Le nombre d’atteintes visant les journalistes et photojournalistes a nettement augmenté en juillet 2026. L’Unité de monitoring du Centre de sécurité professionnelle du Syndicat national des journalistes tunisiens (SNJT) en a recensé 22 au cours du mois, contre seize en juin, selon son rapport mensuel publié vendredi 21 août 2026.
Le rapport fait état de 25 signalements reçus par l’Unité, dont 22 ont été retenus comme des atteintes. La tendance observée en juillet constitue le niveau le plus élevé depuis le début de l’année : seize atteintes avaient été enregistrées en janvier, huit en février, six en mars, dix-huit en avril, cinq en mai et seize en juin.
Les 22 atteintes recensées ont touché quatorze hommes et huit femmes. Les victimes travaillent dans douze établissements médiatiques, dont quatre sites électroniques, trois radios, deux chaînes de télévision et trois journaux, auxquels s’ajoutent six journalistes indépendants.
Interdictions de travailler et entraves en tête
Les interdictions de travailler arrivent en tête des atteintes documentées, avec sept cas. Le SNJT a également recensé six cas de harcèlement ou d’entrave, quatre poursuites judiciaires, deux cas d’incitation, deux cas de rétention d’informations et une agression physique.
Les responsables identifiés sont notamment des chargés de communication, auxquels sont imputées six atteintes, et des agents de sécurité, avec quatre cas. Des directions de festivals et des utilisateurs des réseaux sociaux sont responsables de deux atteintes chacun. D’autres cas impliquent des autorités judiciaires, des agents publics, des organisateurs, des syndicalistes, des citoyens et un député.
La très grande majorité des atteintes, soit vingt sur 22, s’est produite dans l’espace physique, contre deux dans l’espace numérique. Tunis concentre treize cas, devant Nabeul avec sept atteintes. Un cas a été recensé à Ben Arous et un autre à Bizerte.
Les festivals pointés du doigt
Une partie importante du rapport est consacrée aux difficultés rencontrées par les journalistes lors des festivals d’été. Le SNJT évoque un manque de transparence dans l’attribution des accréditations, des restrictions imposées aux déplacements des journalistes, des interventions dans leur travail ainsi que des atteintes à la confidentialité des échanges entre journalistes et sources.
Plusieurs incidents ont notamment été documentés aux festivals internationaux de Nabeul, Hammamet, Carthage, Bizerte et Boukornine. Le rapport relève des refus ou restrictions d’accréditation, des journalistes empêchés d’accéder à certains espaces ou contraints de changer d’emplacement, ainsi que des critères jugés arbitraires pour l’octroi des badges.
À Bizerte, une journaliste couvrant un concert a par ailleurs été agressée physiquement par deux personnes après avoir refusé de changer de place. Elle a dû se rendre à l’hôpital avant de déposer plainte.
Pour le SNJT, ces pratiques révèlent l’absence de protocoles unifiés encadrant la couverture médiatique des manifestations culturelles. Le syndicat réclame des critères d’accréditation clairs et transparents ainsi qu’un traitement équitable entre les différents médias.
Des journalistes empêchés de travailler dans l’espace public
Le rapport documente également plusieurs entraves en dehors des festivals. Des journalistes ont notamment été empêchés de couvrir des mouvements de chauffeurs de taxi individuel à Nabeul et à Tunis, tandis que deux journalistes ont été empêchés de travailler avenue Habib-Bourguiba.
Le SNJT relève également que des représentants des médias à Nabeul n’ont pas été informés d’une visite de terrain du ministre de l’Environnement. Dans un autre dossier, la Société tunisienne de l’électricité et du gaz (Steg) a refusé de fournir à la journaliste et juriste Sanaa Adouni des informations sur la répartition géographique et temporelle des coupures d’électricité, l’obligeant à recourir à une source non officielle, indique le rapport.
Le document revient aussi sur la décision du président de l’Assemblée des représentants du peuple, Brahim Bouderbala, d’interdire aux journalistes de prendre des photos avec leurs téléphones depuis la salle des séances plénières lors de la séance du 29 juillet.
Poursuites et condamnations
Le volet judiciaire occupe également une place importante dans le rapport. Le SNJT estime que les poursuites se sont poursuivies en juillet sur fond d’exercice du métier ou de publication d’informations et de prises de position liées à des questions d’intérêt général.
Le document cite notamment la condamnation par contumace de l’ancien membre de la Haica Hichem Snoussi à six mois de prison dans une affaire remontant à 2019. Les journalistes Hamza Belloumi et Ines Boughediri ont, eux aussi, fait l’objet de condamnations par contumace à un an de prison chacun dans une affaire remontant à 2015. Le rapport évoque également la condamnation en appel de l’homme de médias Haythem Mekki à un an de prison.
Le SNJT mentionne en outre le renvoi du journaliste Zied El Heni devant la chambre criminelle spécialisée dans les affaires terroristes dans une affaire liée à des enregistrements audio attribués à une personnalité politique, ainsi que la convocation du photojournaliste Jilani Khadhar dans une affaire remontant à 2021.
Le SNJT appelle à mettre fin aux peines de prison
Face à ce constat, le SNJT adresse une série de recommandations aux autorités. Il demande à la présidence du gouvernement d’établir un cadre clair et unifié pour la couverture des festivals et manifestations culturelles, avec des critères transparents d’accréditation et une égalité d’accès pour les journalistes, notamment les indépendants.
Le syndicat appelle également le ministère de l’Intérieur à faire respecter la carte professionnelle de journaliste et à ne plus exiger d’autorisations supplémentaires non prévues par la loi pour travailler dans l’espace public. Il réclame l’ouverture d’enquêtes administratives sérieuses sur les agressions et entraves imputées aux agents de sécurité et la responsabilisation de leurs auteurs.
À l’adresse des autorités judiciaires, le SNJT réclame le respect des garanties d’un procès équitable, la révision des condamnations privatives de liberté visant des journalistes et la libération immédiate des journalistes emprisonnés. Il demande également que les journalistes ne soient plus poursuivis en dehors du cadre du décret-loi 115 relatif à la liberté de la presse, de l’imprimerie et de l’édition et que les peines de prison ne soient plus utilisées dans les affaires liées à l’exercice de la liberté d’expression et du travail journalistique.
Le syndicat appelle enfin les institutions publiques à répondre dans les délais légaux aux demandes d’accès à l’information, les organisateurs de festivals à adopter des règles d’accréditation transparentes et l’Assemblée des représentants du peuple à revoir les textes susceptibles de restreindre la liberté d’expression et le travail journalistique.
M.B.Z










