Une polémique franco-française autour du financement des moyens de lutte contre les incendies a récemment conduit à une affirmation erronée sur la coopération entre les deux pays. Invitée vendredi 14 août 2026 sur franceinfo, Edwige Diaz, députée du Rassemblement national de la Gironde et vice-présidente du parti, a dénoncé le manque d’investissement de l’État français dans les Canadair, en établissant un parallèle avec les moyens accordés à la Protection civile tunisienne.
« On a Gabriel Attal qui nous dit : ‘on va enlever 50 millions d’euros sur le budget de la Sécurité civile’, concomitamment il donne 50 millions d’euros pour la Sécurité civile tunisienne », a-t-elle déclaré.
Un prêt de 50 millions d’euros, et non un cadeau de la France
Le rapprochement est toutefois trompeur. Si Gabriel Attal, alors Premier ministre, a bien signé un décret annulant 53 millions d’euros de crédits prévus pour l’acquisition de deux Canadair, la France n’a pas, pour autant, versé 50 millions d’euros à la Protection civile tunisienne.
Les 50 millions d’euros évoqués correspondent à un financement accordé par l’Agence française de développement (AFD) dans le cadre d’un accord signé entre la Tunisie et la France en septembre 2024. L’objectif est de contribuer à la modernisation du dispositif national de secours de l’Office national de la protection civile (ONPC).
Cette modernisation intervient dans un contexte où la Tunisie cherche depuis plusieurs années à renforcer ses capacités d’intervention face aux catastrophes naturelles. Les inondations meurtrières de 2018, qui avaient fait cinq morts dans le nord-est avaient notamment mis en évidence la nécessité de renforcer les moyens matériels et opérationnels des services de secours.
Contrairement à ce que pourrait laisser entendre l’affirmation de la députée française, les 50 millions d’euros ne constituent donc pas une enveloppe directement offerte par l’État français. Il s’agit d’un prêt de l’AFD, qui devra être remboursé et dont le taux est estimé à environ 3%. Le financement de la modernisation de la Protection civile tunisienne ne constitue donc pas un transfert financier à fonds perdu.
Une coopération qui profite aussi aux intérêts français
L’AFD fonctionne en effet comme une institution financière publique dédiée au financement de projets de développement. Ses interventions couvrent notamment la santé, l’éducation, le climat, la biodiversité ou encore l’égalité entre les femmes et les hommes, dans plus de 160 pays et territoires.
Selon les précisions fournies par l’AFD à franceinfo, les 50 millions d’euros du prêt sont intégralement issus d’emprunts réalisés auprès d’investisseurs privés et de fonds de banques centrales. L’État français intervient de son côté afin de contribuer à réduire le coût du financement.
L’AFD a évoqué également les retombées économiques de ses financements et l’expertise française dans le secteur de la sécurité civile. Entre 2020 et 2024, 64% des financements de l’AFD en Tunisie auraient ainsi bénéficié à des entreprises françaises dans le cadre d’appels d’offres, selon les données communiquées par l’agence.
Au-delà des considérations financières, le renforcement des moyens de secours tunisiens présente également un intérêt direct pour la France. Près d’un million de Français se rendent chaque année en Tunisie, selon les données de l’Office national du tourisme tunisien. Des services de secours mieux équipés peuvent donc aussi contribuer à renforcer leur sécurité lors de leur séjour.
La coopération entre les deux pays peut enfin fonctionner dans les deux sens. Dans le cadre des mécanismes internationaux de solidarité entre sapeurs-pompiers, les capacités développées par la Tunisie pourraient être mobilisées en cas de catastrophe majeure en France.
N.J











Commentaire
Gg
Vile polémique à but politique.
Aucun intérêt.
Il y aurait beaucoup de ménage à faire parmi les aides et dons que la France distribue tant en France qu’à l’étranger. Mais si l’AFD aide la Protection Civile d’un pays voisin, elle est exactement dans son rôle et ce n’est pas critiquable.