont réunis à Vilnius, en Lituanie, à l’occasion de GlobalFact 2026, la 13e édition de la plus importante conférence internationale consacrée au fact-checking.
Dès l’ouverture, la directrice de l’International Fact-Checking Network (IFCN), Angie Drobnic Holan, a donné le ton. Dans un discours à la fois lucide et mobilisateur, elle a rappelé les nombreuses pressions auxquelles sont confrontées les organisations de vérification des faits face aux attaques politiques, accusations de partialité, réduction des financements, épuisement des équipes et transformations profondes de l’écosystème numérique. Face à ces défis, elle a appelé les fact-checkers du monde entier à poursuivre leur mission avec détermination.

« La vérité est un bien commun », a-t-elle rappelé, reprenant une idée également défendue par le pape Léon XIV dans son récent texte consacré à l’intelligence artificielle. Pour Angie Drobnic Holan, le fact-checking n’est ni un outil de censure ni un projet partisan. Il constitue un pilier essentiel des sociétés démocratiques et un rempart face à la manipulation de l’information. Son message aux participants était clair, malgré les difficultés, ce n’est pas le moment d’abandonner, mais au contraire de renforcer les collaborations et d’innover.
Cette édition de GlobalFact s’est tenue dans un pays dont l’histoire résonne particulièrement avec les enjeux actuels. En accueillant l’événement, la Lituanie a offert un cadre symbolique à cette rencontre mondiale. Les organisateurs ont souligné la résilience du peuple lituanien et son attachement à la vérité comme moyen de résistance face aux tentatives d’oppression et de manipulation. Un message qui a trouvé un écho particulier auprès des participants venus de régions où la désinformation constitue un défi croissant.
BN Check, représenté par sa directrice Rabeb Aloui, a participé à un atelier consacré à la désinformation climatique, un phénomène qui prend aujourd’hui une ampleur sans précédent à l’échelle mondiale.
Au cours de son intervention, Rabeb Aloui a présenté l’expérience de BN Check dans l’identification et la vérification des fausses informations liées au changement climatique en Tunisie et dans la région Afrique du Nord et Moyen-Orient. Elle a notamment expliqué comment les théories du complot se sont progressivement imposées dans les débats climatiques. De plus en plus de contenus prétendent que les événements météorologiques extrêmes seraient provoqués artificiellement, que les catastrophes naturelles seraient manipulées à des fins politiques ou encore que les données scientifiques sur le climat seraient falsifiées.
Ces récits, autrefois marginaux, trouvent aujourd’hui une audience importante grâce aux réseaux sociaux et aux outils numériques qui facilitent leur diffusion à grande échelle. Selon Rabeb Aloui, la désinformation climatique ne consiste plus seulement à nier l’existence du changement climatique. Elle cherche désormais à semer le doute sur les solutions proposées, à ralentir les politiques environnementales et à polariser les débats publics.
L’intervention de BN Check a également permis de mettre en lumière le travail réalisé lors de la COP30. À cette occasion, la plateforme a lancé une édition spéciale dédiée au climat afin de suivre les négociations internationales, vérifier les affirmations diffusées sur les réseaux sociaux et fournir au public des informations fiables sur les enjeux climatiques. Cette couverture a permis d’identifier plusieurs narratifs trompeurs circulant autour des engagements climatiques, du financement de la transition écologique et des responsabilités des différents pays dans la lutte contre le réchauffement climatique.

Rabeb Aloui a notamment insisté sur la manière dont la désinformation climatique est devenue un outil politique. Dans plusieurs contextes, des acteurs politiques ou économiques exploitent les inquiétudes des populations pour discréditer les politiques climatiques, remettre en question les consensus scientifiques ou opposer développement économique et protection de l’environnement. Cette instrumentalisation de l’information vise souvent à retarder l’action climatique ou à affaiblir le soutien du public aux mesures de transition.
L’un des exemples les plus marquants concerne les emplois verts. De nombreuses publications diffusées sur les réseaux sociaux présentent la transition écologique comme une menace directe pour l’emploi et l’économie. Certaines affirment que les politiques climatiques détruisent massivement des emplois sans évoquer les nouvelles opportunités créées dans les secteurs des énergies renouvelables, de l’efficacité énergétique ou de l’économie circulaire. BN Check a partagé plusieurs exemples de vérifications montrant comment des chiffres sont régulièrement sortis de leur contexte ou manipulés afin d’alimenter des récits hostiles à la transition écologique.
Au-delà des fausses informations elles-mêmes, BN Check s’intéresse également à leurs conséquences. Dans une région particulièrement vulnérable aux sécheresses, au stress hydrique et à la désertification, la désinformation climatique peut influencer les comportements individuels, réduire la confiance dans les institutions scientifiques et compliquer la mise en œuvre des politiques publiques d’adaptation. Elle peut également alimenter la méfiance à l’égard des solutions climatiques et freiner l’engagement citoyen face aux défis environnementaux.

Les discussions de GlobalFact 2026 ont également été marquées par la présentation d’un rapport majeur consacré à l’évolution du fact-checking et des désordres informationnels dans le Sud global. Cette étude, menée par le reseau arabe des fact checkeurs avec le soutien du Centre de recherches pour le développement international (CRDI-IDRC), met en évidence les mutations profondes de l’écosystème informationnel mondial. Le rapport souligne que la désinformation devient de plus en plus sophistiquée, notamment sous l’effet de l’intelligence artificielle générative, de la fragmentation des audiences et de l’affaiblissement des modèles économiques des médias.

Les chercheurs alertent également sur l’augmentation des campagnes coordonnées de désinformation touchant des thématiques stratégiques telles que le climat, la santé, les migrations ou encore les élections. Ils appellent à un renforcement des collaborations entre chercheurs, journalistes et organisations de fact-checking, ainsi qu’à des investissements plus importants dans l’éducation aux médias et l’information. Ces conclusions rejoignent directement l’expérience de BN Check, qui observe depuis plusieurs années une diversification des narratifs trompeurs et une professionnalisation croissante des acteurs qui les diffusent.
Pour BN Check, la lutte contre la désinformation ne se limite pas à la correction des erreurs ou des fausses affirmations. Elle implique également un travail de sensibilisation, d’éducation aux médias et de renforcement de la résilience informationnelle des citoyens. Dans un environnement numérique saturé d’informations, permettre au public de comprendre les mécanismes de manipulation devient aussi important que la vérification des faits elle-même.
R.A.












