À l’heure de quitter ses fonctions après cinq années passées à la tête du bureau de la Banque mondiale en Tunisie, Alexandre Arrobio, a dressé un bilan de ses cinq années passées à la tête du bureau de l’institution à Tunis. Invité vendredi 26 juin 2026 sur Express FM, il est revenu sur les principaux chantiers menés avec les autorités tunisiennes, tout en livrant sa vision des secteurs capables de transformer durablement l’économie nationale. Transition énergétique, intelligence artificielle, gestion de l’eau, mobilité urbaine ou encore capital humain : autant de domaines qu’il considère comme déterminants pour les prochaines décennies.
« La Tunisie possède un capital humain exceptionnel »
Avant d’aborder les projets de coopération, Alexandre Arrobio a tenu à partager ce qui l’a le plus marqué au cours de ses cinq années en Tunisie.
Il dit avoir été impressionné par la qualité du capital humain tunisien, évoquant le niveau des médecins, ingénieurs, chercheurs, avocats et de nombreux autres professionnels. Selon lui, cette richesse constitue l’un des premiers atouts du pays et un avantage compétitif majeur pour relever les défis économiques à venir.
Le responsable de la Banque mondiale a également salué la richesse historique et culturelle de la Tunisie, rappelant notamment le rôle historique des femmes depuis la fondation de Carthage jusqu’à l’accession d’une femme à la tête du gouvernement. Il a aussi souligné la capacité des Tunisiens à faire preuve de réactivité face aux situations de crise, citant notamment la campagne de vaccination contre le Covid-19, menée en un temps record, comme illustration de cette résilience.
Une relation fondée sur « le respect et la confiance »
Alexandre Arrobio a insisté sur la qualité des relations entretenues entre la Banque mondiale et les autorités tunisiennes.
Il a rappelé que cette coopération remonte aux premières années de l’indépendance, avec un premier projet consacré au secteur de l’éducation sous la présidence de Habib Bourguiba. Selon lui, les cinq dernières années se sont inscrites dans cette continuité, avec une collaboration fondée sur le respect des priorités définies par le gouvernement tunisien.
Le représentant de la Banque mondiale a expliqué que l’actuel cadre de partenariat 2023-2027 a été élaboré conjointement avec les autorités tunisiennes et repose sur leurs priorités de développement. Il a également indiqué qu’une étude consacrée à la croissance et à l’emploi est actuellement en cours de finalisation avec le ministère de l’Économie afin d’identifier les réformes susceptibles de renforcer davantage la compétitivité du pays.
Transition énergétique : « un projet transformationnel »
Pour Alexandre Arrobio, la transition énergétique constitue sans doute le chantier le plus stratégique pour la Tunisie.
Il a salué la stratégie nationale visant à porter la part des énergies renouvelables à 35% de la production électrique d’ici 2030, estimant qu’elle permettra simultanément de renforcer la sécurité énergétique, de réduire les importations d’hydrocarbures, d’améliorer la balance des paiements et de soutenir la croissance économique.
Le responsable a particulièrement insisté sur le projet d’interconnexion électrique Elmed entre la Tunisie et l’Italie. Selon lui, cette infrastructure permettra non seulement de renforcer et stabiliser le réseau électrique tunisien, mais aussi d’illustrer une nouvelle forme de coopération internationale réunissant la Banque mondiale, l’Union européenne, la Banque européenne d’investissement, la Banque européenne pour la reconstruction et le développement ainsi que la banque allemande KfW.
À ses yeux, ce projet représente bien plus qu’une simple liaison électrique : il pourrait générer jusqu’à trente mille emplois et permettre à la Tunisie de devenir un véritable hub régional des énergies renouvelables. Il a rappelé que la Banque mondiale accompagne également les projets de production solaire, le renforcement des infrastructures de transport de l’électricité ainsi que la modernisation de la Steg afin de lui permettre d’accompagner cette mutation énergétique.
Intelligence artificielle : « une révolution qu’il ne faut pas manquer »
Alexandre Arrobio a ensuite établi un lien direct entre la transition énergétique, la connectivité numérique et le développement de l’intelligence artificielle.
Selon lui, la Tunisie bénéficie d’une position géographique stratégique entre l’Europe et l’Afrique, à proximité de l’une des principales routes maritimes mondiales reliant Suez à Gibraltar. Cette position, combinée à la qualité de ses chercheurs, de ses ingénieurs et de son écosystème de start-up, lui offre un potentiel considérable dans le domaine des nouvelles technologies.
