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Tensions extrêmes entre les pharmacies privées et la Cnam sur fond d’impayés de 80 millions de dinars 

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Par Nadya Jennene

    Les tensions entre les propriétaires de pharmacies privées et la Caisse nationale d’assurance maladie (Cnam) connaissent une nouvelle escalade, sur fond de crise de financement, de retards de paiement et de désaccords structurels autour de la gestion du secteur pharmaceutique.

    Invité sur les ondes de Jawhara FM jeudi 25 juin 2026, Zoubeir Guiga, président du Syndicat des pharmacies privées, est revenu en détail sur la situation actuelle. 

    Le représentant des pharmaciens a tenu à nuancer les inquiétudes sur une éventuelle pénurie de médicaments. Selon lui, les pharmacies continuent, à ce stade, d’assurer l’approvisionnement des citoyens. « Nous ne sommes pas aujourd’hui incapables de fournir les médicaments. Nous faisons tout pour qu’ils restent disponibles pour les patients », a-t-il affirmé, tout en reconnaissant une pression croissante sur les officines.

    Mais derrière cette continuité apparente, la profession fait face à une contrainte majeure : l’asphyxie financière liée aux retards de remboursement. Le cœur du conflit repose sur les dettes accumulées par la Cnam envers les pharmacies privées.

    Zoubeir Guiga a évoqué des retards de paiement allant de trois à quatre mois, voire davantage dans certains cas. Une situation qui, selon lui, fragilise profondément la trésorerie des officines.

    Il a avancé également un montant global d’environ 80 millions de dinars de créances en souffrance, soulignant que les pharmaciens ne peuvent plus, dans ces conditions, jouer le rôle de « financeur intermédiaire » du système de santé.

    Le syndicaliste a rappelé l’existence d’un accord conclu avec les autorités de tutelle et la Cnam, censé encadrer les relations financières et garantir la régularité des paiements. Cet accord – initialement moral puis devenu formel et contraignant – est aujourd’hui remis en cause dans sa mise en œuvre.

    Il a évoqué, dans ce sens, un sentiment d’« abandon des engagements » de la part de la Cnam, notamment au cours des derniers mois, ce qui a conduit à une rupture de confiance progressive entre les deux parties.

    Cette détérioration a conduit le syndicat à réunir ses instances nationales pour évaluer la situation et discuter des suites à donner. Sans annoncer de décision définitive, le président du syndicat n’a pas écarté un scénario critique à court terme. L’échéance du 30 juin est notamment citée comme un point de tension important dans le cadre des accords en cours.

    Au-delà de cette date, les relations contractuelles pourraient être remises en cause, ce qui ferait craindre un impact direct sur les citoyens, notamment en matière de remboursement et de tiers payant.

    Le responsable a toutefois noté privilégier la négociation, espérant encore une reprise du dialogue avec la Cnam afin d’éviter une rupture du système.

    Autre point de friction : la suspension d’un projet de digitalisation des relations entre pharmacies et structures publiques, notamment la pharmacie centrale.

    Ce système, destiné à moderniser la gestion et assurer une meilleure traçabilité des médicaments, a été selon le syndicat quasiment finalisé avant d’être interrompu sans explication claire.

    Pour le représentant des pharmaciens, cet arrêt constitue un frein majeur à la réforme du secteur et à l’amélioration de l’accès équitable aux médicaments sur tout le territoire.

    Au-delà du conflit avec la Cnam et la pharmacie centrale, les pharmacies dénoncent également leurs relations tendues avec certaines municipalités. En cause : des taxes locales jugées injustes et variables d’une commune à une autre, notamment sur la publicité et les enseignes. Zoubeir Guiga a expliqué que les pharmacies étaient soumises à des redevances spécifiques qui ne reposent sur aucun cadre unifié.

    Selon Zoubeir Guiga, ces prélèvements, parfois élevés, aggravent encore la pression financière sur les officines déjà fragilisées.

    Malgré la gravité du ton, le responsable a insisté sur la volonté du secteur de préserver la continuité du service aux patients. Il a appelé les autorités à intervenir rapidement pour rétablir les équilibres financiers et relancer le dialogue. « L’objectif n’est pas la rupture, mais la survie d’un système qui garantit l’accès au médicament pour tous les Tunisiens », a-t-il conclu. 

    N.J

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