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Radhia Jerbi sonne l’alerte sur le mariage « orfi » en Tunisie

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Par Nadya Jennene

    La Tunisie s’est longtemps distinguée dans le monde arabe par un arsenal juridique particulièrement avancé en matière de droits des femmes. Au cœur de cette singularité figure le Code du statut personnel, adopté en 1956, qui a profondément transformé le droit de la famille en consacrant des principes qui demeurent encore aujourd’hui parmi les plus progressistes de la région, notamment l’interdiction de la polygamie et l’encadrement légal du mariage.

    Mais derrière l’image d’un pays où l’union matrimoniale est strictement régie par la loi, une autre réalité semble progressivement émerger. Des mariages coutumiers, parfois désignés sous le terme arabe « orfi », ainsi que des unions à caractère exclusivement religieux, seraient aujourd’hui conclus en dehors du cadre légal.

    La présidente de l’Union nationale de la femme tunisienne, Radhia Jerbi, a tiré la sonnette d’alarme vendredi 7 août 2026, lors d’une conférence organisée par l’organisation. Elle a évoqué l’existence de plusieurs formes d’unions échappant au cadre matrimonial légal, notamment des mariages conclus oralement ou matérialisés par des écrits non enregistrés auprès des autorités compétentes.

    Selon elle, depuis 2011, le contrat de mariage aurait progressivement perdu, dans certains cas, sa portée juridique initiale, laissant place à de simples accords verbaux ou à des documents privés dépourvus d’enregistrement officiel. À cela s’ajouteraient des mariages religieux qui ne seraient pas soumis aux dispositions du Code du statut personnel, notamment dans certaines unions impliquant des étrangers.

    Un phénomène sans chiffres, mais pas sans conséquences

    La présidente de l’Union nationale de la femme tunisienne a reconnu qu’il n’existait pas, à ce stade, de statistiques précises permettant d’évaluer l’ampleur de ces pratiques. Mais l’absence de données officielles ne suffit pas à écarter la question.

    Car derrière chaque union conclue en dehors du cadre légal se pose celle de la protection des personnes concernées, en particulier des femmes. Le mariage n’est pas uniquement une relation privée ou une cérémonie : il crée des droits et des obligations en matière de filiation, de responsabilités entre époux et de protection juridique en cas de séparation ou de conflit.

    C’est précisément pour soumettre ces relations à un cadre clair que la Tunisie a fait, dès les premières années de l’indépendance, le choix d’une législation familiale volontariste.

    Le Code du statut personnel, un acquis historique

    En 1956, la Tunisie a fait un choix qui allait durablement marquer son modèle juridique : faire du mariage une institution encadrée par la loi, et non une simple affaire relevant des usages ou des interprétations religieuses.

    Le Code du statut personnel a notamment instauré la monogamie, rompant avec la possibilité de contracter plusieurs mariages simultanément. Il a également fixé des règles précises concernant le mariage et les relations entre époux, faisant du droit un instrument de protection au sein de la famille.

    Cet héritage explique la portée particulière des inquiétudes exprimées aujourd’hui par l’Union nationale de la femme tunisienne. Pour Radhia Jerbi, certaines pratiques tendraient désormais à déplacer des unions vers des espaces où les garanties prévues par la loi ne sont plus pleinement assurées.

    Le risque n’est donc pas uniquement juridique. Il est aussi social et concerne directement les acquis construits durant plusieurs décennies en matière de droits des femmes.

    Quand le religieux prend le pas sur le juridique

    L’existence évoquée de mariages exclusivement religieux constitue, à cet égard, un autre sujet d’inquiétude. La question se pose avec une acuité particulière lorsque ces unions impliquent des étrangers et sont conclues sans être intégrées au cadre matrimonial tunisien.

    Une cérémonie religieuse ou un accord privé peut-il offrir les mêmes garanties qu’un mariage reconnu par la loi ? Que se passe-t-il lorsque l’union prend fin ? Quels recours restent accessibles à la femme ? Quelles protections existent pour les éventuels enfants ? Et qui veille au respect des obligations qui incombent aux deux époux ?

    Ces interrogations touchent précisément à la raison d’être du cadre légal du mariage : établir clairement les droits, les responsabilités et les obligations de chacun.

    En dehors de ce cadre, la vulnérabilité peut s’accroître, notamment pour les femmes qui risquent de se retrouver sans preuve juridique suffisamment solide de leur union ou privées de certaines protections attachées au statut d’épouse légalement reconnue.

    Une alerte qui mérite une réponse institutionnelle

    Radhia Jerbi a ainsi appelé le ministère public à intervenir et à renforcer le contrôle des contrats de mariage. Elle a notamment déploré que certains contrats ne comporteraient plus de rappel des devoirs et responsabilités qui incombent aux époux.

    Son appel intervient dans un contexte où le respect du Code du statut personnel ne peut être réduit à une simple question administrative. Le droit matrimonial constitue l’un des fondements de la protection juridique des femmes et de l’égalité au sein de la famille.

    La Tunisie a construit, depuis plus de sept décennies, un modèle qui a fait de la loi le principal cadre de régulation du mariage. Voir apparaître ou se banaliser des pratiques matrimoniales parallèles devrait donc susciter une réflexion institutionnelle approfondie.

    L’urgence est d’autant plus grande que le phénomène demeure mal documenté. Avant même d’en mesurer l’ampleur, il convient d’en comprendre les causes, d’identifier les mécanismes et d’évaluer les conséquences.

    Car les acquis du Code du statut personnel ne sont pas de simples vestiges d’une époque révolue. Ils constituent un socle de protection. Et lorsque des pratiques susceptibles de contourner ce socle apparaissent, le silence ne peut tenir lieu de politique publique.

    N.J

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    3 commentaires

    1. Citoyen_H

      Répondre
      8 août 2026 | 11h24

      C’EST UNE RÉSULTANTE DIRECTE DU CÉLÈBRE SLOGAN :

      Khob’z ou Mè et ZABA lè !

      Ce n’est qu’une, des avalanches de surprises qui vont nous tomber dessus, prochainement, suite à l’ouverture des nombreuses boites de Pandore que les consanguins ont ouvertes, la maudite année 2011 !

    2. Hannibal

      Répondre
      7 août 2026 | 15h51

      C’est le subterfuge utilisé par des hommes pour faire du concubinage et de la poligamie. Ils ont une b..e à la place du cerveau.
      La question est pourquoi des femmes acceptent cette méthode obscurantiste.
      Les enfants qui en naissent n’ont aucune protection. D’ailleurs, sont-ils enregistrés dans l’état civil?

    3. L'internaute tunisien

      Répondre
      7 août 2026 | 13h42

      c’est le coût de l’échec économique et politique, entre autres

    Répondre

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