Heure de Tunis :
Plus de prévisions: Meteo 25 jours Paris
Light
Dark

Barrage de Mellègue : Houcine Rhili appelle à repenser la stratégie hydrique tunisienne

Article réservé aux abonnés

Écouter cet article

0:00 0:00

Par Nadya Jennene

    Une semaine après l’incident survenu au barrage de Mellègue, l’expert en gestion des ressources hydriques Houcine Rhili est revenu sur les circonstances de cet événement lors de son intervention sur Jawhara FM, mercredi 24 juin 2026. Pour lui, cet incident doit être replacé dans le contexte plus large du vieillissement des infrastructures hydrauliques tunisiennes.

    Selon M. Rhili, le barrage de Mellègue, mis en service en 1954, est aujourd’hui âgé de 72 ans. « Il est pratiquement devenu un simple réservoir de stockage », a-t-il expliqué, soulignant que l’ouvrage ne joue plus le rôle stratégique qu’il occupait autrefois et qu’il était principalement destiné à l’irrigation plutôt qu’à l’alimentation en eau potable.

    L’expert a également rappelé que le barrage souffrait d’un important envasement. Près des trois quarts de sa capacité seraient aujourd’hui occupés par les sédiments, réduisant considérablement son efficacité. Il a avancé, dans ce sens, que l’incident constituait un signal d’alarme sur l’état général du parc des barrages tunisiens, dont beaucoup ont été construits dans les années 1960, 1970 et 1980 et approchent désormais de leur limite d’exploitation.

    Contrairement à certaines interprétations, Houcine Rhili a précisé qu’il ne s’agissait pas d’une opération de vidange du barrage. L’incident s’est produit alors que les équipes tentaient de libérer un volume d’eau programmé pour l’irrigation des périmètres agricoles.

    « La vanne utilisée pour ces lâchers d’eau a cédé sous l’effet du vieillissement, du manque d’entretien et des longues années de sécheresse », a-t-il expliqué. Selon lui, l’équipement s’est littéralement détaché de son emplacement au moment de la manœuvre.

    Il a affirmé toutefois que l’événement n’avait provoqué ni pertes humaines ni dégâts matériels majeurs. Les eaux relâchées ont été récupérées progressivement par les ouvrages situés en aval, conformément au système de barrages en cascade existant dans la région. Le barrage de Sidi Salem, principal ouvrage du réseau, a notamment permis d’absorber une partie importante des volumes écoulés.

    L’incident a néanmoins eu des conséquences importantes pour l’agriculture. Houcine Rhili a précisé qu’environ 21 millions de mètres cubes d’eau s’étaient échappés du barrage de Mellègue vers l’oued Medjerda.

    Or, ces réserves étaient destinées à l’irrigation des cultures estivales dans les gouvernorats du Kef et de Jendouba. « Toute cette quantité n’est plus disponible aujourd’hui », a-t-il regretté.

    Pour Houcine Rhili, le barrage de Mellègue approche clairement de la fin de son cycle d’exploitation. Il devrait être définitivement mis hors service d’ici la fin de l’année 2026, probablement entre septembre et décembre.

    Une nouvelle retenue est d’ailleurs prévue pour prendre le relais, a-t-il indiqué, tout en insistant sur l’importance de l’entretien régulier des infrastructures hydrauliques. Selon lui, un barrage conçu pour durer cinquante ans peut voir sa durée de vie réduite de moitié en l’absence de maintenance et de lutte contre l’envasement.

    Malgré cet incident, Houcine Rhili s’est montré rassurant quant à l’état global des réserves d’eau du pays. Le taux de remplissage des barrages tunisiens avoisine actuellement les 60%, soit un niveau nettement supérieur à celui enregistré à la même période en 2025.

    La Tunisie disposerait ainsi d’un excédent de plus de 480 millions de mètres cubes par rapport à l’année précédente. Les barrages du Nord, du Nord-Ouest ainsi que ceux de Zaghouan affichent des niveaux satisfaisants grâce aux importantes précipitations enregistrées depuis le début de l’année.

    Les réserves nationales sont actuellement de près de 1,3 milliard de mètres cubes, selon la même source. 

    Au-delà de l’incident de Mellègue, l’expert a plaidé pour une révision en profondeur de la politique tunisienne de gestion de l’eau et a appelé à l’élaboration d’une nouvelle stratégie nationale fondée sur un large débat associant agriculteurs, chercheurs, experts et décideurs publics afin de repenser durablement la mobilisation et la gestion des ressources en eau.

    Évoquant le développement des stations de dessalement à Sousse, Mahdia, Zarat et Sfax, il a avancé que cette stratégie constituait « une fuite en avant vers l’inconnu ». Selon lui, le dessalement reste extrêmement coûteux, tant en investissement qu’en consommation énergétique, et risque à terme de peser lourdement sur les finances publiques.

    Houcine Rhili a noté qu’il faudrait plutôt réduire les pertes dans les réseaux hydrauliques expliquant que près de 780 millions de mètres cubes d’eau sont perdus chaque année, soit environ une fois et demie la consommation annuelle d’eau potable du pays.

    N.J

    Subscribe to Our Newsletter

    Keep in touch with our news & offers

    Contenus Sponsorisés

    Commentaire

    1. Gg

      Répondre
      24 juin 2026 | 10h54

      Construit en 1954 ?
      Donc les mécanismes des vannes ont été remplacés en 1974, 1994, et 2014.
      Et tous les 5 ans, comme il se doit, le barrage est vidé, on laisse l’eau couler pour nettoyer le fond, et on dévase le fond. Pendant ces quelques mois, on réalise une maintenance profonde, on vérifie les appuis avant de remettre en eau.
      Mais apparemment ce serait plus simple de construire un nouveau barrage en aval ?
      Miskina pauvre pays !

    Répondre

    Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *