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À Hammamet, les hôtels sommés de passer sur générateur pendant la nuit

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    En pleine haute saison touristique et alors que la Tunisie traverse une vague de chaleur exceptionnelle, la Société tunisienne de l’électricité et du gaz (Steg) a demandé aux établissements hôteliers de Hammamet de recourir à leurs groupes électrogènes afin de soulager le réseau électrique national.

    Dans un avis adressé aux hôtels de la région, l’entreprise publique invite les professionnels à faire fonctionner leurs générateurs « à titre exceptionnel », chaque nuit pendant au moins deux heures à compter du 21 juillet, afin de contribuer à la stabilité du système électrique national, mis à rude épreuve par une consommation record.

    Sur le papier, la mesure paraît simple. Sur le terrain, elle révèle une réalité beaucoup plus complexe.

    Des coupures qui fragilisent l’activité hôtelière

    « Les groupes électrogènes ne remplacent pas le réseau », résume une hôtelière de la région, qui décrit une situation devenue difficilement tenable.

    Selon son témoignage, les coupures d’électricité à répétition provoquent une succession de dysfonctionnements qui finissent par mettre en péril la qualité du service : clients privés de climatisation en pleine canicule, ascenseurs immobilisés, cuisines perturbées, retards dans le service des repas, pertes de denrées périssables et multiplication des avis négatifs sur les plateformes de réservation.

    « Chaque coupure, c’est des années d’efforts qui s’effondrent », résume-t-elle en substance. Les séjours annulés se multiplient, certains vacanciers préférant désormais des destinations jugées plus fiables.

    Au-delà des conséquences économiques, la sécurité constitue également une préoccupation. L’hôtelière évoque des personnes bloquées dans les ascenseurs lors des coupures, mais aussi les difficultés rencontrées par les personnes âgées, les malades ou les clients ayant des besoins spécifiques, pour lesquels l’absence de climatisation ou l’arrêt de certains équipements peut représenter un danger réel.

    Pourquoi les groupes électrogènes ne suffisent pas

    L’appel de la Steg peut laisser penser que les hôtels disposent d’une solution de rechange capable d’assurer un fonctionnement normal. La réalité est bien différente.

    Les groupes électrogènes installés dans la plupart des établissements ont été conçus comme des équipements de secours et non pour remplacer durablement l’alimentation électrique d’un complexe hôtelier. Ils permettent généralement de maintenir les fonctions essentielles – éclairage de sécurité, réception, systèmes informatiques, pompes, équipements de sécurité ou une partie des ascenseurs – mais rarement l’ensemble des installations.

    Or, en période de canicule, la climatisation représente de loin le principal poste de consommation d’un hôtel. Alimenter simultanément plusieurs centaines de chambres climatisées, les cuisines, les chambres froides, les buanderies, les espaces communs et les ascenseurs exige une puissance considérable que la majorité des groupes électrogènes ne peuvent fournir.

    En pratique, les établissements sont contraints de faire des choix : préserver les équipements indispensables au fonctionnement de l’hôtel, mais renoncer à une partie du confort des clients. Dans de nombreux cas, cela signifie que les chambres ne sont plus climatisées pendant les coupures, alors même que les générateurs fonctionnent.

    À cette limite technique s’ajoute une contrainte financière. Faire tourner un groupe électrogène pendant plusieurs heures implique une consommation importante de carburant, une maintenance plus fréquente et une usure accélérée des équipements. Une charge supplémentaire que les professionnels doivent absorber en pleine saison.

    L’image de la destination Tunisie en jeu

    « Nous ne demandons pas la lune, seulement un service d’électricité stable », plaide cette responsable hôtelière, rappelant que le tourisme est un secteur qui vit avant tout de son image et de la confiance des visiteurs.

    Les professionnels redoutent que la multiplication des coupures ne laisse des traces durables sur la réputation de la destination. Dans un secteur où les avis publiés sur les plateformes de réservation influencent directement les réservations futures, quelques nuits passées sans climatisation en pleine canicule peuvent suffire à décourager une partie de la clientèle internationale.

    Ces inquiétudes interviennent alors que les délestages se multiplient dans plusieurs régions du pays. Le recours aux groupes électrogènes apparaît ainsi davantage comme une mesure de gestion de crise qu’une véritable solution. Si ces équipements permettent d’éviter un arrêt total de l’activité, ils ne garantissent ni le niveau de confort attendu par une clientèle internationale, ni les standards de qualité auxquels les établissements tunisiens s’efforcent de répondre.

    En pleine saison estivale, cette situation soulève une question qui dépasse les seuls hôtels de Hammamet : jusqu’où les délestages peuvent-ils être conciliés avec les ambitions touristiques de la Tunisie, alors que le secteur constitue l’un des principaux pourvoyeurs de devises du pays ? Une dégradation durable de l’image de la destination pourrait avoir un coût bien supérieur à celui des seuls mégawatts économisés.

    R.B.H

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