Par Ahlem Hachicha
Depuis quelques années, le Maroc est plébiscité sur la scène internationale, et souvent en Tunisie aussi, comme un pays qui marche, qui avance, qui réussit. Un exemple parfait de soft power.
Le Maroc réussit là où les autres pays de la région ont du mal. Investissement étranger, infrastructure publique, grands projets, réformes économiques. Tout ce que la Tunisie parle de mettre en place et peine à concrétiser.
Il est vrai que le Maroc a su se démarquer rapidement de la situation régionale face à un défi principal: les mouvements sociaux et populaires du Printemps arabe. Le Royaume a vu la vague venir et a fait le choix de la pérennité du système au prix de quelques concessions politiques, économiques et sociétales.
Le régime chérifien a pivoté en mode survie: ouverture à l’opposition, réformes en faveur de la femme, libéralisation de l’économie, refonte de ses relations internationales. Une vision a été élaborée, les ressources ont été mobilisées, les compétences ont été recrutées, les structures ont été mises en place. Et un narratif a été imaginé et “vendu”: stabilité, ouverture, efficacité, développement, dans une région secouée par l’instabilité, la difficulté de réalisation, les gaps de développement.
Le Brand Morocco, une stratégie à part entière
Ce narratif est devenu une démarche fondamentale, alimentée par un outil puissant: l’image du Maroc. Et tout était bon pour renforcer cette image.
Le Brand Morocco est devenu le cœur de l’action gouvernementale, décliné sur tous les plans.
La culture est devenue un élément phare de ce brand. Les tournages de blockbusters de Hollywood sont attirés grâce à la promotion des paysages magnifiques et diversifiés, aux facilités assurées pour les équipes, aux incitations fiscales, et à la mise en place d’un fonds d’aide national. Des productions telles que Gladiateur II, Game of Thrones et Odyssée deviennent des cartes postales de marketing pour le Maroc, et des leviers de capitaux et de création à la fois de valeur économique (circa 150 millions $) et d’emplois.
Ce mouvement est accompagné par l’organisation d’événements culturels (festivals, concerts, etc.) et de happenings people, autour de la présence de stars et célébrités régionales et internationales. 50 Cent quand même.
Le sport est également l’un des axes de ce brand. Des méga-infrastructures sont établies, l’Académie Mohammed VI de Football est fondée, des événements sportifs majeurs sont organisés sur le territoire (CAN 2025, WAFCON 2026, Marathon des Sables…) et les performances sportives suivent et contribuent bien sûr à cette image. Le Maroc remporte le privilège d’organiser la Coupe du Monde 2030 avec l’Espagne et le Portugal. Et la prouesse de son équipe à la Coupe du Monde 2026 a généré un mouvement de soutien et d’admiration régional et global.
Des grands projets au soft power économique
Le tourisme est à la fois un levier et une fin pour le Maroc. Il bénéficie forcément de cette représentation positive et ouverte, et il attire des visiteurs du monde entier. 20 millions de touristes ont visité le pays en 2025, le classant au 22ème rang mondial. Un marché niche est particulièrement développé: le tourisme de luxe. Des palaces tels que le Royal Mansour ou la Mamounia font rêver et vendent ce fantasme du Maroc des Mille et Une Nuits.
La suite logique de cette stratégie minutieuse est une diplomatie économique dopée. Le pays s’impose comme destination idéale des investissements étrangers, des mégaprojets.
Le port en eaux profondes de Dakhla Atlantique, la Ligne à grande vitesse (LGV) Kénitra-Marrakech, le Gazoduc Nigeria-Maroc, les projets d’énergie solaire, éoliens et d’hydrogène vert, le Stade Hassan II, la Casablanca Finance City, ces projets structurants sortent de terre et façonnent une réalité économique dynamique.
Il est l’élève idéal de la coopération et des institutions internationales. Il a une capacité exceptionnelle d’absorption des programmes d’aide et de financement. D’aucuns diraient que c’est la prime pour son adhésion aux Accords d’Abraham.
Il a su dominer des marchés autrefois détenus par d’autres acteurs régionaux. Sur le marché des phosphates, par exemple, le Maroc a connu une trajectoire opposée à celle de la Tunisie, marquée par une croissance fulgurante face à un déclin notable de notre côté.
Le Maroc est un hub d’accès vers l’Afrique, de fait. Des liaisons aériennes et maritimes renforcées, des échanges qui vont au-delà du dumping de produits et biens, une identité assumée le prouvent tous les jours.
