La crise électrique que traverse la Tunisie est structurelle et risque de perdurer en l’absence de mesures urgentes. C’est l’alerte lancée par Elyes Ben Ammar, qui évoque un déficit pouvant atteindre 2.000 mégawatts aux heures de pointe et estime qu’au moins quatre nouvelles centrales seraient nécessaires pour le combler.
Le secrétaire général adjoint de la Fédération générale de l’électricité et du gaz relevant de l’Union générale tunisienne du travail (UGTT), Elyes Ben Ammar, est revenu, mardi 25 août 2026, au micro de Houda Werghemmi dans l’émission Menek Nesmaa sur Diwan FM, sur les délestages qui touchent de nouveau plusieurs régions du pays.
Il a d’abord tenu à écarter toute responsabilité des agents de la Société tunisienne de l’électricité et du gaz (Steg) dans le choix des zones concernées par les coupures.
« Les agents sont des exécutants », a-t-il insisté. Les décisions de procéder à des délestages relèvent, selon lui, des structures administratives compétentes, de la direction générale de la Steg et de l’autorité de tutelle. La fédération, qui représente les salariés, ne constitue pas, a-t-il rappelé, une source officielle concernant la programmation des coupures.
Le responsable syndical dit comprendre la colère des citoyens, les agents de la Steg subissant eux-mêmes les mêmes perturbations. Il regrette toutefois que les avertissements lancés depuis plusieurs années par les professionnels du secteur n’aient pas été entendus.
Un déficit pouvant atteindre 2.000 mégawatts
Pour Elyes Ben Ammar, la situation actuelle est le résultat de politiques antérieures et d’un manque d’anticipation. La production disponible ne permet plus de suivre l’évolution de la consommation, particulièrement durant les périodes de forte demande.
« Aujourd’hui, nous pouvons atteindre un déficit de 2.000 mégawatts aux heures de pointe », a-t-il affirmé. Il a précisé que cet écart correspond à la puissance manquante à un instant donné lorsque la consommation atteint son maximum, et non à un déficit calculé sur une journée ou un mois.
Dans ce contexte, le recours au délestage devient, selon lui, une mesure imposée par la nécessité afin de préserver l’équilibre du réseau et d’éviter son effondrement. Les agents ne font qu’exécuter un programme préparé en amont pour protéger le système électrique, a-t-il soutenu.
M. Ben Ammar a également évoqué le soutien apporté par l’Algérie à la Tunisie. Ce recours ne peut cependant pas, à ses yeux, apporter une réponse suffisante à un déficit d’une telle ampleur ni régler les fragilités structurelles du système tunisien.
Le responsable syndical estime que la crise ne peut être réduite à des pannes ponctuelles dans les centrales. Si des unités de production peuvent connaître des avaries, celles-ci restent, selon lui, secondaires par rapport au problème central : l’insuffisance des capacités disponibles pour satisfaire les besoins du pays.
« La crise est structurelle. Il n’existe pas suffisamment de moyens de production pour répondre à la demande », a-t-il martelé. Il attribue cette situation au retard pris dans la réalisation de plusieurs projets ainsi qu’à la lenteur des procédures et des autorisations relevant de l’autorité de tutelle.
Au moins quatre nouvelles centrales selon son estimation
Interrogé sur les solutions envisageables avant l’été prochain, Elyes Ben Ammar a averti qu’une seule nouvelle centrale ne suffirait pas à résorber le déficit actuel. D’après son estimation, au moins quatre nouvelles centrales seraient nécessaires pour couvrir un manque de l’ordre de 2.000 mégawatts.
Il reconnaît néanmoins que de telles infrastructures ne peuvent pas être réalisées du jour au lendemain. Il appelle ainsi l’autorité de tutelle à engager rapidement une nouvelle dynamique, en associant l’ensemble des acteurs concernés : responsables de la Steg, ingénieurs, techniciens, représentants syndicaux et opérateurs privés tunisiens.
Parmi les pistes évoquées figurent la mobilisation du secteur privé, le développement des solutions de stockage par batteries, l’accélération de la transition énergétique ainsi que des discussions avec l’Algérie autour des contrats d’approvisionnement en gaz et d’achat d’électricité.
La Fédération générale de l’électricité et du gaz dispose, assure-t-il, d’un programme destiné à sortir progressivement de la crise. Elle estime cependant ne pas être suffisamment associée à la recherche de solutions.
« Nous avons un programme pour sortir de cette crise, mais on ne veut pas nous entendre », a-t-il déploré. Selon lui, le climat actuel, marqué par des accusations visant les agents et leurs représentants, ne favorise pas la construction de propositions communes.
M. Ben Ammar juge, par ailleurs, le rythme actuel des mesures trop lent au regard de la gravité de la situation. Il estime que rien n’a véritablement changé depuis les fortes tensions enregistrées en juillet et que les réponses engagées ne sont pas à la hauteur de la crise.
