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Énergie : 66% de dépendance et un déficit commercial qui atteint sept milliards de dinars

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Par Imen Nouira

    La dépendance énergétique de la Tunisie continue de s’aggraver au premier semestre 2026, grimpant de quatre points de pourcentage par rapport à un an auparavant. Dans le même temps, le déficit de la balance commerciale énergétique s’est creusé de 35%, pour atteindre sept milliards de dinars. Une dégradation alimentée par le recul des ressources disponibles et la progression des besoins énergétiques.

    Le ministère de l’Industrie, des Mines et de l’Énergie a récemment publié son rapport sur la conjoncture énergétique à fin juin 2026. Les chiffres confirment la détérioration des principaux indicateurs du bilan énergétique national.

    À fin juin 2026, le taux de dépendance énergétique de la Tunisie a ainsi atteint 66%, contre 62% à la même période de 2025. Autrement dit, les ressources disponibles ne permettent plus de couvrir qu’environ un tiers des besoins énergétiques du pays. Le déficit du bilan d’énergie primaire s’est, parallèlement, établi à 3,1 millions de tonnes équivalent pétrole (Mtep), en hausse de 10% sur un an.

    La situation apparaît encore plus marquée lorsque la redevance perçue au titre du transit du gaz algérien n’est pas comptabilisée parmi les ressources nationales. Dans ce cas, le taux de dépendance énergétique atteint 73% à fin juin 2026, contre 71% un an auparavant.

    Une demande qui augmente alors que les ressources reculent

    La progression de la dépendance résulte d’un déséquilibre persistant entre les ressources disponibles et les besoins du pays. La demande d’énergie primaire a augmenté de 3% entre fin juin 2025 et fin juin 2026. Cette évolution masque toutefois des trajectoires différentes selon les sources d’énergie : la demande de produits pétroliers a progressé de 7%, tandis que celle de gaz naturel a diminué de 2%.

    La structure de la demande évolue en conséquence. Les produits pétroliers représentent désormais 51% de la demande d’énergie primaire, contre 49% un an auparavant. La part du gaz naturel est, à l’inverse, passée de 50% à 47%, tandis que celle de l’électricité primaire a progressé de 1% à 2%.

    La hausse de la consommation des produits pétroliers est notamment portée par les carburants routiers. Leur consommation a augmenté de 8% au premier semestre et représente 63% de la consommation totale de produits pétroliers. Le GPL affiche également une progression de 2%, tout comme le jet aviation, tandis que la consommation de coke de pétrole a augmenté de 17%.

    Dans le même temps, les ressources d’énergie primaire ont reculé de 8% sur un an, pour s’établir à environ 1,6 Mtep à fin juin 2026. Cette baisse est principalement imputable au recul de la production nationale de pétrole brut, de gaz naturel et de GPL. Le pétrole et le gaz représentent toujours, à eux deux, 73% des ressources d’énergie primaire du pays.

    À cette érosion des ressources nationales s’ajoute la baisse de la redevance sur le transit du gaz algérien. Celle-ci a diminué de 27% par rapport au premier semestre 2025, pour s’établir à 311 kilotonnes équivalent pétrole (ktep). Cette évolution contribue à accentuer la dépendance énergétique du pays.

    Le rapport précise, par ailleurs, que la totalité de cette redevance a été cédée à la Société tunisienne de l’électricité et du gaz (Steg) à fin juin 2026. Il signale également un dépassement de 41 millions de mètres cubes des prélèvements de la Steg sur la redevance revenant à l’État tunisien, actuellement en cours de régularisation.

    Un déficit commercial énergétique qui bondit de 35%

    Cette dépendance croissante se répercute directement sur les échanges extérieurs. Le déficit de la balance commerciale énergétique a atteint sept milliards de dinars à fin juin 2026, contre 5,175 milliards de dinars à la même période de 2025, soit une aggravation de 35%.

    Les exportations de produits énergétiques ont pourtant progressé de 38% en valeur pour atteindre 1,574 milliard de dinars. Mais cette hausse demeure insuffisante face à l’alourdissement des importations, dont la valeur a augmenté de 36%, passant de 6,319 milliards à 8,574 milliards de dinars.

    L’évolution est particulièrement marquée pour le pétrole brut importé. Les importations ont augmenté de 162% en quantité et de 210% en valeur par rapport au premier semestre 2025, pour atteindre 1,053 milliard de dinars. La facture des produits pétroliers importés a, de son côté, progressé de 39%, à 5,512 milliards de dinars.

    Le ministère souligne que les échanges commerciaux énergétiques restent particulièrement sensibles aux quantités échangées, au taux de change du dinar face au dollar et aux cours du Brent. Au cours du mois de juin 2026, le Brent s’est établi à 85,47 dollars le baril, contre 71,46 dollars en juin 2025, dans un contexte marqué par les tensions au Moyen-Orient et les risques pesant sur le transit pétrolier à travers le détroit d’Ormuz.

    Des renouvelables en forte progression, mais encore marginales

    Face à ces déséquilibres, les énergies renouvelables enregistrent une progression notable. La production d’électricité issue des sources renouvelables a augmenté de 57% à fin juin 2026 par rapport à la même période de l’année précédente.

    Cette progression demeure toutefois insuffisante pour modifier profondément l’équilibre énergétique du pays. L’électricité renouvelable, en intégrant la production de la Steg, la production privée et l’autoproduction, ne représente encore que 5% des ressources d’énergie primaire.

    Les données du premier semestre mettent ainsi en évidence un effet de ciseaux : les ressources d’énergie primaire reculent de 8% tandis que la demande augmente de 3%. Cette évolution porte la dépendance énergétique à 66% et accroît mécaniquement le recours aux approvisionnements extérieurs.

    Avec un déficit commercial énergétique qui atteint sept milliards de dinars en seulement six mois, contre un peu plus de cinq milliards un an auparavant, la dépendance énergétique ne constitue plus seulement un enjeu d’approvisionnement. Elle pèse directement sur les échanges extérieurs et expose davantage l’économie tunisienne aux évolutions des marchés énergétiques internationaux.

    I.N.

    *Photo d’illustration

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