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Bizerte : nouvel incendie à Jebel Béchateur, l’enquête ouverte sur un départ de feu encore inexpliqué

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Par Raouf Ben Hédi

    Un incendie s’est déclaré vendredi soir dans la forêt de Jebel Béchateur, dans la région de Marnissa, relevant de la délégation de Bizerte Sud. Le feu a ravagé une superficie importante, qui n’a pas encore pu être déterminée, touchant notamment des pins d’Alep et la végétation forestière.

    Les unités de la Protection civile et les agents des forêts du centre de Béchateur sont intervenus pour contenir les flammes et empêcher leur propagation vers les habitations voisines, selon une source locale citée par Diwan FM samedi 15 août 2026.

    L’origine du sinistre reste, à ce stade, inconnue. Le parquet a ordonné l’ouverture d’une enquête afin de déterminer les circonstances du départ de feu.

    Une forêt qui connaît déjà trop bien les flammes

    Le choix du lieu n’est pas anodin. Béchateur est une zone forestière et montagneuse de Bizerte Sud, connue notamment pour ses pins d’Alep, ses paysages côtiers et ses sentiers de randonnée. Mais derrière ce décor, la forêt porte aussi les cicatrices de plusieurs incendies.

    Des travaux consacrés aux espaces forestiers de la région font état d’incendies à répétition à Béchateur, notamment entre 2011 et 2016. Sur cette seule période, les sinistres auraient dévasté quelque 1.371 hectares de forêts de pin pignon, de pin d’Alep et d’eucalyptus.

    La forêt a d’ailleurs fait l’objet d’opérations de reboisement destinées précisément à réparer les dégâts provoqués par ces incendies. En novembre 2024, une opération menée en partenariat avec le CRDA de Bizerte avait notamment prévu le reboisement de 15 hectares, avec la plantation de milliers d’arbres dans une forêt décrite comme gravement touchée par les incendies.

    Autrement dit, à Béchateur, on replante pendant que le risque de voir les flammes revenir reste bien réel.

    Et le nouvel incendie de vendredi soir intervient dans un été particulièrement difficile pour le patrimoine forestier tunisien.

    Un été sous haute tension

    Depuis le début de la vague de chaleur, les incendies se sont multipliés à travers le pays. Au 23 juillet, la Direction générale des forêts faisait état de six incendies majeurs en moins de quinze jours, ayant ravagé plus de 4.000 hectares de superficies forestières. Sur les dix dernières années, près de 70.000 hectares de forêts auraient été touchés par les incendies en Tunisie, soit environ 7.000 hectares par an.

    Bizerte figure parmi les régions les plus exposées. En juin déjà, un incendie avait touché la forêt de Remel. En juillet, un autre sinistre avait mobilisé d’importants moyens entre Rafraf et Sidi Ali El Mekki, avec notamment l’activation du Plan vert et l’intervention d’un hélicoptère de l’Armée nationale.

    La chaleur extrême, la sécheresse et les vents chauds constituent un cocktail particulièrement favorable à la propagation des feux. Mais ces conditions ne disent pas, à elles seules, comment les incendies commencent. À Béchateur, comme ailleurs, l’enquête devra déterminer si le départ de feu relève d’un acte volontaire, d’une imprudence ou d’une autre cause.

    Le bassin méditerranéen brûle aussi

    Le phénomène dépasse largement les frontières tunisiennes. Cet été, plusieurs pays du bassin méditerranéen et du sud de l’Europe ont eux aussi été confrontés à des incendies majeurs, dans un contexte marqué par des épisodes de chaleur intense et une sécheresse qui assèche les végétaux et facilite la progression des flammes.

    En Tunisie comme ailleurs, le changement de contexte climatique transforme surtout la dangerosité de chaque départ de feu : dans une végétation desséchée, avec des températures extrêmes et des vents parfois soutenus, quelques minutes peuvent suffire pour transformer un foyer localisé en incendie difficile à contenir.

    À Béchateur, les secours ont cette fois réussi à empêcher les flammes d’atteindre les habitations voisines. Reste maintenant à savoir ce qui a provoqué le départ du feu.

    Car dans une forêt qui a déjà payé un lourd tribut aux incendies et qui fait encore l’objet d’opérations de reboisement, chaque hectare brûlé ne représente pas seulement un nouveau sinistre. C’est aussi, potentiellement, une nouvelle marche arrière dans une reconstruction qui demande des années.

    R.B.H

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