Une réussite, mais pour qui ?
Ces pièces du puzzle font partie d’une politique voulue, volontariste, délibérée appuyant une diplomatie d’influence qui cherche à placer le Royaume du Maroc au cœur des enjeux et échéances au niveau régional, continental et international.
Le soft power au service du pays, mais quel pays?
L’obligation de performance, des objectifs clairs, et le réalisme politique ont généré certes des résultats tangibles, des mécanismes efficaces, une réussite prouvée. Mais, cette réussite est-elle partagée? Le Maroc a réussi. Mais il a réussi, par-dessus tout, à préserver le régime, le système. Les retombées de cette réussite ne touchent pas tous les Marocains de manière équitable. Derrière la perception idéale, il y a une réalité plus compliquée, faite d’inégalités sociales, de chômage endémique, de fractures territoriales, de jeunes qui ont du mal à se projeter dans leur pays. Le PIB par habitant reste faible, le taux des revenus du travail des femmes est l’un des plus bas au monde, l’accès aux services de santé et à l’éducation connaît des difficultés structurelles criantes.
Les images récentes de Ceuta témoignent de ce désespoir, de la réalité de cet autre Maroc, parfois appelé Maghrib pour le distinguer justement de ce Maroc Instagram.
L’effet vitrine n’arrive pas à résoudre les questions intérieures, celles des tensions avec l’Algérie, ou celles du dossier du Sahara Occidental, à titre d’exemple.
Pour reprendre une expression consacrée des bailleurs de fonds et sponsors internationaux, la croissance se doit d’être inclusive et partagée. Alors, peut-être qu’il faut moins de vernis et plus d’acquis.











11 commentaires
Mohamed Mabrouk
Bonjour a tous
Je suis un admirateur du maroc, bien que en desaccord avec sa politique vis a vis du sionisme. Mais je crois que cette politique a l’avantage de la franchise, preferable a la rupture de façade qui revient a embobiner l’opinion publique et a l’infantiliser, ce qui est dommageable pour la formation intellectuelle des tunisiens, et les expose a des manipulations faciles. A ce niveau précisément, en se promenant au maroc, en suivant leurs medias et en discutant avec des gens, on se rend compte de leur meilleur niveau intellectuel, avec moins de brainwashing, ainsi qu’un meilleur niveau linguistique arabe ou français. L’ordre social y est plus apaisé, moins sensible aux excitations de l’occident, comme du khalije. jazeera par exemple n’a pas l’influence qu’elle a ici (avec l’exception de la crise de ceuta, ou le bourrage de crane de jazeera et fb a malheureusent pris). Les administrations étatiques sont mieux tenues et plus professionnelles. Les ressources naturelles y sont mieux gérés car le pouvoir a moins besoin de legitimation aupres des occidentaux contrairement a nous, ou, depuis ben ali, tout les 10-20 ans s’installe un nouveau chef et se trouve obligé de brader des ressources pour obtenir leur appui sans quoi il ne peut poursuivre vu l’endettement exterieur incontournable et exceptionnellement elevé du pays.
Le maroc, pays montagneux difficile a cultiver, part d’une situation plus pauvre que la tunisie. Mais depuis les independances quel chemin parcouru! Beaucoup se laissent tenter par l’argument de l’inegalité en raison de la nature monarchique du systeme. Mais attention aux conclusions faciles en economie! et aux candidats robins des bois!
distribuer l’argent de la famille royale aux pauvres sera comme une goutte d’eau dans l’océan. Par contre un secteur du phosphate tenu par le roi lui permet d’investir massivement dans l’education d’excellence , domaine ou le maroc depasse de loin aujourd’hui les deux autres maghrebins. alors qu’en tunisie le chaos du groupe chimique, meme pas capable de rediger une strategie de sortie de crise, ou le bradage gratuit des nouvelles mines pour raison de legitimation externe, laissent l’etat demuni face aux revendications de base
HatemC
Le tourisme en question
Je ne conteste pas le droit des Algériens de voyager de par le monde y compris en tunisie, j’estime que la Tunisie doit pouvoir sélectionner et encadrer sa clientèle touristique en fonction de son comportement et de sa contribution économique.
« Faut-il laisser entrer les Algériens ? »
que :
« Quel type de tourisme voulons-nous développer en Tunisie ? »
Certains établissements constatent effectivement des comportements problématiques de certains clients algériens — nuisances, dégradations, non-respect du personnel, comportements incompatibles avec les règles de l’établissement —
Si un touriste dépense peu, dégrade l’image d’une destination, surcharge les infrastructures et fait fuir une clientèle à plus forte valeur ajoutée, le bilan économique peut être beaucoup moins intéressant qu’il n’y paraît.
