Dans une publication diffusée jeudi 16 juillet sur sa page Facebook, l’ancien ministre Faouzi Ben Abderrahman a livré une critique sévère du fonctionnement actuel du pouvoir en Tunisie. Au cœur de son analyse figure une idée centrale : selon lui, le régime de Kaïs Saïed a progressivement vidé la vie politique de sa substance, reproduisant un schéma qui rappelle, à ses yeux, les dernières années du régime de l’ancien président, feu Zine El Abidine Ben Ali.
Pour l’auteur, « Kaïs Saïed a tué la politique » et cela ne revient pas uniquement, à son sens, à affaiblir les partis, l’opposition ou les corps intermédiaires. Une telle stratégie a fini aussi par fragiliser le pouvoir lui-même, qui se prive des mécanismes lui permettant de comprendre les mutations de la société et d’ajuster son action aux réalités économiques, sociales et politiques.
Faouzi Ben Abderrahman estime que la gouvernance actuelle a progressivement transféré la conduite des affaires publiques à l’administration, tandis que les institutions judiciaire et sécuritaire sont devenues, selon lui, les principaux instruments de neutralisation de toute contestation.
Dans son texte, il considère que l’administration tunisienne, malgré son rôle central dans la gestion quotidienne de l’État, ne peut se substituer à l’action politique. Il lui reproche de ne pas disposer des attributs nécessaires à la conduite d’un projet national, notamment une vision prospective, une capacité de négociation et une légitimité politique.
Selon lui, un plan de développement ne saurait être réduit à un simple document technique. Il constitue avant tout un projet politique, fondé sur des choix de société, une stratégie économique et une capacité à mobiliser les différents acteurs autour d’une vision commune.
L’absence de cette dimension politique, affirme-t-il, affaiblit les capacités du pays à planifier son développement et à améliorer sa compétitivité.
L’ancien ministre est revenu également sur ce qu’il considère comme un affaiblissement progressif des partis politiques, des organisations nationales historiques et de la liberté de la presse.
À ses yeux, les appareils judiciaire et sécuritaire ont progressivement occupé une place prépondérante dans la gestion de la vie publique, au détriment des espaces traditionnels de débat, de négociation et de médiation politique.
Cette évolution a, selon lui, conduit le pouvoir à s’isoler, tant vis-à-vis de la société tunisienne que de son environnement régional et international.
« Ce que le système de gouvernance ne semble pas percevoir, c’est qu’en tuant la politique, il s’est lui-même condamné à un isolement total, aussi bien vis-à-vis de son environnement immédiat que de ses espaces régional et international. Il a, par la même occasion, compromis sa capacité à capter les signaux — notamment les plus faibles et les plus subtils — émanant du corps social et révélateurs de ses évolutions profondes », a-t-il écrit.
Face à quoi, Faouzi Ben Abderrahman propose une définition de la politique qui s’oppose, selon lui, aux représentations qui la réduisent aux intrigues, à la corruption ou aux rapports de force.
Pour lui, la politique consiste avant tout à gérer les affaires publiques, préserver la paix civile, construire des compromis et faire progresser la société grâce au dialogue entre des sensibilités différentes.
« Ceux qui refusent de le comprendre se condamnent eux-mêmes à sortir du mouvement historique et civilisationnel, ne laissant subsister qu’une seule orientation politique : celle de la fuite en avant », a-t-il conclu.

N.J











Commentaire
Tunisino
La Tunisie n’a pas besoin de la politique pour la politique mais de la politique pour rendre la Tunisie un pays avancé. Les choses sont connues, un rail technique, un rail démocratique, un garde, et hop la Tunisie est durablement un pays avancé, dans quelques dizaines d’années. La politique est à tailler sur l’objectif stratégique d’un pays, prendre une place sous le soleil du développement durable, et non pas sur les fantasmes de politiciens malades, bêtes et opportunistes, aventuriers et suicidaires. Ce qu’à fait Saied en 2021 est positif, il a sauvé la Tunisie de politiciens irresponsables, sauf qu’il n’a pas évolué vers ce qu’il faut faire pour que la Tunisie prend les rails du progrès durable, mais vers l’égoisme, et l’échec. La Tunisie peut devenir un pays avancé sans la politique, mais la politique/la démocratie permet de faire durer l’expérience, alors que le garde permet de contrer tous les dérapages. est-ce que la Tunisie a besoin de 1000 partis?! Trois partis (gauche, centre, Droite) doivent suffire! Tout est connu, sauf que les politiciens tunisiens sont trop limités et maladivement égoistes.