L’Organisation mondiale de la santé (OMS) a tiré la sonnette d’alarme face à l’aggravation rapide de l’épidémie de maladie à virus Ebola de type Bundibugyo (BVD) en République démocratique du Congo. En déplacement à Kinshasa, le directeur général de l’OMS, Tedros Adhanom Ghebreyesus, a appelé mercredi 5 août 2026 à une intensification « urgente et massive » de la riposte, estimant que la propagation du virus progresse désormais plus rapidement que le déploiement des moyens de réponse.
« L’épidémie se propage plus vite que l’extension de notre réponse », a-t-il indiqué dans un message publié sur le réseau social X, après des rencontres avec les partenaires sanitaires et humanitaires mobilisés en République démocratique du Congo. Selon lui, le nombre de nouveaux cas a doublé au cours de la dernière semaine dans certains foyers actifs, un signe révélateur de l’accélération de la transmission.
Le responsable onusien a insisté sur la nécessité de renforcer tous les piliers de la lutte contre Ebola, notamment l’accès aux communautés touchées, la surveillance épidémiologique, la prise en charge médicale, la protection du personnel de santé ainsi que les enterrements sûrs et dignes. « Nous ne pouvons pas arrêter Ebola sans la confiance, le leadership et le partenariat des communautés », a-t-il souligné, appelant à placer les populations locales « au centre » de la réponse.

Une épidémie devenue la plus importante jamais enregistrée en RDC
D’après les dernières données publiées par l’OMS, l’épidémie actuelle constitue désormais la plus vaste flambée d’Ebola jamais enregistrée en République démocratique du Congo. Elle dépasse ainsi l’épidémie de 2018-2020, qui avait fait 3317 cas confirmés.
Initialement limitée à la zone de santé de Mongbwalu, dans la province de l’Ituri, la maladie s’est progressivement étendue au cours des deux derniers mois à cinq provinces : l’Ituri, le Nord-Kivu, le Sud-Kivu, le Haut-Uélé et la Tshopo. Au total, 49 zones de santé sont désormais affectées.
Au 30 juillet 2026, la RDC comptabilisait 3605 cas confirmés, dont 1587 décès, soit un taux de létalité particulièrement élevé de 44%. Depuis la dernière alerte épidémiologique publiée le 17 juillet, 1481 nouveaux cas confirmés et 759 décès supplémentaires ont été recensés dans le pays.
Si une partie de cette hausse s’explique par l’amélioration des capacités de surveillance, l’intensification des tests en laboratoire et l’élargissement des dispositifs de diagnostic, l’OMS souligne que l’essentiel de l’augmentation reflète une expansion réelle de la transmission.
La semaine épidémiologique 30 a notamment enregistré un record depuis le début de la flambée, avec 567 nouveaux cas et 296 décès rapportés en seulement sept jours.
L’Ituri demeure l’épicentre de la crise
La province de l’Ituri concentre à elle seule la majorité des contaminations. Elle représente 88% des cas confirmés recensés dans le pays, avec 3176 cas sur les 3 605 enregistrés, ainsi que 82,6% des décès.
Les zones de santé de Bunia, Rwampara, Mongbwalu, Nizi, Lita et Nyankunde figurent parmi les principaux foyers de transmission. Sur les 49 zones touchées, 33 restent actuellement actives, avec des cas confirmés enregistrés au cours des sept derniers jours.
Les équipes sanitaires poursuivent également le suivi des personnes ayant été en contact avec des cas confirmés. Au 30 juillet, près de 17 900 contacts avaient été identifiés, dont plus de 13 400 faisaient encore l’objet d’une surveillance active.
Mais la progression de l’épidémie est aggravée par un contexte humanitaire extrêmement fragile. Les déplacements massifs de populations, les mouvements transfrontaliers, l’insécurité persistante et les attaques visant certaines infrastructures sanitaires compliquent considérablement le travail des équipes de terrain.
Le personnel de santé en première ligne
Les professionnels de santé continuent de payer un lourd tribut à cette crise. Selon l’OMS, 151 agents de santé ont été contaminés depuis le début de l’épidémie, parmi lesquels 44 sont décédés. Soixante-huit autres ont pu guérir.
Ces infections illustrent les risques persistants auxquels sont exposés les soignants, notamment dans les établissements où les mesures de prévention et de contrôle des infections restent difficiles à appliquer en raison du manque de ressources, des conditions sécuritaires précaires et de la pression exercée sur les structures médicales.
Face à cette situation, l’OMS estime qu’un changement d’échelle est indispensable. Les autorités congolaises, avec l’appui de l’OMS, du Centre africain de contrôle et de prévention des maladies (Africa CDC) et des partenaires internationaux, poursuivent plusieurs actions : renforcement de la surveillance, amélioration des capacités de laboratoire, prise en charge clinique, mobilisation communautaire et soutien logistique.
Cependant, l’organisation avertit que les efforts actuels restent insuffisants pour reprendre l’avantage sur le virus.
Un risque régional toujours sous surveillance
La flambée congolaise continue également de faire peser une menace sur les pays voisins. L’Ouganda, qui avait enregistré des cas liés au même virus, a déclaré la fin de son épidémie le 28 juillet 2026 après 42 jours sans nouvelle transmission locale confirmée. Le pays reste toutefois exposé au risque de réintroduction en raison de la circulation persistante du virus en RDC.
Un cas importé avait également été détecté en France le 24 juin 2026 chez une personne ayant participé aux opérations de réponse en RDC. Le patient a depuis été déclaré guéri et aucun cas secondaire n’a été identifié.
Malgré ces signes encourageants hors de la RDC, l’OMS maintient un niveau élevé de vigilance. Pour l’agence sanitaire mondiale, la priorité reste désormais de contenir la flambée congolaise avant qu’elle ne gagne davantage de territoires.
À Kinshasa, le message du directeur général de l’OMS est sans ambiguïté : seule une mobilisation collective, rapide et soutenue permettra de stopper une épidémie qui, en quelques semaines, est devenue la plus meurtrière jamais enregistrée par la RDC.
N.J