La vraie ambition tunisienne devrait donc être, moins de dépendance à une clientèle particulière, algérrienne en particuliet, plus de diversification, plus de valeur ajoutée et surtout une politique touristique qui sélectionne la qualité du tourisme plutôt que de courir uniquement après le nombre d’arrivées.
C’est probablement une des leçons les plus importantes du succès marocain….. Batir un mur entre le Maroc et l’Algérie …. ils n’ont jamais été nos amis ni nos frères ni khawa khawa ….
HatemC
Certains analystes estiment que face au blocage politique régional de long terme, le Maroc a fait le choix pragmatique de diversifier ses alliances internationales, d’investir massivement dans ses infrastructures et de se tourner vers l’Afrique subsaharienne pour maintenir sa trajectoire de croissance économique indépendamment du contexte maghrébin.
le Maroc a choisi de ne pas attendre une hypothétique intégration maghrébine pour se développer. Il a diversifié ses partenariats, renforcé ses liens avec l’Europe, développé ses relations avec l’Afrique et construit une stratégie internationale autonome. Cela lui permet d’avancer même dans un Maghreb politiquement bloqué.
L’Algérie, de son côté, a fait de la rivalité avec le Maroc un élément majeur de sa politique régionale. La rupture diplomatique de 2021 en est l’illustration la plus spectaculaire. Cette rivalité contribue objectivement à empêcher la construction d’un véritable marché maghrébin.
Et la Tunisie paie cette situation
C’est probablement le point le plus important.
La Tunisie se retrouve entre deux puissances régionales antagonistes :
Algérie / Maroc
alors qu’elle aurait intérêt à entretenir des relations économiques fortes avec les deux.
Le problème est que Tunis a longtemps privilégié une politique de proximité avec Alger, notamment pour des raisons énergétiques, sécuritaires et financières. Cette dépendance limite sa marge de manœuvre.
Pendant ce temps, le Maroc a choisi de regarder beaucoup plus largement vers l’Europe, l’Afrique et les marchés internationaux.
C’est là que se trouve une différence stratégique majeure :
Le Maroc a décidé d’avancer malgré l’absence d’intégration maghrébine.
La Tunisie reste beaucoup plus exposée au blocage politique de son environnement régional.
Le véritable enseignement pour la Tunisie serait donc :
Ne pas choisir entre Alger et Rabat. Ne pas devenir l’otage de leur rivalité. Construire une politique étrangère tunisienne autonome, ouverte sur l’Europe, l’Afrique et les deux voisins maghrébins.
La politique des étapes chère a Bourguiba et mais cela KS l’ignore c’est un piètre diplomate
C’est probablement la meilleure façon pour la Tunisie de sortir du piège géopolitique dans lequel elle se trouve.
L’Algérie est un pays isolé politiquement diplomatiquement, seul la Tunisie lui ouvre un semblant d’ouverture internationale ….
jamel.tazarki
A) Je vous cite: « La culture est devenue un élément phare de ce brand. Les tournages de blockbusters de Hollywood sont attirés grâce à la promotion des paysages magnifiques et diversifiés, aux facilités assurées pour les équipes, aux incitations fiscales, et à la mise en place d’un fonds d’aide national. Des productions telles que Gladiateur II, Game of Thrones et Odyssée deviennent des cartes postales de marketing pour le Maroc, et des leviers de capitaux et de création à la fois de valeur économique (circa 150 millions $) et d’emplois. Ce mouvement est accompagné par l’organisation d’événements culturels (festivals, concerts, etc.) et de happenings people, autour de la présence de stars et célébrités régionales et internationales. »
–>
B) Oui, La culture et les activités esthétiques et artistiques ne sont pas une dépense budgétaire superflue, mais un catalyseur de l’intelligence cognitive et de la créativité. Ce sont également un secteur productif majeur qui dynamise l’ensemble de la société. –> Plusieurs nations ont prouvé que l’investissement culturel n’est pas un luxe de période de prospérité, mais un puissant moteur de relance en temps de crise :
b1) La Corée du Sud : Le pari de la « Hallyu » après la crise de 1997
– Le contexte : En 1997, la crise financière asiatique frappe de plein fouet l’économie sud-coréenne, obligeant le pays à accepter un plan de sauvetage humiliant du FMI.
