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Tunisie : 1.101 mouvements sociaux en juillet, un record depuis dix ans

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Copyright : Marwen S’hili pour Business News

Par Sarra Hlaoui

    La contestation sociale s’est fortement intensifiée en Tunisie au mois de juillet 2026. Selon le rapport mensuel de l’Observatoire social tunisien relevant du Forum tunisien des droits économiques et sociaux (FTDES), 1 101 mouvements de protestation ont été recensés durant le mois, soit le niveau le plus élevé enregistré pour un mois de juillet au cours des dix dernières années.

    Le chiffre marque également une nette progression par rapport aux mois précédents. Le nombre de mouvements sociaux a augmenté de 27 % par rapport à juin, qui en avait enregistré 867, et de 168 % par rapport à mai, avec 411 mouvements. Par rapport à avril, la hausse atteint 83 %.

    Cette accélération confirme, selon l’Observatoire, que la montée de la contestation observée au cours du deuxième trimestre ne relevait pas d’un phénomène ponctuel. Le mouvement amorcé en juin s’est intensifié en juillet, faisant de ce mois le plus marqué par la colère sociale depuis le début de l’année.

    L’eau et l’électricité au cœur de la colère

    Le principal enseignement du rapport concerne l’évolution des revendications. Contrairement à la tendance habituelle d’un ralentissement des mouvements sociaux durant l’été, juillet a été marqué par une forte mobilisation autour des conditions de vie et de l’accès aux services essentiels.

    Les coupures d’eau potable arrivent en tête des motifs de protestation avec 373 mouvements, suivies par les interruptions d’électricité, à l’origine de 305 mouvements. À elles seules, ces deux problématiques ont donc généré 678 mobilisations, soit plus de 60 % de l’ensemble des mouvements recensés au cours du mois.

    Les revendications liées à l’emploi et aux conditions de travail restent toutefois importantes, avec 210 mouvements. Mais leur poids relatif diminue au profit de préoccupations directement liées à la vie quotidienne, ce qui traduit, selon l’Observatoire, un déplacement du centre de gravité de la contestation : des revendications principalement professionnelles vers des revendications liées aux services publics et aux conditions de vie.

    Les 24 gouvernorats concernés

    La contestation a concerné les 24 gouvernorats du pays, avec toutefois des niveaux d’intensité différents.

    Le gouvernorat de Tunis arrive largement en tête avec 166 mouvements, devant Kairouan et Monastir, qui comptent chacun 67 mobilisations. La Manouba suit avec 59 mouvements, tandis que Tozeur et Nabeul en enregistrent 50 chacun.

    Mahdia et Sidi Bouzid comptent 48 mouvements chacune, devant Le Kef avec 43, Sfax avec 42 et Bizerte avec 40. Gafsa totalise 38 mouvements, tandis que Sousse et Kébili en enregistrent 37 chacune.

    Cette répartition confirme le poids de la capitale comme principal espace de contestation. Elle témoigne également de l’ampleur des difficultés locales liées notamment à l’eau, aux infrastructures, à l’emploi et à l’environnement.

    Les habitants deviennent les principaux acteurs

    Autre évolution relevée par l’Observatoire : la composition des acteurs de la contestation.

    Les habitants arrivent très largement en tête, avec une participation à 746 mouvements, soit près des deux tiers du total. Ils sont suivis par les militants, impliqués dans 85 mouvements, les diplômés au chômage avec 75 mobilisations, puis les ouvriers avec 50.

    Les fonctionnaires ont participé à 39 mouvements, les syndicats à 35 et les chauffeurs de transport privé à 28. Des agriculteurs, commerçants, médecins, journalistes et avocats ont également pris part à des actions de protestation.

    Pour l’Observatoire, cette évolution traduit un élargissement de la contestation au-delà des cadres syndicaux et professionnels traditionnels. Le mouvement social apparaît désormais davantage porté par les populations elles-mêmes, autour de difficultés directement liées à leur quotidien.

