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Culture sous tension : les festivals pris en otage par les contraintes de change et le silence institutionnel

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Par Nadya Jennene

    Sous les lumières habituellement éclatantes des scènes estivales tunisiennes, une inquiétude sourde s’installe. À quelques semaines du lancement des grands festivals internationaux, le paysage culturel semble vaciller entre incertitude administrative, tensions financières et silence institutionnel. Ce qui devait être une saison de célébration artistique prend, pour nombre d’organisateurs, les contours d’une crise ouverte.

    Tout a commencé par des signaux discrets, presque techniques. Mais très vite, les informations se sont diffusées dans le milieu des impresarios et des organisateurs de festivals comme une onde de choc. Selon l’impresario Anis Fliss, un représentant de la Banque centrale de Tunisie a contacté plusieurs professionnels du secteur pour leur indiquer que le plafond de devise alloué aux paiements en faveur des artistes étrangers aurait été dépassé. Une annonce lourde de conséquences, qui reviendrait, de facto, à fragiliser voire compromettre le règlement des cachets déjà négociés, contractualisés, depuis plusieurs mois.

    Dans les coulisses du secteur culturel, l’alerte est immédiate. Car au-delà de la simple contrainte comptable, c’est toute une mécanique de confiance internationale qui se trouve ébranlée. Les festivals tunisiens, notamment ceux portés par des associations, reposent largement sur la capacité à honorer des engagements financiers vis-à-vis d’artistes étrangers, souvent programmés dans le cadre de contrats signés bien en amont. Or, si les paiements deviennent incertains, c’est la crédibilité même des institutions culturelles tunisiennes qui se trouve fragilisée.

    Face à cette situation, Anis Fliss a évoqué, sur Mosaïque FM, une tentative de sortie de crise : la possibilité d’ajourner les paiements, avec un étalement sur une période ultérieure, notamment au début du prochain exercice budgétaire en septembre. Une solution de compromis, encore hypothétique, qui a été portée à la connaissance du ministère des Affaires culturelles. Mais à ce jour, aucune réponse officielle n’a été communiquée aux professionnels concernés. Un silence qui, dans un contexte aussi sensible, résonne comme une forme d’impasse.

    Ce flottement institutionnel intervient à un moment particulièrement critique. Les festivals d’été, en Tunisie, ne sont pas de simples événements culturels : ils constituent un pilier de l’attractivité touristique, un moteur économique local, et un espace essentiel de rayonnement artistique international. Leur fragilisation ne se limite donc pas à une question de programmation, mais touche directement à l’image du pays et à sa capacité à tenir ses engagements dans un environnement culturel mondialisé.

    Le Festival international de Bizerte illustre à lui seul cette tension grandissante. Son directeur, Lotfi Sfaxi, s’est exprimé également sur Mosaïque FM. Son propos, mesuré mais inquiet, traduit un climat d’incertitude rarement atteint à ce stade de préparation. Selon lui, l’administration du festival évolue dans une véritable zone de brouillard, ne sachant toujours pas si les artistes étrangers prévus pourront être maintenus dans la programmation.

    Cette incertitude est d’autant plus préoccupante que les préparatifs du festival ont débuté dès le mois de janvier. Des contrats ont été signés avec des artistes via des intermédiaires professionnels, conformément aux procédures légales en vigueur. Les dossiers ont été déposés auprès de la commission nationale des spectacles étrangers, accompagnés des autorisations requises et des justificatifs financiers exigés par les services compétents, y compris l’enregistrement auprès du ministère des Finances.

    Malgré ce respect scrupuleux des procédures, aucune réponse officielle n’a été transmise à ce jour, ni approbation ni refus. Une absence de décision qui place les organisateurs dans une situation intenable, à quelques jours seulement de la conférence de presse annonçant la programmation finale de la 43e édition du Festival de Bizerte.

    Au-delà de l’aspect administratif, c’est aussi une question de justice et d’équité qu’a soulevé le directeur du festival. Il a rappelé que les festivals internationaux portés par des associations ne bénéficient pas des mêmes mécanismes de soutien que ceux relevant directement de l’État, tout en supportant des charges significatives, notamment des taxes pouvant atteindre 33% sur les spectacles étrangers.

    Dans ce contexte, une contradiction apparaît de plus en plus difficile à justifier pour les acteurs culturels : alors que certains artistes étrangers continueraient à se produire dans d’autres cadres, leur participation aux festivals associatifs semble suspendue à une décision administrative non clarifiée.

    N.J

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