– La stratégie : Le gouvernement décide de diversifier son économie, alors ultra-dépendante des conglomérats industriels (les Chaebols). Il identifie la culture comme une industrie d’exportation stratégique.
– Les actions : Création d’un fonds de soutien massif pour la musique, le cinéma et les séries, baisse des taxes pour les industries créatives, et fondation de la Korea Creative Content Agency (KOCCA).
– Le résultat : Naissance de la « Hallyu » (la vague coréenne). Des groupes comme BTS ou le film Parasite génèrent aujourd’hui des dizaines de milliards de dollars. Ce soft power dope massivement les exportations de smartphones, de voitures, de cosmétiques et le tourisme national.
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b2) Le Royaume-Uni : Les « Creative Industries » après la crise industrielle des années 1990
– Le contexte : À la fin des années 1990, le pays souffre encore des vagues successives de désindustrialisation (fermetures de mines et d’usines) amorcées sous l’ère Thatcher.
– La stratégie : En 1997, le gouvernement d’Tony Blair lance le concept de « Cool Britannia » et redéfinit la culture sous l’angle économique des « Creative Industries » (mode, design, musique, jeux vidéo, architecture).
– Les actions : Cartographie précise du poids économique de la culture, subventions massives via la Loterie Nationale britannique, et gratuité des grands musées nationaux pour attirer le tourisme de masse.
– Le résultat : Les industries créatives sont devenues le secteur économique à la croissance la plus rapide du pays, dépassant parfois l’industrie lourde traditionnelle et faisant de Londres le hub culturel mondial.
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b3) L’Espagne : L’effet Guggenheim de Bilbao face au déclin industriel (1990)
– Le contexte : Au début des années 1990, Bilbao (Pays basque) est une ville sinistrée, touchée par le déclin de ses chantiers navals et de sa sidérurgie, avec un taux de chômage massif.
– La stratégie : Les autorités locales décident de transformer une économie industrielle polluante en une économie de services et de culture.
– Les actions : Investissement de plus de 100 millions de dollars pour construire le musée Guggenheim Bilbao, dessiné par Frank Gehry, au milieu des friches industrielles.
– Le résultat : C’est « l’effet Bilbao ». En moins de trois ans, l’afflux de touristes internationaux rembourse intégralement l’investissement initial. Le musée génère des milliers d’emplois indirects dans l’hôtellerie, le commerce et les transports, transformant l’image internationale de toute une région.
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b4) La Colombie : La « Red de Escuelas de Música de Medellín » contre la crise sécuritaire et économique (1990-2000)
– Le contexte : Dans les années 1990, Medellín est l’une des villes les plus dangereuses au monde, ravagée par la violence des cartels de la drogue, la pauvreté et l’exclusion économique des jeunes.
– La stratégie : Utiliser la culture comme outil de pacification sociale indispensable à la reconstruction économique.
– Les actions : Création d’un réseau public d’écoles de musique gratuites dans les quartiers les plus pauvres (les comunas), construction de bibliothèques-parcs géantes modernes et développement des arts de rue.
– Le résultat : La baisse drastique de la criminalité permet le retour des investisseurs. Medellín est aujourd’hui devenue un modèle mondial d’urbanisme social et un pôle d’attraction touristique majeur en Amérique latine.
Dr. Jamel Tazarki, Mathématicien
jamel.tazarki
C) L’art n’est pas un produit dérivé du développement, il en est le déclencheur technique et conceptuel.
c1) De l’esthétique à la science : L’art plastique comme père de l’anatomie
– En Grèce antique : Les sculpteurs (comme Polyclète et son Doryphore) ont été les premiers à chercher le « canon », c’est-à-dire les proportions mathématiques parfaites du corps humain. Pour la première fois, l’Homme n’est plus représenté de manière symbolique ou rigide (comme dans l’art égyptien), mais dans sa réalité physique et dynamique
– À la Renaissance : Cette quête esthétique devient une démarche scientifique. Un artiste comme Léonard de Vinci n’étudie pas l’anatomie par simple curiosité médicale : il dissèque des corps pour comprendre la mécanique des muscles et des tendons afin de les peindre avec une vérité absolue. L’art a littéralement forcé la science médicale à progresser par le biais de l’observation visuelle.
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c2) De la forme à la conscience : L’humanisme philosophique –> L’art plastique grec a opéré une révolution philosophique majeure : le passage du théocentrisme (tout est centré sur les dieux) à l’anthropocentrisme (l’Homme est la mesure de toute chose).