« Si nous continuons au même rythme, l’été 2027 ne sera pas meilleur que l’été 2026 », a-t-il averti, appelant les responsables à prendre des mesures urgentes et à préparer dès maintenant la prochaine saison estivale.
Même si les délestages ne peuvent pas être totalement évités, le responsable syndical plaide pour une meilleure anticipation, une programmation étudiée et une communication suffisamment précoce. L’objectif serait de limiter les perturbations et de permettre aux citoyens comme aux professionnels de s’organiser.
D’après lui, la pointe de consommation tunisienne reste principalement estivale, en raison notamment de l’utilisation massive des climatiseurs pendant les vagues de chaleur. Le risque de connaître une situation d’une ampleur comparable serait donc plus faible durant l’hiver, même si l’évolution du climat impose de préparer le réseau à des épisodes extrêmes plus fréquents.
Des délestages répétés en pleine canicule
Les déclarations de M. Ben Ammar interviennent alors que la Steg a annoncé, mardi, de nouvelles coupures tournantes et intermittentes dans plusieurs régions du pays, entre 13 et 17 heures. Chaque interruption peut durer jusqu’à deux heures, selon l’état du réseau et les besoins d’équilibre entre la production et la consommation.
Des délestages avaient déjà été annoncés lundi 24 août durant la même tranche horaire. Les tensions s’étaient ensuite prolongées dans la soirée, conduisant la Steg à recourir de nouveau aux coupures entre 22 heures et minuit dans plusieurs régions.
La situation coïncide avec une nouvelle poussée de chaleur. Selon l’Institut national de la météorologie, les températures maximales doivent osciller, mardi, entre 36 et quarante degrés Celsius près des côtes nord et dans le Cap Bon. Elles seront comprises entre 41 et 47 degrés Celsius dans le reste du pays, avec des coups de sirocco.
La Steg établit un lien entre les tensions sur le réseau et la hausse de la consommation liée notamment à l’utilisation intensive des climatiseurs. Elle appelle les usagers à régler leurs appareils à 26 degrés Celsius. La chaleur n’explique cependant pas, à elle seule, la persistance des délestages.
Le 24 juillet, Mohamed Atef Bouabdallah, membre de la Fédération générale de l’électricité et du gaz, avait indiqué que la demande atteignait environ 6.000 mégawatts, alors que la Steg ne pouvait en fournir que 4.400. L’écart annoncé à cette date était donc de l’ordre de 1.600 mégawatts. Les 2.000 mégawatts évoqués mardi par M. Ben Ammar correspondent, pour leur part, au déficit que le système peut désormais atteindre aux heures de pointe.
La Tunisie complète sa production nationale par des importations d’électricité depuis l’Algérie. Cette solution atteint toutefois ses limites lorsque les deux pays connaissent simultanément une forte consommation, le réseau algérien étant alors lui-même fortement sollicité.
Invité jeudi 20 août sur Jawhara FM, l’ingénieur spécialisé dans l’énergie Foued Ali avait également attribué les délestages au manque de marge entre la production disponible et la demande estivale. Il avait évoqué quelque 870 mégawatts de capacités supplémentaires susceptibles de renforcer le système, mais qui n’avaient toujours pas été intégrées au réseau.
La chaleur et l’humidité augmentent parallèlement les besoins de climatisation, tandis que les températures élevées peuvent réduire l’efficacité des systèmes de refroidissement de certaines unités de production. Les installations ont par ailleurs été fortement sollicitées durant la longue canicule de juillet, provoquant des avaries sur plusieurs transformateurs et câbles.
Les conséquences dépassent le seul approvisionnement en électricité. Les 14 et 15 juillet, entre 700 et mille interruptions quotidiennes avaient été enregistrées au niveau des installations de pompage de la Sonede, perturbant le remplissage des réservoirs et la distribution de l’eau potable.
Les coupures répétées ont également affecté les cafés, les restaurants, les commerces, les pharmacies et les entreprises industrielles : rupture de la chaîne du froid, marchandises détériorées, équipements endommagés, arrêts de production et manque à gagner. À Nabeul, plusieurs unités de transformation de tomates avaient notamment dû interrompre ou ralentir leur activité.
Les délestages répondent ainsi à la nécessité immédiate de protéger le réseau contre un effondrement généralisé. Mais, comme le souligne Elyes Ben Ammar, leur répétition révèle surtout un déficit structurel que la gestion des pointes de consommation ne suffira pas à résorber. La préparation de l’été 2027 dépendra désormais de la rapidité avec laquelle les projets, les investissements et les solutions disponibles pourront être mobilisés.
I.N.











Commentaire
Fares
D’habitude pendant cette période du mouled les tunisiens se préoccupent plutôt des prix du zgougou et des noisettes. Cette année les tunisiens rêvent d’un verre d’eau. En 2027? C’est soit ce régime qui ne sera plus en place, soit la Tunisie ne sera plus là.