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Festivals : Ahmed Ben Hassana appelle la Banque centrale à « sauver la saison culturelle »

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Par Sarra Hlaoui

    L’avocat Ahmed Ben Hassana a vivement critiqué, mardi 30 juin 2026, les restrictions qui empêchent plusieurs festivals tunisiens organisés par des associations d’accueillir des artistes étrangers. Invité de l’émission Midi Express sur Express FM, il a estimé que la responsabilité incombe principalement à la Banque centrale de Tunisie (BCT), qu’il accuse d’avoir tardé à avertir les organisateurs de l’épuisement du quota de devises alloué aux spectacles culturels.

    Selon lui, les deux grands festivals internationaux organisés directement par le ministère des Affaires culturelles – Carthage et Hammamet – ne sont pas concernés par ces difficultés. En revanche, la quasi-totalité des autres festivals associatifs risquent de devoir annuler leurs spectacles étrangers, alors même que les programmations sont déjà finalisées.

    Un quota de devises inchangé depuis 2005

    Ahmed Ben Hassana a expliqué que le problème ne relève pas d’une interdiction légale mais d’un mécanisme administratif de la Banque centrale. Chaque année, un montant en devises est réservé au paiement des prestations des artistes étrangers dans le cadre des manifestations culturelles.

    Or, affirme-t-il, ce plafond n’a jamais été révisé depuis 2005, malgré l’inflation, la hausse des cachets des artistes internationaux et la dépréciation du dinar.

    « Le montant est resté le même depuis plus de vingt ans », a-t-il souligné, estimant que ce quota est aujourd’hui devenu largement insuffisant pour répondre aux besoins du secteur.

    Des contrats déjà signés

    L’avocat déplore surtout le caractère tardif de cette décision. Selon lui, les organisateurs avaient déjà signé leurs contrats avec les artistes étrangers, versé des avances pour les cachets, les billets d’avion, l’hébergement et accompli l’ensemble des formalités administratives nécessaires, notamment l’enregistrement des contrats.

    « On ne peut pas laisser les organisateurs engager toutes ces dépenses puis leur annoncer soudainement qu’ils ne pourront plus honorer leurs engagements », a-t-il déclaré.

    Il rappelle qu’un contrat engage juridiquement les deux parties et que son inexécution peut entraîner d’importantes actions en réparation.

    Un risque financier… et un risque pour l’image de la Tunisie

    Pour Ahmed Ben Hassana, cette situation expose les organisateurs à des indemnisations potentiellement importantes, mais menace également la réputation internationale de la Tunisie.

    Il estime que les partenaires étrangers pourraient considérer le pays comme incapable de respecter ses engagements contractuels, ce qui porterait atteinte à sa crédibilité auprès des artistes et des producteurs internationaux.

    « Le ministère de la Culture n’est pas responsable »

    L’avocat a tenu à dédouaner le ministère des Affaires culturelles, affirmant que la ministre cherche depuis plusieurs semaines une solution avec la Banque centrale.

    Il a également révélé que des propositions avaient été formulées par les organisateurs eux-mêmes, notamment le report du paiement des cachets sur le quota de devises du prochain exercice budgétaire, sans qu’une réponse favorable ne soit obtenue.

    Il appelle ainsi la Banque centrale à faire preuve de davantage de souplesse afin d’éviter une crise pour les festivals et leurs organisateurs.

    Pourquoi Carthage et Hammamet sont-ils épargnés ?

    Interrogé sur le traitement différencié entre les festivals, Ahmed Ben Hassana a expliqué que les manifestations directement organisées par l’État ne sont pas soumises à la même procédure d’autorisation que les festivals associatifs.

    Ces derniers doivent obtenir une autorisation délivrée par une commission au sein de laquelle siège un représentant de la Banque centrale. C’est à ce niveau que le contrôle du quota de devises intervient.

    Il estime d’ailleurs que si la Banque centrale constatait l’épuisement imminent du quota, elle aurait dû en informer cette commission bien en amont afin d’éviter que les organisateurs ne poursuivent leurs engagements contractuels.

    « Il ne s’agit pas d’un manque de devises »

    Contrairement à certaines analyses, Ahmed Ben Hassana considère que la Tunisie ne fait pas face à une impossibilité de mobiliser des devises pour ces spectacles.

    Selon lui, le véritable problème est le dépassement d’un plafond administratif fixé il y a plus de vingt ans et jamais réactualisé.

    Il estime qu’après vingt-et-un ans, plusieurs gouvernements, une forte inflation et une évolution considérable des coûts des spectacles internationaux, ce quota mérite d’être revu.

    Contre le repli culturel

    Réagissant aux appels de certains internautes qui saluent l’annulation des spectacles étrangers afin de privilégier les artistes tunisiens, Ahmed Ben Hassana a défendu une approche équilibrée.

    Selon lui, les festivals internationaux doivent conserver leur dimension d’ouverture tout en continuant à faire travailler les artistes, techniciens et professionnels tunisiens.

    Il a plaidé pour un équilibre entre valorisation de la création nationale et ouverture aux cultures étrangères, estimant qu’un repli culturel constituerait une erreur.

    En conclusion, l’avocat a renouvelé son appel à la Banque centrale afin qu’elle fasse preuve de flexibilité pour éviter, selon ses termes, « une catastrophe financière » pour les organisateurs et préserver l’image de la Tunisie sur la scène culturelle internationale.

    S.H

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