Par Hella Ben Youssef
Au moment où la Tunisie a besoin de reconstruire la confiance entre les citoyens et l’État, et d’ouvrir un véritable débat sur l’avenir du pays, parler d’un nouveau contrat social ne peut se réduire à un simple slogan politique. C’est une nécessité nationale qui nous impose de rechercher un socle commun capable de rassembler les Tunisiens, sans effacer leurs différences ni leur imposer une vision unique.
Mais protéger cette démarche commence d’abord par protéger l’idée elle-même.
Le contrat social ne peut appartenir à un parti, servir de vitrine à une alliance politique, ni devenir un espace où se reproduisent les rivalités partisanes dans un cadre qui, par définition, devrait être plus large que les partis. Il s’agit d’un projet de société ouvert, dont la force réside précisément dans la diversité de celles et ceux qui y participent, dans leur capacité à poser les questions et à confronter leurs réponses.
Nous ne refusons pas la participation des responsables politiques et nous ne considérons pas le désaccord comme un obstacle. Bien au contraire : la politique est une composante essentielle de tout débat sur l’avenir de la Tunisie. Mais il existe une différence fondamentale entre participer à la construction d’un projet collectif et chercher à se l’approprier ou à l’orienter au service de calculs politiques circonstanciels.
La Tunisie n’a pas besoin aujourd’hui d’un rassemblement artificiel de personnalités et de courants que l’on présenterait ensuite à l’opinion publique comme un consensus. Le véritable consensus ne signifie ni que nous devons nous ressembler, ni que nous devons renoncer à nos différences pour donner l’apparence de l’unité.
Le véritable consensus consiste à savoir rester différents tout en demeurant capables de dialoguer.
Mais le dialogue ne signifie pas l’effacement des lignes politiques, pas plus que le consensus ne signifie la dilution des identités et des différences. Chaque famille politique a le droit de définir clairement sa place et de construire son projet avec celles et ceux qui partagent ses valeurs, sa vision et son programme.
L’expérience nous a appris que réunir des forces contradictoires sous une même bannière ne crée pas nécessairement de la force. À vouloir satisfaire tout le monde, on finit parfois par produire de l’ambiguïté plutôt que du consensus, et par affaiblir la confiance au lieu de la reconstruire.
Il est temps de distinguer clairement le dialogue de l’alliance, et le consensus autour de l’intérêt de l’État au renoncement à son identité politique.
Nous pouvons dialoguer avec celles et ceux avec qui nous sommes en désaccord et chercher ensemble des solutions pour la Tunisie, sans que cela signifie pour autant que nous appartenons au même projet politique. C’est même l’une des exigences d’une démocratie véritable : des forces politiques différentes, porteuses de projets clairement identifiés, responsables de leurs choix devant les citoyens, mais capables de dialoguer dès lors que l’intérêt du pays est en jeu.
Nous pouvons diverger sur le diagnostic de la crise et chercher malgré tout des solutions. Nos visions économiques, sociales et politiques peuvent être différentes, tout en nous accordant sur un principe essentiel : l’intérêt du citoyen et l’avenir de l’État doivent rester au-dessus des calculs étroits.
C’est précisément là que réside la valeur du contrat social.
Si nous voulons construire un contrat social viable, nous devons le protéger de la polarisation, de toute tentative de récupération politique et des alliances fragiles qui peuvent apparaître comme de grands rassemblements nationaux alors qu’elles dissimulent, en réalité, un projet politique particulier.
Il ne s’agit pas d’exclure les partis, mais de permettre à chacun d’occuper sa juste place.
Les partis font de la politique, proposent des programmes, construisent des projets et assument leurs positions devant les citoyens. Parallèlement, la société civile, les élites, les citoyens, les jeunes et toutes les forces vives du pays doivent pouvoir participer, critiquer et proposer sans qu’on leur demande de rejoindre un camp politique pour que leur voix soit entendue.
La clarté n’est pas l’exclusion.
La différence n’est pas la rupture.
Et se rassembler sur la base de valeurs, de programmes et d’une vision commune n’est pas une menace pour la démocratie : c’est l’une de ses conditions.
La Tunisie a payé un prix élevé lorsque les frontières se sont brouillées entre consensus et confusion, entre dialogue et renoncement, entre recherche d’un terrain commun et tentative de réunir dans un même espace des projets politiques contradictoires.
C’est pourquoi se retirer d’un processus ne doit pas nécessairement être interprété comme un rejet de l’idée ou une fuite devant ses responsabilités. Parfois, se retirer constitue au contraire une position destinée à protéger une idée afin qu’elle ne devienne pas autre chose que ce pour quoi elle avait été créée.
Nous devons protéger le contrat social avant même de demander aux Tunisiens de le rejoindre.
Le protéger, c’est préserver son indépendance et son pluralisme, ainsi que le droit de chacun à la différence. C’est également refuser qu’il devienne la porte d’entrée de nouvelles alliances politiques présentées sous le couvert du consensus national.
Car la Tunisie n’a pas besoin d’un mouvement qui réunirait tout le monde sous une même bannière en demandant ensuite à chacun d’oublier ses différences.
Ce dont la Tunisie a besoin, c’est d’un dialogue national large accompagné d’une véritable clarté politique.
Nous avons besoin d’un espace où nous puissions nous retrouver lorsqu’il s’agit de la Tunisie, et d’une vie politique dans laquelle chacun puisse dire clairement qui il est, ce qu’il veut, quelles valeurs il défend et quel projet il propose aux Tunisiens.
Un véritable contrat social ne commence pas lorsque nous sommes d’accord sur tout. Il commence lorsque nous apprenons à être en désaccord sans devenir des adversaires, et à nous retrouver autour de l’intérêt de la Tunisie sans qu’une partie ne cherche à absorber toutes les autres.