– En sculptant des dieux à l’image des hommes, puis des hommes dans toute leur vérité (avec leurs doutes, leur vieillesse, leur force), l’art a renvoyé un miroir à l’humanité. [1, 2]
– Cette confrontation visuelle a poussé l’individu à s’interroger sur sa propre finitude, sa psychologie et sa place dans le cosmos. Le « Connais-toi toi-même » de Socrate trouve son écho direct dans la statuaire qui cherche à capturer l’âme et la pensée à travers le marbre.
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c3) De la sculpture à la finance : L’invention technique de la monnaie –> C’est sans doute le lien le plus direct avec notre discussion sur l’économie : la monnaie frappée est, à l’origine, une œuvre d’art plastique miniature.
– La maîtrise du bas-relief : Avant d’être un instrument d’échange financier, la pièce de monnaie (apparu en Lydie et généralisée en Grèce au VIe siècle av. J.-C.) requiert une compétence technique précise : la gravure de coins et la maîtrise du relief sur de très petites surfaces métalliques.
– La confiance par l’esthétique : Pour qu’une monnaie soit acceptée, il faut que les citoyens aient confiance en sa valeur. Les cités grecques ont utilisé l’art pour garantir cette valeur, en gravant des reliefs d’une beauté et d’une précision technologique impossibles à contrefaire pour l’époque (comme la célèbre chouette d’Athènes ou le profil d’Alexandre le Grand). L’art plastique a ainsi créé l’outil même de la confiance économique mondiale.
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c4) Ces trois exemples apportent la preuve ultime du manque de vision des discours politiques ou artistiques qui séparent l’économie de la culture : la monnaie elle-même est née d’une innovation artistique. Un acteur de théâtre ou un artiste qui maîtrise l’histoire de son propre art possède, en réalité, toutes les clés pour expliquer la genèse des structures socio-économiques et scientifiques de notre monde.
D) L’art est une posture intellectuelle, pas un luxe matériel
d1) Il y a une mauvaise compréhension de la formation artistique dans les écoles, les collèges et dans la société tunisienne. En Allemagne, par exemple, les écoliers ne sont pas initiés à la pratique du piano, de la guitare ou de la flûte à l’école ! On leur transmet les notions théoriques de base et on leur apprend à vivre des expériences esthétiques et à savourer les œuvres d’art mentalement et spirituellement. Apprendre à jouer d’un instrument s’apprend en dehors de l’école. Introduire l’enseignement artistique à l’école tunisienne ne devrait donc pas coûter cher. « Tout le monde est artiste », disait Joseph Beuys. Même ceux qui n’ont pas les moyens de s’offrir un instrument. Puis, une flûte ne coûte que 5 euros.
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d2) Deux amis ont déposé leur dossier de candidature à l’Académie des beaux-arts de Munich. Grâce sait peindre, mais elle manque d’inspiration. Alfred, en revanche, n’a aucun talent artistique, mais il a des idées éblouissantes. Vous l’aurez compris, Grâce n’a pas été admise et Alfred, À vous de tirer vos conclusions !
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d3) Ces deux exemples en d1 et d2 – celui du modèle éducatif allemand et celui de l’examen d’entrée à la prestigieuse Académie des beaux-arts de Munich – mènent exactement à la même conclusion fondamentale : la véritable éducation artistique ne forme pas des exécutants techniques, elle forme des esprits.
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d4) L’art est une posture intellectuelle, pas un luxe matériel –> ma description de l’école allemande démonte le principal argument des gouvernements successifs en Tunisie: « La culture à l’école coûte trop cher en instruments et en infrastructures. » C’est faux.
– L’alphabétisation esthétique : L’école doit apprendre à voir, à écouter et à penser. Savourer une œuvre, comprendre sa structure ou analyser son message ne nécessite aucun budget, si ce n’est celui d’un enseignant passionné.
– L’illusion de la technique : Acheter des flûtes à 5 euros (environ 17 dinars tunisiens) montre que même la pratique minimale est accessible. Mais le cœur de l’enseignement reste conceptuel. Réduire l’art à la maîtrise technique d’un instrument, c’est confondre l’outil et la pensée.
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d5) La technique s’achète, l’idée ne s’achète pas –> L’anecdote d’Alfred et Grâce résume parfaitement la bascule de l’art contemporain, incarnée par Joseph Beuys :
– Grâce (la technique sans idée) : Elle représente le modèle académique dépassé. Elle sait peindre, mais elle n’a rien à dire. Dans le monde moderne, la technique pure peut être reproduite, sous-traitée ou aujourd’hui générée par des machines.
