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Près de trente milliards en cash, réserves à 98 jours : Mohamed Salah Souilem décrypte les chiffres

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Par Imen Nouira

    Près de trente milliards de dinars de billets et monnaies sont désormais en circulation en Tunisie. Dans le même temps, les avoirs nets en devises sont remontés à 98 jours d’importation et le dinar continue, selon Mohamed Salah Souilem, à faire preuve de solidité. L’ancien directeur général des politiques monétaires à la Banque centrale de Tunisie (BCT) livre une lecture de ces indicateurs, entre envolée du cash, renchérissement des importations, résistance de la monnaie nationale et ralentissement de l’inflation.

    Mohamed Salah Souilem est revenu, lundi 24 août 2026, au micro de Hatem Ben Amara dans l’émission Sbeh El Ward sur Jawhara FM, sur plusieurs indicateurs monétaires et leur évolution.

    Selon les dernières données de la BCT, les billets et monnaies en circulation ont atteint 29,996 milliards de dinars au 20 août 2026, soit quasiment trente milliards de dinars. À la même date en 2025, leur montant s’établissait à 25,855 milliards de dinars, soit une progression de plus de quatre milliards de dinars en un an.

    Près de trente milliards de dinars en cash : un record qui interpelle

    Mohamed Salah Souilem insiste d’abord sur une distinction essentielle. Ces quelque trente milliards de dinars ne représentent pas la masse monétaire dans son ensemble, mais les billets et monnaies effectivement en circulation. La masse monétaire est une notion beaucoup plus large puisqu’elle comprend également, notamment, les sommes détenues par les ménages et les entreprises auprès des banques.

    La progression du volume de billets en circulation n’est pas, en elle-même, anormale. Elle accompagne notamment l’évolution de l’économie, des revenus et des prix. C’est davantage son rythme d’augmentation qui interpelle l’ancien responsable de la BCT.

    Pour mesurer l’ampleur du phénomène, il remonte à 2010. À la fin de cette année-là, les billets en circulation représentaient, selon lui, environ 5,79 milliards de dinars. Ils approchent aujourd’hui les trente milliards, soit un montant multiplié par plus de cinq en seize ans.

    La comparaison avec le PIB est encore plus parlante. Mohamed Salah Souilem indique que les espèces en circulation représentaient environ 9% du PIB en Tunisie en 2010. Ce ratio approcherait désormais 16%, alors qu’il se situerait, selon lui, autour de 3% à 4% dans les économies développées. Il relève que certains pays émergents affichent également des ratios élevés, pouvant atteindre 20%, mais estime que la Tunisie aurait dû évoluer progressivement vers une réduction de la place du cash à mesure que les paiements électroniques se développent.
    Parmi les facteurs expliquant la progression récente des espèces, Mohamed Salah Souilem cite la réforme des chèques. À ses yeux, elle constitue « l’une des principales raisons » de cette évolution. Des paiements auparavant effectués par chèque, notamment pour des règlements échelonnés, doivent désormais être réalisés autrement, ce qui a contribué, selon son analyse, à renforcer le recours aux espèces.

    Il considère parallèlement que le développement des moyens de paiement électroniques ne suit pas encore le même rythme que la progression des billets en circulation. Il relève le développement de nouvelles solutions et l’installation de nouveaux opérateurs, mais juge cette évolution encore insuffisante.

    L’enjeu dépasse le simple choix entre billets, carte ou téléphone. Mohamed Salah Souilem explique qu’une utilisation accrue des paiements électroniques permet de maintenir davantage d’argent dans le circuit bancaire, donnant aux banques davantage de possibilités d’accorder des crédits et de financer l’économie. À l’inverse, l’argent conservé sous forme de billets hors du système bancaire échappe à ce mécanisme.

    Des réserves revenues à 98 jours, mais une journée d’importation coûte plus cher

    Selon les données de la BCT, les avoirs nets en devises s’établissaient, au 21 août 2026, à 25,056 milliards de dinars, soit 98 jours d’importation.

    Ce niveau intervient après un recul récent des réserves autour de 92 à 93 jours d’importation. Mohamed Salah Souilem l’explique notamment par le remboursement, autour du 15 juillet, d’une importante échéance de dette extérieure contractée sur les marchés financiers internationaux : 700 millions d’euros, soit plus de 2,3 milliards de dinars.

    Le retour à 98 jours s’explique ensuite, selon lui, par les entrées de devises enregistrées pendant la saison estivale, notamment les recettes touristiques et les transferts des Tunisiens résidant à l’étranger.

    Mais Mohamed Salah Souilem invite surtout à ne pas s’arrêter au seul nombre de jours d’importation. Une journée d’importation représentait environ 231 à 232 millions de dinars à la même période l’année dernière, contre environ 256 millions de dinars, voire légèrement davantage, aujourd’hui, soit une augmentation d’environ 10%.

    Ainsi, les réserves en devises peuvent être plus importantes en valeur que l’année précédente tout en couvrant moins de jours d’importation : plus la facture quotidienne augmente, moins un même stock de devises permet de couvrir de journées. Mohamed Salah Souilem évoque notamment l’évolution des prix du pétrole et de certaines matières premières dans un contexte international perturbé.

    Un dinar qui tient et une inflation en recul

    Mohamed Salah Souilem s’est également montré rassurant sur l’évolution du dinar. Il estime que la monnaie nationale a fait preuve de solidité face aux principales devises et rattache notamment cette résistance à la conduite de la politique monétaire et de la politique de change de la Banque centrale.

    Il rappelle, dans ce cadre, que la stabilité des prix constitue l’objectif principal assigné à la BCT. Maintenir l’inflation à un niveau contenu permet, souligne-t-il, de préserver le pouvoir d’achat.

    Il relève ainsi le net ralentissement de l’inflation après les niveaux particulièrement élevés atteints ces dernières années. Mohamed Salah Souilem rappelle qu’elle avait atteint environ 10,4% en 2023, contre 5,1% actuellement. Ce dernier niveau reste toutefois, à ses yeux, élevé.

    La Banque centrale ne peut cependant pas, à elle seule, agir sur l’ensemble des facteurs alimentant les prix. Mohamed Salah Souilem cite notamment les circuits de distribution et le ministère du Commerce parmi les autres acteurs appelés à contribuer à contenir les pressions inflationnistes et à accompagner l’action de la BCT en faveur de la stabilité des prix.

    Les indicateurs dressent ainsi un tableau contrasté : les réserves sont revenues à 98 jours d’importation, le dinar conserve, selon Mohamed Salah Souilem, sa solidité et l’inflation a nettement ralenti. Mais une journée d’importation coûte désormais environ 10% plus cher qu’un an auparavant, tandis que les billets et monnaies en circulation frôlent les trente milliards de dinars. Autant d’évolutions qui montrent les limites d’une lecture isolée des grands indicateurs monétaires.

    I.N.

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