Après plusieurs années marquées par les tensions d’approvisionnement, Artes retrouve une dynamique commerciale solide. Le groupe a dépassé les 6.700 immatriculations en 2025, porté sa part de marché au-dessus de 10% et réalisé une forte progression de son chiffre d’affaires. Mais cette croissance s’est accompagnée d’un recul du bénéfice, principalement lié à l’alourdissement de la fiscalité, à certains éléments exceptionnels et à l’évolution du marché. Face à la montée des constructeurs asiatiques, à l’essor des véhicules hybrides rechargeables et aux nouvelles contraintes de financement des importations, le management défend une stratégie d’adaptation et de prudence.
La société Automobile Réseau Tunisien et Services (Artes) a tenu, sous l’égide du président du Conseil d’administration Mustapha Ben Hatira et du directeur général Lassaad Ben Ammar, son assemblée générale ordinaire, mercredi 24 juin 2026, à l’hôtel El Mouradi Gammarth.

Un marché automobile en profonde transformation
Dans son mot aux actionnaires, Mustapha Ben Hatira a placé l’exercice 2025 dans un contexte de mutation rapide du secteur automobile.
« L’exercice 2025 s’est inscrit dans un environnement particulièrement concurrentiel et en profonde mutation marqué notamment par l’arrivée massive des marques chinoises et l’accélération des transformations technologiques liées aux véhicules hybrides et électriques », a-t-il indiqué.
Le président du Conseil d’administration a souligné que le marché tunisien compte désormais près d’une vingtaine de marques chinoises actives. Plus largement, en intégrant les marques coréennes et japonaises, les constructeurs asiatiques représentent aujourd’hui près de 60% du marché automobile tunisien.
Cette transformation touche également les motorisations. Les immatriculations de véhicules hybrides et électriques sont passées d’environ 835 unités en 2023 à près de 3.350 unités en 2025. Une tendance que les mesures introduites par la Loi de finances 2025 en faveur des véhicules hybrides rechargeables devraient encore accentuer.
Pour Mustapha Ben Hatira, cette évolution constitue « un défi majeur pour l’ensemble des constructeurs européens », particulièrement sur les segments hybrides et électriques.
C’est dans ce contexte que le président estime que « dans cet environnement en profonde transformation, le Groupe ARTES a démontré sa capacité d’adaptation en maintenant des indicateurs commerciaux et financiers solides et en conservant une position parmi les principaux opérateurs du marché automobile tunisien ».

Artes retrouve une part de marché à deux chiffres
Le marché tunisien des véhicules légers a progressé de 11,84% en 2025 pour atteindre 63.902 immatriculations contre 57.137 unités en 2024. Artes a fait mieux que le marché.
Le groupe a immatriculé 6.707 véhicules en 2025 contre 5.222 une année auparavant (+28,43%), portant sa part de marché à 10,49% contre 9,14% en 2024.
Les marques Renault et Dacia ont totalisé 6.552 immatriculations tandis que Nissan a enregistré 155 immatriculations. D’ailleurs, Lassaad Ben Ammar a spécifié que la société avait exploité l’intégralité de son quota en 2025.
Le retour à une meilleure disponibilité des véhicules après plusieurs années de perturbations a permis au groupe de retrouver des volumes plus conformes à son potentiel commercial.
Cette progression intervient après plusieurs exercices marqués par des difficultés d’approvisionnement qui avaient affecté l’ensemble du secteur automobile tunisien.

La Renault Kwid soutient fortement la croissance des volumes
L’un des faits marquants de l’exercice reste la montée en puissance de la Renault Kwid, la voiture populaire du concessionnaire. Les immatriculations de ce modèle sont passées de 267 unités en 2024 à 1.983 unités en 2025.
Dans son mot aux actionnaires, Mustapha Ben Hatira rappelle que « cette évolution s’explique principalement par la forte progression des ventes du modèle populaire Kwid, véhicule à faible marge, dont les immatriculations sont passées de 267 unités en 2024 à 1.983 unités en 2025 ».
Selon les explications fournies à Business News par le directeur général, la Kwid est arrivée tardivement sur le marché tunisien en 2024. Artes a ainsi commercialisé en 2025 une partie du quota alloué en 2024 ainsi que son quota 2025.
Cette dynamique a fortement contribué à la croissance des volumes et au gain de parts de marché enregistré par la société.

