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Plan de développement 2026-2030 : Moez Soussi salue l’ambition mais s’interroge sur les moyens

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Par Nadya Jennene

    Invité d’Express FM mardi 23 juin 2026, l’économiste Moez Soussi a livré une première lecture du projet de Plan de développement 2026-2030. Si l’universitaire a reconnu l’importance du travail réalisé et la richesse du contenu, il a exprimé également plusieurs réserves, notamment sur le mode de financement des investissements, la place accordée au secteur privé et certaines incohérences sectorielles.

    L’un des premiers éléments qui a retenu l’attention de l’économiste concerne l’enveloppe d’investissement prévue sur la période 2026-2030. Selon les chiffres présentés dans le document, les investissements programmés atteindraient 101,835 milliards de dinars à prix constants.

    Pour Moez Soussi, la question essentielle n’est toutefois pas tant le montant que les mécanismes de financement. Il a relevé que près de 61% des ressources devraient provenir directement du secteur public, à travers le budget de l’État et les entreprises publiques. « C’est là que naît une forme d’inquiétude », a-t-il noté estimant que l’État continue d’assumer une place prépondérante dans l’activité économique.

    En revanche, la part réservée aux partenariats public-privé demeure limitée. Selon lui, ces partenariats ne représenteraient qu’environ 9% des financements, soit près de 8 milliards de dinars. Une proportion qu’il a jugé insuffisante.

    Au-delà des chiffres, Moez Soussi a vu dans ce plan la confirmation d’un modèle où l’État conserve un rôle économique central. Selon lui, même lorsqu’un gouvernement adopte des objectifs sociaux ambitieux, il est préférable que la réalisation des projets et la création de richesse reposent davantage sur les acteurs privés.

    Rappelant que le secteur privé tunisien traverse déjà une période de ralentissement, il a indiqué que les autorités gagneraient à renforcer les mécanismes de partenariat avec l’État afin de stimuler davantage l’investissement.

    Moez Soussi a tenu également à replacer ce projet dans son contexte historique. Contrairement à certaines présentations laissant entendre qu’il s’agirait d’une démarche inédite, il a affirmé que la Tunisie possède une longue tradition de planification économique, rejetant ainsi l’idée d’une rupture totale avec les pratiques antérieures.

    La principale nouveauté réside plutôt dans l’architecture institutionnelle introduite par la Constitution de 2022, qui accorde une place centrale aux échelons local, régional et territorial dans l’élaboration des politiques publiques.

    L’économiste a relevé, par ailleurs, une dimension fortement politique dans l’ordre retenu. En tant qu’économiste, il considère que la création de richesse devrait constituer la priorité absolue avant d’aborder la question de la redistribution. 

    Il a évoqué, dans ce sens, les expériences internationales qui ont souvent montré que les pays ayant enregistré les plus fortes améliorations du niveau de vie avaient d’abord privilégié la croissance économique avant de renforcer progressivement les mécanismes de redistribution.

    Revenant sur les orientations stratégiques, il a indiqué que la première — celle d’un développement social juste et inclusif — était la confirmation d’un choix politique assumé accordant une place importante à l’action sociale de l’État.

    Il a noté toutefois que la réussite de cette orientation dépendrait de la capacité réelle des finances publiques à soutenir durablement ces engagements.

    L’économiste a relevé également une évolution intéressante de la réflexion publique : le passage progressif d’une logique de simple assistance sociale vers une approche davantage orientée vers l’insertion économique et le développement.

    La deuxième orientation concerne, elle, le développement territorial équilibré, avec pour objectif de réduire les disparités régionales qui figurent parmi les principales revendications exprimées depuis la révolution.

    La troisième orientation porte sur la modernisation de l’économie et des infrastructures. Elle met l’accent sur l’économie du savoir, les nouvelles technologies, l’innovation et l’attraction d’investissements dans les secteurs à forte valeur ajoutée.

    La quatrième orientation concerne la sécurité énergétique, hydrique et alimentaire ainsi que les enjeux environnementaux.

    Enfin, la cinquième orientation vise la modernisation des institutions publiques et l’amélioration de la qualité des services administratifs.

    Pour Moez Soussi, ce dernier chantier constitue l’un des défis majeurs des prochaines années au regard de la dégradation constatée dans plusieurs services publics.

    Pour ce qui est des indicateurs quantifiés du plan, l’économiste a rappelé que l’objectif de croissance économique moyenne mentionné — 4,2 % sur la période 2026-2030 — serait particulièrement ambitieux au vu des performances enregistrées ces dernières années.

    Selon lui, atteindre un tel rythme nécessitera une accélération significative de l’investissement, notamment privé, ce qui renforce ses interrogations sur la place relativement modeste réservée aux partenariats public-privé dans le financement du plan.

    L’économiste a également formulé des critiques concernant la répartition sectorielle des investissements.

    Selon les chiffres présentés, 43,7% des projets concernent les infrastructures et les services, 27,5% les équipements, 17,5% l’industrie, l’énergie et les mines, tandis que l’agriculture ne représente que 11,3% du portefeuille global.

    Une répartition que Moez Soussi a jugée discutable. « L’agriculture demeure un moteur essentiel de croissance », a-t-il souligné, estimant que le secteur mériterait une part plus importante des investissements programmés.

    Au terme de son analyse, l’économiste a réitéré que le véritable enjeu résiderait dans l’équilibre entre les ambitions affichées et les ressources effectivement mobilisables.

    N.J

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