Il a toutefois rappelé que le développement de l’intelligence artificielle suppose des capacités énergétiques importantes. « Vous avez à la fois du soleil et des gens brillants », a-t-il résumé.
La Banque mondiale accompagne déjà plusieurs projets de digitalisation des services publics dans les domaines de la santé, de l’éducation et de la protection sociale. Elle poursuit également ses discussions avec le gouvernement afin d’élargir son soutien à la transformation numérique du pays.
Pour Alexandre Arrobio, « la question de la digitalisation et surtout de l’intelligence artificielle est une révolution qu’il ne faut pas louper ».
L’eau, un enjeu de sécurité nationale
Autre priorité évoquée : la sécurité hydrique.
Le représentant de la Banque mondiale a rappelé que la Tunisie fait partie des pays les plus exposés au stress hydrique et que les années 2016 à 2023 ont particulièrement illustré cette vulnérabilité.
Il a salué la vision nationale à l’horizon 2050, qui prévoit notamment le développement du dessalement, la réutilisation des eaux usées, la réduction des pertes dans les réseaux, la modernisation des systèmes d’irrigation ainsi qu’une meilleure gestion de la demande en eau.
À la demande du gouvernement, la Banque mondiale a mis en place un programme d’accompagnement sur dix ans, consacré à la sécurité hydrique. Alexandre Arrobio a indiqué qu’il s’agissait d’une approche globale, associant investissements publics et privés, renforcement des opérateurs et amélioration de la gouvernance. Selon lui, cette initiative constitue une première dans la région Moyen-Orient et Afrique du Nord et pourrait servir de modèle à d’autres pays confrontés aux mêmes défis.
Capital humain : protection sociale, santé et enseignement supérieur
Le représentant de la Banque mondiale est également revenu sur les projets conduits dans le domaine du capital humain.
Il a notamment mis en avant le programme Amen, qui a permis de fournir des aides d’urgence à près d’un tiers de la population durant la pandémie de Covid-19. Aujourd’hui, ce dispositif accompagne environ un million de bénéficiaires et près de 450 mille enfants, tout en évoluant progressivement vers une logique d’autonomisation économique afin de favoriser l’accès à l’emploi.
Dans le secteur de la santé, Alexandre Arrobio a rappelé l’engagement de la Banque mondiale aux côtés de la Tunisie durant la pandémie, avant d’accompagner la modernisation des établissements hospitaliers, la digitalisation des services de santé ainsi que le développement de l’approche « One Health », qui associe santé humaine, santé animale et environnement.
Il a également cité le programme PromESsE mis en œuvre avec le ministère de l’Enseignement supérieur afin de renforcer l’employabilité des étudiants et l’autonomie des universités tunisiennes.
Transport urbain : un investissement pour l’emploi
Alexandre Arrobio a enfin évoqué les réflexions engagées avec les autorités tunisiennes autour du développement du transport public, notamment dans le Grand Tunis.
Selon lui, l’amélioration du réseau de transport ne constitue pas seulement un service rendu aux citoyens. Elle représente aussi un investissement économique permettant de rapprocher les travailleurs de leur emploi, de réduire les temps de trajet, d’améliorer la productivité et, à terme, de soutenir la croissance.
Il a indiqué que les discussions portent notamment sur l’amélioration de la qualité, de la sécurité et de l’accessibilité du transport public afin d’en faire un véritable levier de développement.
« Viser haut, voir grand et penser large »
En guise de message d’adieu, Alexandre Arrobio a exprimé son optimisme quant à l’avenir de la Tunisie.
S’adressant particulièrement aux jeunes, il les a invités à croire dans le potentiel de leur pays et à se projeter sur le long terme. Il a également remercié les autorités tunisiennes, les administrations, les partenaires internationaux, le secteur privé, la société civile ainsi que les équipes de la Banque mondiale pour les relations de confiance construites au cours de son mandat.
« Il faut viser haut, voir grand et penser large », a-t-il conclu, estimant que la Tunisie possède toutes les ressources nécessaires pour réussir les grandes transformations économiques qui l’attendent.
M.B.Z











Commentaire
le financier
bien sur que nous avons des genies et un fort capital humains , le probleme c est que les genies sont des laches et les mediocres et les derniers de classe ont l arrogance et le courage de prendre le pouvoir parcequ ils n ont rien a perdre et tout a gagner .
c est par la lachet2 de la majorti2 que le mal prospere , soyez courageux et degagez les