La famille du journaliste Zied El-Heni a dénoncé, mardi 11 août 2026, les conditions dans lesquelles celui-ci est détenu, évoquant notamment un accès limité à la cour de promenade et à l’eau potable, ainsi que des difficultés pour obtenir des livres. Un témoignage publié après une visite au journaliste et dans lequel ses proches s’interrogent sur les restrictions qui lui seraient imposées en pleine période de fortes chaleurs.
« Aujourd’hui, nous avons rendu visite à papa. La chaleur est étouffante », commence la fille de Zied El-Heni. Elle décrit également les familles des autres détenus, notamment des femmes et des hommes âgés, contraints de se déplacer sous des températures élevées pour rendre visite à leurs enfants incarcérés.
Mais c’est surtout la situation à l’intérieur de l’établissement pénitentiaire qui suscite les inquiétudes de la famille.
Deux semaines « entre quatre murs »
D’après sa famille, Zied El-Heni ne bénéficierait, depuis son incarcération, que d’une seule possibilité de sortie quotidienne dans la cour de promenade, programmée aux alentours de midi ou de midi et demi, au moment où les températures sont particulièrement élevées.
Ses proches affirment que cette situation l’a conduit à renoncer à sortir depuis deux semaines, ne pouvant supporter la chaleur à cette heure de la journée.
« Deux semaines entre quatre murs », déplore sa famille, qui affirme que les autres détenus auraient, eux, la possibilité de sortir deux fois par jour, le matin et l’après-midi.
Les proches du journaliste s’interrogent dès lors sur les raisons pour lesquelles Zied El-Heni ne bénéficierait pas du même régime et sur le choix d’un horaire correspondant au moment le plus chaud de la journée.
La famille rappelle à ce titre que la loi n°52 de 2001 prévoit, dans son article 19, le droit du détenu à une promenade quotidienne d’une durée minimale d’une heure. Elle cite également le décret n°1876 de 1988 relatif au régime spécial des prisons, dont l’article 38 prévoit, d’après elle, deux sorties quotidiennes, le matin et le soir, la durée de la promenade étant déterminée par le directeur de l’établissement en tenant compte de la situation de chaque détenu.
Des restrictions sur l’achat d’eau
La question de l’eau constitue l’autre principale préoccupation soulevée par la famille.
D’après son témoignage, Zied El-Heni ne serait autorisé à acheter que deux packs d’eau par semaine, sans possibilité d’en acquérir davantage. Une quantité que ses proches jugent insuffisante compte tenu des températures enregistrées actuellement.
La famille affirme par ailleurs que l’eau du robinet disponible dans l’établissement pénitentiaire ne serait pas adaptée à la consommation et aurait déjà causé des problèmes cutanés au journaliste.
Elle relate également une situation concernant un codétenu de Zied El-Heni qui ne disposerait d’aucun proche susceptible de lui verser de l’argent pour ses dépenses en prison. Les deux hommes partageant nourriture et eau, Zied El-Heni aurait souhaité transmettre à sa famille le nom et les coordonnées de son codétenu afin qu’elle puisse alimenter son compte et leur permettre ainsi d’acheter davantage d’eau.
La transmission de ces informations leur aurait cependant été refusée.
« Cela signifie-t-il que même la solidarité entre détenus est interdite en prison ? », s’interroge la famille. Elle estime que des personnes vivant ensemble 24 heures sur 24 dans un espace fermé devraient pouvoir s’entraider, notamment lorsqu’il s’agit d’un besoin aussi élémentaire que l’accès à l’eau.
La lecture, seule occupation, également limitée
Les proches du journaliste évoquent aussi ses conditions de vie quotidiennes et l’absence, d’après leur témoignage, d’activités proposées aux détenus.
La lecture constituerait ainsi l’une des rares occupations permettant à Zied El-Heni de passer les longues heures de détention. Or, la bibliothèque de l’établissement serait actuellement fermée, tandis que l’introduction d’un livre depuis l’extérieur pourrait nécessiter plusieurs semaines, voire plusieurs mois.
La famille dénonce ainsi une accumulation de restrictions qui, prises ensemble, rendent selon elle les conditions de détention particulièrement difficiles : chaleur, absence de sortie à des horaires supportables, accès limité à l’eau et difficultés à disposer de livres.
« Pourquoi empêcher les gens de s’entraider dans l’épreuve ? Pourquoi les priver d’eau ? Pourquoi les priver d’un peu d’air ? Pourquoi les priver également de leur seule activité, la lecture ? », concluent ses proches.
Une condamnation à un an de prison confirmée en appel
Zied El-Heni est détenu depuis le 26 avril 2026, date à laquelle le ministère public avait émis un mandat de dépôt à son encontre.
Le journaliste avait ensuite été condamné, le 7 mai, par la chambre correctionnelle du tribunal de première instance de Tunis, à une année de prison. Une peine confirmée, vendredi 26 juin 2026, par la chambre correctionnelle de la Cour d’appel de Tunis.
Les poursuites ont été engagées sur la base de l’article 86 du Code des télécommunications et portent sur des faits qualifiés d’« atteinte à autrui via les réseaux publics de communication », après des déclarations attribuées au journaliste dans lesquelles il avait critiqué des magistrats.
Le Syndicat national des journalistes tunisiens (SNJT) avait dénoncé les poursuites et mandaté un avocat pour assurer sa défense. Le syndicat avait notamment pointé le recours à l’article 86 du Code des télécommunications, régulièrement critiqué par les organisations de défense de la liberté de la presse.
Un deuxième mandat de dépôt dans une autre affaire
La situation judiciaire de Zied El-Heni ne se limite toutefois pas à cette condamnation.
Le 10 juin 2026, alors qu’il se trouvait déjà en détention, la chambre d’accusation près la Cour d’appel de Tunis avait émis un nouveau mandat de dépôt à son encontre dans une autre affaire.
Cette procédure remonte à la période durant laquelle Zied El-Heni siégeait au conseil municipal de Carthage. Il y est poursuivi pour des faits présumés d’abus de fonction par un agent public dans le but de procurer un avantage injustifié à lui-même ou à autrui, ainsi que pour avoir causé un préjudice à l’administration.
C’est donc dans ce contexte judiciaire, plus de trois mois après son placement initial en détention, que sa famille alerte désormais publiquement sur ses conditions d’incarcération et réclame, au-delà du sort du journaliste, le respect de droits élémentaires liés à l’accès à l’eau, à la promenade et aux livres.
M.B.Z












2 commentaires
Citoyen_H
AVOUONS-LE.
C’est bien lui qui est allé provoquer le diable.
Alors, qu’il assume.
EL-HENI À GHANNOUCHI ET DE SEDRINE À MOUSSI : LIBERTE DIGNITÉ DE TRAITEMENT ET SOLIDARITE...
AINSI QU’AUX CENTAINES DE DETENU.E.S POLITIQUES COMME D OPINIONS SANS E.KS.CEPTIONS !