Des résultats financiers solides malgré un bénéfice en recul
Cette progression commerciale s’est traduite par une hausse significative des revenus. Artes a, ainsi, réalisé en 2025 un chiffre d’affaires individuel de 307,05 millions de dinars contre 257,33 millions de dinars en 2024, soit une progression de 19,32%.
Mustapha Ben Hatira a particulièrement insisté sur un point, dans son mot aux actionnaires : « Les résultats individuel avant impôts sont restés globalement stables par rapport à l’exercice précédent, avec une baisse limitée à 0,74% ». Pour lui, cette évolution démontre que les fondamentaux de la société demeurent solides malgré un environnement devenu plus concurrentiel et plus exigeant.
Le résultat net s’est établi à 37,08 millions de dinars contre 40,42 millions de dinars en 2024, soit un recul de 8,3%.
Cette évolution s’explique notamment par l’alourdissement de la fiscalité. L’impôt sur les bénéfices a atteint 13,71 millions de dinars. À cela s’ajoutent une contribution sociale de solidarité de 1,57 million de dinars ainsi qu’une contribution permanente du même montant.
Les autres pertes ordinaires ont également progressé, passant de 372.254 dinars à 1,21 million de dinars. Cette hausse résulte, selon le management, notamment de l’incidence comptable liée à la saisie de douze véhicules dans le cadre d’une affaire de drogue remontant à 2024, dans laquelle le concessionnaire avait été totalement blanchi.
Le directeur général a également rappelé que la forte progression des ventes de voitures populaires avait eu un impact sur la rentabilité moyenne de la société. Il a expliqué que la marge brute sur ces véhicules est fixée à mille dinars par véhicule, conformément à la réglementation applicable à cette catégorie.
Le président du Conseil d’administration souligne néanmoins que le résultat d’exploitation est demeuré à un niveau élevé, représentant 13,6% du chiffre d’affaires contre 15,01% un an auparavant, un niveau qui reste parmi les meilleurs du secteur automobile tunisien.

Le groupe Artes conserve des fondamentaux solides
Au niveau consolidé, les résultats témoignent également de la résilience du groupe. Le groupe Artes est composé de plusieurs entités opérant dans les secteurs de la distribution automobile, des services et de l’immobilier, notamment Artes, Artegros, Adev, Vedev, Sidev, Artimo et Volga Motors.
Les revenus consolidés se sont établis à 339,08 millions de dinars en 2025 contre 307,46 millions de dinars une année auparavant. Le résultat d’exploitation consolidé a atteint 48,07 millions de dinars contre 47,53 millions de dinars en 2024. Le résultat net consolidé revenant à la société consolidante s’est établi à 41,29 millions de dinars contre 42,19 millions de dinars un an plus tôt.
Ces résultats traduisent la capacité du groupe à préserver ses équilibres financiers malgré un environnement plus concurrentiel et un contexte réglementaire en évolution. Alors que le chiffre d’affaires consolidé a progressé de plus de 31 millions de dinars sur un an, le résultat d’exploitation consolidé a également poursuivi sa progression et le résultat net revenant à la société consolidante est resté supérieur à 41 millions de dinars, illustrant la résilience du groupe dans un contexte de transformation du marché automobile.
La filiale Adev, représentant la marque Nissan, demeure notamment un élément stratégique dans les perspectives de développement du groupe, alors que le management mise sur le retour progressif de la marque et sur l’arrivée de nouveaux modèles hybrides.