Protégeons donc l’idée du contrat social afin qu’elle ne se transforme pas en un projet politique étroit.
Et protégeons, dans le même temps, le droit des Tunisiens à la clarté, à la différence et au choix.
Car la démocratie ne se construit ni en effaçant les différences ni en réunissant artificiellement les contraires. Elle se construit autour de projets clairs, de valeurs claires, de responsabilités claires, et par notre capacité collective, malgré nos différences, à placer la Tunisie au-dessus de tout.
BIO EXPRESS
Hella Ben Youssef est Vice-Présidente de l’Internationale Socialiste des Femmes











3 commentaires
Dé-idéologiser, déQômpleKSer et décrisper définitivement la question...
Redécouvrir l’eau chaude.
Réinventer la roue.
Retomber par terre.
C’est la faute à Voltaire.
Le nez dans l’Oued.
C’est la faute à Rousseau Meddeb…
Contrat social.
TOUT LE PAYS NE DEMANDAIT QUE CELA AU FOND.
Au lieu de cela…
Exclure la majorité culturelle au nom d’une lecture de crispation laïcardo tocardisante islamocomplexée a rendu le pacte social impossible… et mené (encore et toujours ) droit à la dictature.
Un contrat social moderne n’exige pas l’unanimité idéologique. Il doit être un cadre légal où TOU.T.E.S acceptent les règles du vote SANS que personne n’ait à renier son identité.
Sortir du procès en sorcellerie ne signifie pas adhérer aveuglément à un type de projet de société en particulier ni d’effacer les divergences profondes que l’on peut ( voire doit !) avoir avec.
C’est simplement reconnaître l’autre comme un acteur légitime.
Le succès éphémère commun de 2014 prouvait que le dialogue était possible.
Pire même, quand on y pense : au cours de cette décennie démocratique transitionnelle de janvier 2011 à juillet 2021 et ses 12 (!) gouvernements, le mouvement démocrate musulman a occupé 53 postes ministériels et de secrétariats sur un total de 422.
Soit 12,56 % des postes.
12.56 %…
Malgré légitimité des scrutins.
On lui a alors fait supporter allégrement, à lui seul, les conséquences de cette décennie.
Et de même, pour certain.e.s, de jeter insidueusement (et allégrement pour d autres !) la notion de contrat social et celle de constitution commune.
La logique euclidienne et platonicienne (voire ingéniaiseur Tunichouineur ?;) confirme l’évidence sans contredire le bon sens commun majoritaire à travers pays…
Le seul chemin vers la stabilité alliant lumineux progressisme émancipateur et lucidité de souplesse conservatrice RESTERA UN CONTRAT SOCIAL DE CADRE REPUBLICAIN DEMOCRATIQUE REVOLUTIONNAIRE seul à même de gèrer le pluralisme réel.
Aussi inconfortable et crispant soit-il.
Un tel contrat n’empêche pas mais favorise, une fois correctement mené sans ingérence antidémocratique et contrerevolutionnaire tous azimuts internes et externes, le « développement durable pour rendre la Tunisie un pays meilleur »… voire la région élargie pour ne pas dire même à terme le Monde par vertueuses émulations.
N’en déplaise aux ingéniaiseurs Tunichouineurs.
POUR UNE TUNISIE DE PLEINE AUTODETERMINATION, INDEPENDANTE,SOUVERAINE ET PLEINEMENT DECOLONISEE AU BENEFICE POPULAIRE PLEIN COMME ENTIER EN LES DEUX RIVES DE LA MEDITERRANEE ?
OUI EN CE CAS À UN CONTRAT SOCIAL TUNISIEN DE REPRESENTATION COMME PARTICIPATION ECOPOLITIQUES ET SOCIALES.
À PART ENTIÈRE.
ET SANS TRAITEMENT ENTIEREMENT À PART DE QUELCONQUE BORD QUI SOIT 😉
CONTRAT SOCIAL DE LIGNEE REVOLUTIONNAIRE 2011 COMME LETTRE COMMUNE 2014 DEMOCRATIQUE CONTINUEE ET REFORMEE SANS EKSCEPTIONS NI KONTORSIONS NI QÔMPROMISSIONS ET AUTRES INGERENCES AUSSI EMIRATUREES MZAWARABES QUE FRANCALGERIATRIQUES !
Tunisino
Oui, dialoguer, bavarder, qui est venu avant, l’oeuf ou la poule, ou encore la poule ou l’oeuf! Un contrat de bavardage pour bavarder est prioritaire au contrat de développement durable pour rendre la Tunisie un pays meilleur, on bavarde et que la Tunisie aille à l’enfer! La poésie des littéraires et des illettrés ne peut que faire du mal aux tunisiens, ceci est devenu la spécialité des politisés de l’après 2011. En ingénierie, l’une des règles est que l’ingénieur n’a pas le droit à l’erreur, alors qu’en poésie, le poète n’a le droit qu’à l’erreur jusqu’à la catastrophe.
Mohamed Mabrouk
Bonjour le probleme de votre contrat social est son fondement national ambigu.
Sous ce paradigme « tunisie au dessus de tout » on peut faire passer beaucoup de choses pas sympathiques, comme les abus de pouvoirs ou les mauvais proces « pour le bien de la nation »
Si on ne veut plus se faire avoir, il faut donner un contenu ethique, comme l’exigence de verité, d’equité ou de liberté, et le placer au dessus de l’appartenance nationale.
Il faut aussi que les forces de securité puissent se sentir concernées par ce contrat, en ne pas les privant de citoyenneté. sinon elles ne le protegerons pas. Au contraire, elles saboteront le contrat et les tanks feront taire les parleurs
c’est par là qu’il faut commencer mes amis