À quelques mois du XIXe Sommet de la Francophonie, prévu en novembre à Phnom Penh, au Cambodge, la succession à la tête de l’Organisation internationale de la Francophonie (OIF) est désormais pleinement engagée.
Réunis mardi 30 juin à Paris lors d’une session extraordinaire, les quatre prétendants ont présenté leur vision de l’avenir de l’institution. Si l’élection proprement dite interviendra lors du sommet des chefs d’État et de gouvernement en novembre, cette nouvelle procédure entend apporter davantage de transparence à un choix qui reposait jusqu’ici essentiellement sur des négociations diplomatiques menées en coulisses.
Selon un communiqué de l’OIF, les auditions se sont déroulées sous la présidence de Prak Sokhonn, vice-Premier ministre et ministre des Affaires étrangères du Royaume du Cambodge, également président en exercice de la Conférence ministérielle de la Francophonie (CMF).
Les quatre candidats ont été entendus successivement, selon l’ordre alphabétique, dans un format identique accordant à chacun 45 minutes. Les présentations ont ensuite laissé place à une réunion ministérielle à huis clos, consacrée aux délibérations et à l’élaboration des recommandations qui seront soumises aux chefs d’État et de gouvernement lors du Sommet de Phnom Penh.
Cette compétition intervient dans un contexte où l’OIF cherche à redorer son image après plusieurs années marquées par des controverses sur sa gouvernance et sur le poids des considérations géopolitiques dans la désignation de ses dirigeants.
À la tête de l’organisation depuis 2019, la Rwandaise Louise Mushikiwabo sollicite un troisième mandat. Ancienne ministre des Affaires étrangères de son pays, elle entend poursuivre les réformes engagées durant ses deux premiers mandats, avec une attention particulière portée à la transformation numérique, à l’innovation et à l’entrepreneuriat des jeunes au sein de l’espace francophone.
Face à elle, Juliana Amato Lumumba, candidate officielle de la République démocratique du Congo, mise sur une vision plus participative de la Francophonie. Ancienne ministre et fille de l’illustre leader indépendantiste Patrice Lumumba, elle défend le concept d’une « Francophonie des peuples », davantage tournée vers les citoyens que vers les seules institutions, tout en plaidant pour une simplification du fonctionnement administratif de l’organisation.
La Mauritanienne Coumba Bâ, ancienne ministre de la Culture, actuelle conseillère du président mauritanien et envoyée spéciale auprès de l’OIF, se présente comme une personnalité de consensus. Son ambition est de renforcer la cohésion entre les États membres et de favoriser une gouvernance plus fédératrice.
Enfin, le Roumain Dacian Cioloș est le seul candidat issu d’un pays non africain. Ancien Premier ministre et ancien commissaire européen à l’Agriculture, il fait valoir son expérience des compromis politiques européens et souhaite promouvoir la langue française comme un véritable levier de développement économique et d’opportunités professionnelles.
Cette campagne est suivie avec une attention particulière en Tunisie. La récente visite de Juliana Amato Lumumba a suscité de nombreuses interrogations sur la position que le pays pourrait adopter lors du scrutin de novembre.
Le président Kaïs Saïed l’avait en effet reçue au palais de Carthage, le 2 juin, avec le ministre délégué auprès du ministre des Affaires étrangères chargé de la Francophonie et de la diaspora congolaise de la République démocratique du Congo, Crispin Mbadu Phanzu.
Cette séquence diplomatique a nourri les spéculations quant à un éventuel soutien de la Tunisie à sa candidature, même si aucune annonce officielle n’est venue confirmer cette hypothèse.
N.J