Dividende : les actionnaires plaident pour davantage, le conseil privilégie la prudence
Comme lors des précédentes assemblées générales, plusieurs actionnaires ont plaidé pour une augmentation du dividende, estimant que les performances commerciales réalisées en 2025 la justifiaient. L’assemblée a finalement approuvé la distribution de 15,3 millions de dinars aux actionnaires, soit un dividende de 0,4 dinar par action. La mise en paiement a été fixée au 24 juillet 2026.
Pour expliquer cette prudence, Mustapha Ben Hatira a rappelé que l’environnement de financement du secteur automobile avait profondément changé.
« Les récentes décisions de la Banque Centrale, notamment l’obligation de blocage des fonds correspondant à la valeur des importations, entraîneront une augmentation significative des besoins en fonds de roulement et exerceront une pression croissante sur les liquidités des entreprises du secteur », a-t-il souligné.
Lassaad Ben Ammar a expliqué que la principale difficulté résidait moins dans la mesure elle-même que dans son entrée en vigueur immédiate. Les prévisions financières et les schémas de financement de la société avaient été élaborés avant la publication de la circulaire n°2026-04 de la Banque centrale de Tunisie, ce qui a nécessité une adaptation rapide de l’organisation financière du groupe. La mesure impose désormais aux importateurs de constituer une couverture intégrale sur leurs fonds propres pour les opérations concernées. Le directeur général a toutefois assuré que la société disposait des moyens nécessaires pour s’adapter à cette nouvelle réglementation.
Cette évolution explique néanmoins la volonté du groupe de conserver davantage de liquidités afin de financer ses importations futures et d’accompagner l’augmentation de ses besoins en fonds de roulement.
Mustapha Ben Hatira a ainsi rappelé que le groupe devait désormais « concilier une politique de rémunération des actionnaires en cohérence avec les impératifs de consolidation de sa structure financière et de préservation de ses capacités de développement futures ».

Chinois, hybrides et Nissan : les nouveaux équilibres du marché
Une large partie des échanges a porté sur les transformations du marché automobile tunisien. Interrogé sur la montée en puissance des constructeurs chinois, le directeur général a expliqué que leur présence se concentrait aujourd’hui principalement sur les segments C et supérieurs.
Artes demeure pour sa part fortement positionnée sur les segments A et B, où Renault et Dacia occupent des positions importantes. Le dirigeant a toutefois indiqué que le groupe suivait attentivement l’évolution du marché et restait attentif à toute opportunité permettant d’élargir son offre avec des produits présentant un rapport qualité-prix adapté aux attentes des consommateurs tunisiens.
L’autre grande évolution concerne les véhicules hybrides rechargeables. Selon les explications fournies, le nouveau régime fiscal applicable à cette catégorie de véhicules — avec 0% de droits de consommation et seulement 7% de TVA — a profondément modifié le marché tunisien. Lassaad Ben Ammar a indiqué que les immatriculations d’hybrides rechargeables avaient plus que doublé à fin mai 2026, confirmant l’accélération de cette tendance. Il a noté que cette évolution du marché était observée avec beaucoup d’attention par le groupe, qui entend accompagner cette tendance à travers l’introduction de nouveaux produits adaptés à cette demande croissante.
Le DG a ainsi annoncé que Nissan préparait le lancement de nouveaux modèles hybrides destinés à accompagner cette transformation du marché. Le retour progressif de la marque japonaise constitue d’ailleurs l’un des principaux axes de développement du groupe pour les prochaines années.

Des ambitions intactes pour 2026
Malgré les mutations rapides du secteur automobile, le management affiche sa confiance pour l’exercice en cours. Le rapport annuel prévoit une croissance à deux chiffres des principaux indicateurs financiers du groupe, notamment du chiffre d’affaires, du résultat d’exploitation et du résultat net. Il ambitionne également de renforcer l’activité après-vente, d’améliorer le résultat financier du groupe et de poursuivre les efforts engagés en matière de maîtrise des charges d’exploitation.
Le management reste toutefois attentif à plusieurs facteurs de risque, notamment l’intensification de la concurrence, l’évolution du cadre réglementaire, les tensions géopolitiques internationales ainsi que leurs répercussions sur les coûts logistiques.
Avec 6.707 véhicules immatriculés, une part de marché portée à 10,49% et des objectifs de croissance à deux chiffres pour 2026, Artes confirme sa place parmi les principaux concessionnaires automobiles du pays. Face à la montée des constructeurs asiatiques, à l’essor des véhicules électrifiés et aux nouvelles règles de financement des importations, le groupe entend poursuivre son développement en misant sur sa capacité d’adaptation, le retour progressif de Nissan et l’élargissement de son offre de véhicules hybrides.

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Imen NOUIRA










