La Commission des relations extérieures, de la coopération internationale, des affaires des Tunisiens à l’étranger et de la migration a poursuivi, lundi 22 juin 2026, l’examen de la proposition de loi portant création du Conseil national des Tunisiens résidant à l’étranger. À cette occasion, elle a auditionné la présidente du Conseil national de l’Ordre des médecins ainsi que le doyen des ingénieurs tunisiens, en présence de plusieurs députés issus de différentes commissions parlementaires.
Les échanges ont porté sur les moyens de renforcer les liens entre l’État et les compétences tunisiennes établies à l’étranger, de mieux valoriser leur expertise au service du développement national et de réfléchir aux mécanismes permettant de faire face au phénomène de la fuite des cerveaux.
En ouvrant les travaux, le président de la commission, Riadh Jaidane, a souligné que cette initiative législative vise à mettre en place une structure capable d’assurer une meilleure communication avec la diaspora, de relayer ses préoccupations et de renforcer sa contribution aux projets de développement.
Les ingénieurs plaident pour une meilleure représentation
Le doyen des ingénieurs tunisiens a salué cette initiative, estimant qu’elle constitue une étape importante pour renforcer les liens entre la Tunisie et sa diaspora et accroître sa contribution au développement économique, scientifique et social.
Il a proposé d’inscrire explicitement une représentation directe des ingénieurs au sein du futur Conseil, à travers l’Ordre des ingénieurs tunisiens. Il a également suggéré la création d’une commission permanente consacrée aux compétences en ingénierie et en technologies, ainsi que la mise en place d’une plateforme numérique nationale, en partenariat avec les ministères concernés, afin de renforcer les liens avec les compétences tunisiennes à l’étranger et de valoriser leur contribution au développement national.
Selon lui, les ingénieurs tunisiens établis à l’étranger occupent aujourd’hui des postes de responsabilité dans plusieurs secteurs stratégiques, notamment l’énergie, les infrastructures, l’industrie, l’aéronautique, la transformation numérique, l’intelligence artificielle et les énergies renouvelables. Il a estimé que l’émigration ne devait pas être considérée uniquement comme un phénomène social, mais aussi comme un atout stratégique pour le développement, à condition de disposer d’un cadre juridique et institutionnel favorisant l’implication de ces compétences.
Il a toutefois souligné que la réduction de la fuite des cerveaux passe avant tout par une amélioration de l’attractivité des métiers ainsi que des conditions professionnelles et sociales offertes en Tunisie. Il a conclu en affirmant que « la véritable perte pour la Tunisie ne réside pas dans le départ de ses enfants, mais dans la rupture des liens avec eux », appelant à s’inspirer des expériences internationales fondées sur des partenariats durables avec les compétences expatriées.
Les médecins alertent sur l’élargissement de la fuite des cerveaux
La présidente du Conseil national de l’Ordre des médecins a indiqué qu’un accord avait été conclu avec l’Ordre des médecins de France afin de permettre aux médecins tunisiens de s’inscrire simultanément auprès des deux instances. Cette mesure, a-t-elle précisé, a été largement saluée et devrait favoriser la coopération et la coordination entre les deux structures.
Elle a également annoncé la préparation d’un projet de loi relatif à l’exercice de la profession, qui permettra aux jeunes médecins d’exercer dans le cadre de sociétés professionnelles, tout en bénéficiant d’un meilleur accompagnement et des moyens nécessaires à l’exercice de leur activité.
Elle a, par ailleurs, averti que la fuite des cerveaux ne concerne plus seulement les jeunes médecins, mais touche désormais aussi les praticiens expérimentés et les enseignants universitaires. Elle a appelé à accélérer les réformes législatives afin de créer un environnement professionnel plus attractif et de limiter les départs.
Les députés plaident pour des réformes
Au cours des débats, les députés ont soulevé plusieurs questions relatives à l’existence de bases de données recensant les ingénieurs et les médecins, en Tunisie comme à l’étranger, ainsi qu’aux mécanismes de communication entre les compétences établies dans le pays et celles de la diaspora. Ils se sont également interrogés sur le niveau de coordination avec les organisations professionnelles étrangères afin de résoudre les difficultés rencontrées par les compétences tunisiennes à l’étranger.
Les parlementaires ont enfin insisté sur la nécessité de réviser plusieurs textes législatifs devenus, selon eux, des freins au développement économique et des facteurs favorisant l’émigration des compétences, citant notamment le Code de l’investissement et le Code des changes.
M.B.Z