– Alfred (l’idée sans technique) : Il a été admis parce que les Beaux-Arts de Munich ont compris que la technique s’apprend, mais que la vision et l’inspiration sont le propre du génie humain. L’art plastique moderne est avant tout conceptuel.
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d6) L’application directe au cas tunisien : « Tout le monde est artiste » –> En citant Beuys, je rappelle que chaque être humain possède une force créatrice capable de transformer la société (le concept de « sculpture sociale »). Si l’école tunisienne adoptait cette vision allemande et munichoise, les retombées socio-économiques seraient immédiates et peu coûteuses :
– Démocratisation réelle : L’accès à la créativité ne dépendrait plus de la richesse des parents (pouvoir s’offrir un piano ou des cours privés).
– Développement de l’esprit critique : Apprendre à « savourer mentalement » une œuvre développe le discernement, une arme massive contre les dogmatismes et la manipulation.
– Création d’une valeur ajoutée économique : La Tunisie souffre d’un manque d’innovation dans ses propositions socio-économiques précisément parce que l’école forme des « exécutants » (des Grâce) plutôt que des « concepteurs » (des Alfred).
Fazit: Le soi-disant « Conseil supérieur de l’éducation » n’a aucun sens sans des spécialistes de la pédagogie (qui inclut la didactique), de l’enseignement esthétique et de la littératie visuelle.
Dr. Jamel Tazarki, Mathématicien
Roberto Di Camerino
Au-delà des projets d’infrastructure et de développement, le Maroc a su, contrairement à l’Algérie et à la Tunisie, préserver une présence de sa population européenne — les « gaouris », comme vous dites en Tunisie.
Il n’est pas rare d’y rencontrer Gertrude, marchande de fleurs, ou Monsieur François, né au Maroc il y a soixante-dix ans, qui tient encore son atelier de mécanique et emploie de jeunes Marocains. Cette présence, loin d’être anecdotique, constitue un véritable lien avec l’histoire du pays et participe aussi à son dynamisme économique et à sa cohésion sociale.
Même Yves Saint Laurent, l’un des couturiers les plus célèbres au monde, avait choisi Marrakech pour établir son havre de paix, son jardin, son musée et le lieu où ses cendres ont été dispersées — pas rue de Rivoli, mais à Marrakech.
C’est aussi cela, un atout du Maroc : avoir su préserver une certaine continuité entre son passé et son présent, sans transformer la coexistence des communautés en une rupture définitive.
Ahmed Ben Salah, lui, n’est manifestement jamais passé par Marrakech.
Gg
« Les images récentes de Ceuta témoignent de ce désespoir… »
Où avez vousvu des
le financier
Les gertrudes er yves pedophile et autres sionistes qui viennent pour le tourisme sexuel , nous savons tous qu ils sont liés a tel aviv .
Un modele basé sur la prostitution , la drogue et la soumisson au sionisme n est pas un modele pour ma Tunisie …
Les marocains qui fuient savent tres bien que le maroc est ruiné sur endetté et qu il n a aucune richesse qui ruisselle sur eux venant du gwer … que l esclavage au moindre prix
Tunisino
Modèle de réussite, non, expérience de réussite, peut être! Mais quelle réussite micro ou macro, tactique ou stratégique, momentané ou durable, intérieure ou extérieure? L’auteur mélange tout, y compris la réussite et l’échec! Le Maroc actuel est finalement une réussite ou un mythe? Le Maroc n’est qu’un pays anarchique, comme tous les pays gérés par des illettrés, des littéraires, et des militaires, pour les quels le futur n’existe pas, alors qu’il existe bel et bien!
Gg
——erreur d’envoi dans mon precedent message, pardon—–
Où avez vous vu des déspérés ?
Les images récentes de Ceuta montrent des dizaines de milliers d’ados en pleine forme, en parfaite santé, débordants d’énergie.
Parlons plutôt de jeune aveuglés par le mythe de l’Europe ou l’argent coule à flots sans qu »il soit nécessaire de travailler.
Ceux qui sont refoulés éviteront au moins le désenchantement… c’est chez eux qu »ils seront utiles!
Tunisino
Oui Gg, des citoyens en pleine forme dans des pays en pleine misère, vers une Europe en plein désastre. L’Europe n’a pas été assez stratégique, elle aura due pousser les pays du sud vers plus d’efficacité plutôt que plus de démocratie, pour protéger son futur!