    Les réseaux sociaux, nouvelle caisse de résonance

    Le numérique occupe également une place importante dans cette dynamique. Les réseaux sociaux et les médias ont servi de relais à environ 670 mouvements de protestation, soit plus de la moitié du total recensé en juillet.

    Les autres formes de mobilisation comprennent notamment 124 rassemblements, 95 sit-in et une centaine d’actions ayant pris la forme de barrages routiers, de manifestations de colère ou de brûlage de pneus. Le rapport fait également état de 41 grèves, 39 ports de brassards rouges, 11 grèves de la faim et 11 appels au secours.

    Cette forte présence numérique montre que la protestation ne se limite plus à l’espace public physique. Les vidéos et témoignages diffusés en ligne sont devenus un moyen central de documenter les difficultés vécues par les citoyens et de faire pression sur les autorités.

    L’État reste la principale cible des revendications

    Malgré la diversification des acteurs et des formes de mobilisation, les institutions publiques demeurent au centre des revendications.

    Les ministères, délégations, municipalités, gouvernorats et établissements publics, notamment ceux chargés de l’eau et de l’électricité, figurent parmi les principales cibles des protestataires. La présidence du gouvernement et la présidence de la République sont également directement concernées par ces demandes.

    Cette configuration traduit le rôle toujours central de l’État dans la fourniture des services essentiels et place les institutions publiques face à une pression croissante pour répondre aux revendications sociales.

    Quatre cas de suicide ou de tentative recensés

    Sur un autre volet, l’Observatoire social tunisien a recensé quatre cas de suicide ou de tentative de suicide au cours du mois de juillet, contre sept en juin. Les cas documentés concernent les gouvernorats de Kairouan, Sousse et Gafsa.

    L’Observatoire précise toutefois que certaines informations relayées concernant sept suicides à Kairouan en juillet n’ont pas été intégrées à ses statistiques, faute de sources répondant à ses critères de documentation.

    Les quatre cas retenus concernent trois hommes et une femme, tous appartenant à la population active.

    Le phénomène de la violence reste préoccupant

    Le rapport fait également état de plusieurs formes de violence recensées durant le mois, allant des agressions et vols à l’intimidation, au harcèlement sexuel et aux violences liées aux mouvements de protestation.

    Le Grand Tunis et les régions côtières demeurent les zones où le nombre de faits documentés est le plus important. La rue constitue le principal espace de survenue des actes de violence, devant le domicile, tandis que les prisons et centres de détention arrivent en troisième position.

    L’Observatoire relève notamment des situations de surpopulation carcérale pouvant dépasser 200 % dans certains établissements, dans un contexte marqué par les fortes chaleurs de juillet.

    Sur l’ensemble des cas recensés, les hommes représentent 82,05 % des auteurs identifiés, contre 15,38 % pour les femmes. L’Observatoire souligne par ailleurs que les violences physiques, financières et structurelles ou organisées représentent ensemble 64,1 % des cas documentés.

    Une colère sociale qui change de visage

    Le rapport de juillet dessine ainsi un paysage social différent de celui dominé traditionnellement par les revendications professionnelles. Avec plus de 1 100 mouvements en un mois, une mobilisation principalement portée par les habitants et des revendications centrées sur l’eau et l’électricité, la contestation apparaît désormais fortement liée à la qualité des services publics et aux conditions de vie.

    Le niveau atteint en juillet, le plus élevé enregistré pour un mois de juillet depuis 2016, constitue surtout un signal sur l’ampleur de la frustration sociale. Reste à savoir si cette poussée contestataire se prolongera au cours des prochains mois ou si elle reflétera principalement les tensions particulières liées à la période estivale.

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    Commentaire

    1. Hannibal

      Répondre
      20 août 2026 | 11h46

      La pancarte dans la photo représente bien le pays où en tous cas ce que des (ir)responsables veulent en faire.
      Ça leur plairait bien de changer son nom en Habsanistan 🤡

    Répondre

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