Moins d’accidents et moins de blessés, mais toujours davantage de morts sur les routes tunisiennes. Les statistiques arrêtées à mi-août 2026 par l’Observatoire national de la sécurité routière (ONSR) confirment cette tendance préoccupante. La vitesse demeure de loin la première cause de mortalité, tandis que Kairouan conserve sa place de gouvernorat le plus meurtrier.
Les routes tunisiennes ont fait 805 morts depuis le début de l’année et jusqu’au 14 août 2026, selon les dernières statistiques de l’Observatoire national de la sécurité routière (ONSR). Sur la même période de 2025, 733 décès avaient été recensés, contre 672 en 2024. Le nombre de morts a ainsi augmenté de 9,82% sur un an et de 19,79% par rapport à 2024.
Cette aggravation du bilan humain contraste une nouvelle fois avec le recul marqué du nombre d’accidents. L’ONSR en recense 2.813 depuis le début de l’année, contre 3.459 à la même date en 2025, soit une baisse de 18,68%. Par rapport aux 3.656 accidents enregistrés en 2024, le recul atteint 23,06%.
Même tendance pour les blessés : 3.695 personnes ont été recensées, contre 4.558 en 2025 et 4.968 en 2024. Leur nombre diminue ainsi de 18,93% sur un an et de 25,62% en comparaison avec 2024.
Les chiffres confirment donc la tendance déjà observée ces derniers mois : la fréquence des accidents diminue nettement, mais leur bilan humain s’aggrave. Entre 2025 et 2026, 646 accidents et 863 blessés de moins ont été enregistrés, tandis que le nombre de morts a augmenté de 72.
La vitesse responsable de près de 38% des décès
L’inattention et le manque de vigilance demeurent la première cause des accidents de la route. Ils sont à l’origine de 803 accidents, soit 28,55% du total, ayant provoqué 126 décès et 900 blessés. Ce facteur représente ainsi 15,65% des morts et 24,36% des blessés.
La vitesse arrive en deuxième position pour le nombre d’accidents, avec 638 sinistres, soit 22,68% du total. Elle reste cependant, et de loin, la première cause de mortalité : 304 personnes ont perdu la vie dans des accidents liés à la vitesse, ce qui représente 37,76% de l’ensemble des décès. Elle est également à l’origine de 885 blessés, soit 23,95% du total.
La traversée dangereuse de la chaussée arrive ensuite avec 230 accidents, 56 morts et 205 blessés, soit respectivement 8,18%, 6,96% et 5,55% des totaux enregistrés. Le non-respect de la priorité est à l’origine de 222 accidents et de 25 décès.
Le non-respect de l’obligation de circuler à droite se distingue, lui aussi, par sa forte mortalité : il ne représente que 5,44% des accidents, mais concentre 9,94% des décès, avec 80 morts. Le changement de direction est, pour sa part, associé à 161 accidents et 47 décès. L’ONSR recense également 73 accidents liés à la conduite en état d’ivresse, qui ont fait 28 morts et 96 blessés.
Kairouan reste le gouvernorat le plus meurtrier
La répartition géographique montre que Tunis concentre toujours le plus grand nombre d’accidents. Le gouvernorat totalise 312 accidents, soit 11,09% du total national, ainsi que 64 décès et 383 blessés.
Kairouan affiche toutefois le bilan humain le plus lourd avec 67 morts, représentant 8,32% des décès enregistrés dans le pays, alors que le gouvernorat ne compte que 117 accidents. Il devance ainsi Tunis, avec 64 décès, Médenine avec 55, Sidi Bouzid avec 53 et Sfax avec cinquante morts.
En nombre d’accidents, après Tunis viennent Mahdia avec 229 accidents et Nabeul avec 225. Monastir en totalise 141, Gafsa 139 et Médenine 138.
Les statistiques par mois montrent par ailleurs que mai demeure, jusqu’ici, le mois le plus meurtrier de 2026, avec 124 décès. Juin en a enregistré 120 et juillet 116. Pour les quatorze premiers jours d’août, l’ONSR comptabilise déjà 116 accidents, 51 morts et 166 blessés.
Le week-end et la soirée particulièrement meurtriers
La répartition des accidents selon les jours de la semaine montre que le lundi concentre le plus grand nombre de sinistres, avec 444 accidents, soit 15,78% du total. Le samedi arrive juste derrière avec 430 accidents.
Mais c’est également le samedi qui affiche le bilan humain le plus lourd : 133 décès, soit 16,52% de l’ensemble des morts. Le dimanche suit avec 125 décès, puis le lundi avec 124. À eux seuls, samedi et dimanche totalisent ainsi 258 décès depuis le début de l’année.
Les accidents sont particulièrement fréquents entre la mi-journée et le début de soirée. Le créneau de 18 heures à 20 heures en concentre le plus grand nombre, avec 346 accidents, soit 12,30% du total. Il est suivi de la tranche de midi à 14 heures, avec 341 accidents (12,12%), puis de celle de 14 heures à 16 heures, avec 333 accidents (11,84%).
La mortalité culmine toutefois plus tard. Entre 20 heures et 22 heures, 115 personnes ont perdu la vie, soit 14,29% des décès recensés. Il s’agit du créneau le plus meurtrier de la journée. Il est suivi de la tranche 18 heures-20 heures, avec 94 morts, puis de 16 heures à 18 heures, avec 91 décès.
Les rues urbaines restent les lieux où se produisent le plus grand nombre d’accidents : 898 sinistres, soit 31,92% du total. Elles ne représentent cependant que 12,05% des décès. À l’inverse, les routes nationales, qui concentrent 16,81% des accidents, sont responsables de 28,45% des morts, avec 229 victimes. Les routes régionales suivent avec 164 décès, soit 20,37% du total.
Enfin, les voitures légères et les motos restent les principaux usagers impliqués. Les voitures légères apparaissent dans 56,63% des accidents et sont concernées par 49,07% des décès. Les motos sont impliquées dans 50,73% des accidents et 44,60% des décès. Les piétons sont, pour leur part, concernés par 28,62% des accidents et 22,36% des morts.
À la mi-août, le constat dressé par les statistiques de l’ONSR reste ainsi préoccupant : la Tunisie enregistre nettement moins d’accidents et de blessés qu’en 2025 et 2024, mais davantage de morts. Des accidents moins nombreux, donc, mais au bilan humain toujours plus lourd, alors que la vitesse continue, à elle seule, de peser pour près de quatre décès sur dix.
I.N.
*Photo d’illustration










