Par Slim Larnaout
Une enquête du Project Management Institute publiée en juin 2025 révèle que 97% des agences créatives ont rencontré au moins un problème majeur dans leurs campagnes. Parmi eux : dépasser le budget pour 55% d’entre elles, rater les délais pour 54%. (Ces chiffres viennent des États-Unis.) Source : PMI / PSB Insights, juin 2025 – 130 professionnels d’agences américaines interrogés.
Sur le marché tunisien, aucune étude équivalente n’existe. Aucun chiffre public ne mesure le taux de dépassement budgétaire dans la publicité ou la production de films. Ce vide n’est pas anodin. Il dit quelque chose sur la façon dont on traite encore la production créative : comme une dépense à gérer, pas comme un risque à anticiper.
Ce que j’ai vu sur le terrain
Après des années passées sur des productions locales et internationales, j’ai observé les mêmes enchaînements se répéter. Un brief mal évalué dès le départ. Une
pré-production absente ou réduite au strict minimum et traitée comme une formalité. Des devis construits sur des hypothèses plutôt que sur une lecture réelle des contraintes terrain. Puis l’improvisation s’installe, les changements de dernière minute s’accumulent, et personne ne contrôle vraiment l’exécution jusqu’à ce que l’écart devienne visible sur la facture finale.
Ce n’est jamais une seule erreur. C’est une accumulation de décisions prises sans lecture de leurs conséquences financières. Et à chaque fois, le coût réel apparaît trop tard pour qu’on puisse encore l’absorber sans dommage.
Où ça se joue
Le problème commence avant le tournage, avant le plateau, avant même le premier devis. Il commence au moment où l’idée créative est posée sans qu’on ait évalué ce qu’elle coûte à produire. Un brief construit sans budget de référence n’est pas un brief. C’est une intention.
La préproduction est l’étape qui devrait transformer cette intention en plan réaliste : faisabilité, risques, ressources, délais. Quand elle est bâclée ou raccourcie pour « gagner du temps », c’est précisément ce temps qu’on perd plus tard, à un coût plus élevé.
Viennent ensuite les points de contrôle en cours de production. Pas des échanges informels. Des checkpoints à des étapes définies, entre client et prestataire, pour s’assurer que le projet reste dans ses rails budgétaires. Ces étapes ne ralentissent pas la production. Ils évitent les reprises qui, elles, coûtent cher.
Ce que ça coûte vraiment
Une entreprise peut encaisser l’argent perdu. Ce qui est plus difficile à récupérer, c’est la relation de travail qui bascule du partenariat au contrôle, les budgets futurs revus à la baisse par anticipation, et la méfiance qui s’installe avant même que le projet suivant commence. Ce coût-là n’apparaît sur aucune facture.
Absence d’arbitre entre création et réalité de production
Quand il n’existe pas de rôle dédié qui fasse le lien en continu entre l’idée créative et ce qu’elle coûte et implique réellement à produire, la création avance d’un côté et la production de l’autre, sans interface claire pour arbitrer les compromis au fil du projet.
Résultat : chaque choix est validé de manière isolée, sans lecture d’ensemble. Ce qui paraît simple ou faisable sur le moment finit par entrer en friction avec les contraintes réelles de fabrication, une fois le projet lancé.
BIO EXPRESS
Slim Larnaout est Creative Production Manager. Il a contribué à des longs métrages internationaux ainsi qu’à des projets diffusés sur Amazon Prime, Apple TV+ et Netflix.
Cet article est une tribune, rédigée par un auteur extérieur au journal et dont le point de vue n’engage pas la rédaction.










