Une page Facebook baptisée « la page pour démasquer les conspirateurs et les traîtres » a récemment fait circuler une publication affirmant que la Tunisie aurait commencé les travaux de construction de sa première centrale nucléaire, présentée comme « la première de son genre en Tunisie et en Afrique ». Selon cette publication, la centrale devrait être achevée en 2027 et permettrait au pays d’atteindre l’autosuffisance électrique, voire d’exporter de l’électricité vers plusieurs pays africains et européens. Le message affirme également que le projet serait réalisé dans le cadre de « l’autosuffisance », avec des compétences tunisiennes et algériennes, avant de conclure par un slogan politique favorable au président Kaïs Saïed.


La publication a suscité des réactions contrastées parmi les internautes. Certains utilisateurs ont pris l’information au sérieux, tandis que d’autres ont immédiatement relevé son caractère invraisemblable ou l’ont tournée en dérision. La question est donc de savoir si la Tunisie a réellement commencé, en 2026, la construction d’une centrale nucléaire destinée à produire de l’électricité et à entrer en service dès 2027.
La vérification de la page concernée apporte un premier élément important pour comprendre l’origine de cette publication. Le contenu est présenté sur un ton manifestement sarcastique et ironique. La publication elle-même s’inscrit dans le contexte des coupures d’électricité qu’a connues le pays ces dernières semaines et utilise volontairement l’exagération pour commenter cette situation. Les réactions et commentaires associés au contenu montrent également que plusieurs internautes ont compris la publication comme une satire plutôt que comme l’annonce d’un véritable projet énergétique. Il est donc important de ne pas isoler le texte de son contexte éditorial et de le présenter comme une information factuelle.
La vérification des faits permet par ailleurs d’établir qu’aucune centrale nucléaire destinée à la production d’électricité n’est actuellement en construction en Tunisie. Les données de référence de l’Agence internationale de l’énergie atomique ne recensent pas de réacteur nucléaire tunisien en exploitation ou en construction. La Tunisie ne dispose donc pas, à ce jour, d’une centrale nucléaire produisant de l’électricité.
Les informations officielles disponibles auprès de la Société tunisienne de l’électricité et du gaz (Steg) vont dans le même sens. Le parc de production électrique tunisien repose sur différentes technologies, notamment les centrales thermiques, les turbines à gaz, les cycles combinés, ainsi que les installations hydrauliques et éoliennes. La Steg indique également que ses orientations portent notamment sur le développement des énergies renouvelables et sur l’utilisation de technologies fonctionnant au gaz naturel pour la production d’électricité.
Les données de la STEG montrent notamment que le gaz naturel joue encore un rôle central dans le système électrique tunisien. En 2023, environ 74 % de la consommation de gaz naturel était destinée à la production d’électricité. Parallèlement, le pays poursuit le développement de projets dans le solaire photovoltaïque et l’éolien. La Steg a ainsi lancé de nouveaux appels à projets concernant la production d’électricité à partir de l’énergie solaire photovoltaïque.
L’affirmation selon laquelle une gigantesque centrale nucléaire pourrait être construite et mise en service en seulement deux ou trois ans est également incompatible avec la réalité des projets nucléaires civils. Une centrale nucléaire nécessite de longues phases d’études, de préparation réglementaire, de conception, de construction, d’installation des équipements, de contrôle et de mise en service. Il ne suffit donc pas de commencer un chantier pour disposer de capacités nucléaires opérationnelles quelques mois plus tard. À titre de comparaison, les données de l’Agence internationale de l’énergie atomique montrent que même des projets nucléaires déjà engagés dans des pays disposant d’une industrie nucléaire avancée s’inscrivent dans des calendriers beaucoup plus longs.
L’affirmation selon laquelle cette supposée centrale permettrait à elle seule de mettre définitivement fin aux coupures d’électricité et de permettre à la Tunisie d’exporter massivement de l’électricité vers l’Afrique et l’Europe relève donc également de l’exagération. La sécurité de l’approvisionnement électrique dépend de plusieurs facteurs, notamment des capacités de production disponibles, de l’état du réseau de transport et de distribution, de la demande, des ressources énergétiques et des échanges avec les pays voisins. Une nouvelle centrale, même réelle, ne permettrait pas automatiquement de garantir l’absence de toute coupure.
Quant à la photographie associée à la publication, elle ne constitue pas une preuve de l’existence d’un chantier nucléaire en Tunisie. L’image présentée semble correspondre à un visuel composite ou manipulé, susceptible d’avoir été réalisé à l’aide des outils d’intelligence artificielle, ceci confirmé par le site Is It Ai. Elle ne peut donc pas être considérée comme une photographie authentique attestant du lancement de travaux sur le territoire tunisien.
En définitive, l’information selon laquelle la Tunisie aurait commencé la construction d’une première centrale nucléaire qui serait opérationnelle en 2027 est fausse.
R.A.












