La chaleur n’est pas retombée, la colère non plus. Et le courant risque encore de sauter. Au lendemain des déclarations du président de la République sur des coupures d’eau et d’électricité qu’il affirme être le résultat d’actes de sabotage « délibérément planifiés », la Société tunisienne de l’électricité et du gaz (Steg) annonce une nouvelle journée de délestages à travers une grande partie du pays.
Vendredi 28 août 2026, les Tunisiens sont de nouveau invités à composer avec des coupures d’électricité pouvant intervenir entre 9h et 18h, par intermittence et sans horaire précis. Et surtout, avec une liste qui, comme les jours précédents, « n’est pas définitive » et pourrait encore s’étendre selon l’évolution de la situation du réseau.
Autrement dit, il faut s’attendre à des coupures, mais sans vraiment savoir où, ni quand.
Une nouvelle journée sous tension
La Steg explique une nouvelle fois que ces coupures tournantes peuvent être décidées afin de préserver la sécurité et la continuité du système électrique, en fonction de la situation du réseau et des impératifs d’équilibre entre production et consommation.
Le dispositif concerne cette fois encore des dizaines de localités dans pratiquement toutes les régions du pays.
Dans le Grand Tunis, sont notamment concernés Mornag, Borj Cédria, Radès, La Goulette, Ben Arous, Mégrine, El Mhamdia, Le Kram, La Nouvelle Médina, les Jardins d’El Menzah, Borj Touil, Sannhaja, Manouba, Aïn Zaghouan, Ennasr et La Soukra.
Au Nord, le Cap Bon, Zaghouan et Bizerte figurent également dans la liste, avec des localités comme Hammam El Ghezaz, Hammamet, Menzel Bouzelfa, Menzel Temime, Soliman, Takelsa, Béni Khalled, Béni Khiar, Nabeul, Korba, Dar Chaâbane, Kélibia, Zaghouan, El Fahs, Bir Mcherga, Ghar El Melh, Utique, Sejnane, Mateur ou encore Menzel Bourguiba.
Le Nord-Ouest n’est pas épargné : Ouchtata, Rouhia, Bou Salem, Goubellat, Kalaat Khasba, Sidi Ismaïl, Makthar, Ghardimaou, Nefza, Gaâfour, Chemtou, Oued Meliz, Nébr, El Touiref et d’autres localités sont citées.
Au Centre, la liste est particulièrement longue. Sousse, Monastir, Mahdia et Kairouan sont concernées, avec notamment Ksar Hellal, Sayada, Bouhajla, Nasrallah, Sbikha, Chebba, Moknine, M’saken, Hammam Sousse, Akouda, Sahloul 3, Khezama, Hergla, Bouficha, Kalaa Kebira ou encore Enfidha.
Même scénario à Sfax, où Mahrès, Agareb, El Amra, Tina, Sfax Ouest, Sfax ville, Jebeniana, Hencha, Menzel Chaker, Sfax Sud, Sakiet Ezzit, Sakiet Eddaïer et Bir Ali sont susceptibles d’être touchées.
Dans le Sud, la liste s’étend de Gabès à Djerba, Kébili, Tataouine, Zarzis, Ben Guerdane et Médenine. Et le Sud-Ouest n’échappe pas non plus au dispositif, avec des localités réparties notamment entre Gafsa, Tozeur, Kasserine et leurs environs.
La Steg prévient d’ailleurs que le courant peut être rétabli « sans préavis ». Une formule devenue familière aux usagers, mais qui ne fait guère sourire ceux qui doivent travailler, conserver leurs produits au frais, faire fonctionner leurs commerces ou simplement supporter la chaleur sans climatisation.
Hier, le président parlait de « sabotage »
Mercredi, lors d’une réunion au palais de Carthage consacrée aux coupures d’eau et d’électricité, Kaïs Saïed a refusé de considérer la multiplication des incidents comme de simples pannes ou des faits isolés.
Selon le communiqué officiel de la présidence, le chef de l’État a affirmé que les enquêtes avaient établi que certaines coupures n’étaient pas dues à des « pannes ordinaires », mais à des « actes de sabotage délibérément planifiés », destinés notamment à attiser les tensions et à priver les citoyens de services essentiels. Il a également évoqué des « ennemis de la patrie » et leurs alliés.
Le contraste avec le communiqué de la Steg publié pour ce vendredi est pour le moins saisissant. D’un côté, le discours politique évoque des coupures préméditées et des actes de sabotage. De l’autre, l’entreprise publique chargée du réseau annonce de nouveaux délestages tournants, justifiés par la situation du réseau et la nécessité de maintenir l’équilibre entre production et consommation.
Entre les deux explications, il y a surtout des millions de consommateurs qui continuent de subir les conséquences.
Le même scénario, encore et encore
Ce n’est d’ailleurs pas la première fois que les Tunisiens se retrouvent face à cette mécanique.
Depuis plusieurs semaines, la STEG multiplie les annonces de coupures tournantes, particulièrement lors des épisodes de forte chaleur. La société explique que le délestage constitue un moyen de soulager le réseau lorsque la demande dépasse les capacités disponibles et d’éviter un effondrement généralisé du système.
Des analyses techniques ont également pointé une fragilité structurelle du système électrique tunisien et une marge de sécurité devenue insuffisante lors des pics de consommation. L’expert énergétique Foued Ali estimait récemment que les délestages ne pouvaient pas être expliqués uniquement par la canicule et mettaient en lumière des difficultés structurelles du système de production.
Le délestage est donc présenté par la Steg comme une mesure de protection : mieux vaut couper certaines zones à tour de rôle que risquer une panne généralisée.
Une explication techniquement compréhensible. Mais qui ne répond pas à une question devenue lancinante pour les citoyens : combien de temps encore ?
« La liste n’est pas définitive » : la phrase qui exaspère
Au-delà de la coupure elle-même, c’est l’incertitude qui alimente désormais l’exaspération. Les communiqués annoncent une plage horaire très large, de 9h à 18h, précisent que les coupures seront intermittentes et préviennent que la liste des zones concernées peut encore évoluer.
Pour les ménages, les commerçants et les entreprises, cela signifie une journée entière à devoir anticiper l’inattendu.
La Steg appelle à prendre les précautions nécessaires et présente ses excuses pour cette mesure « exceptionnelle ». Le problème est que, pour beaucoup de Tunisiens, le caractère exceptionnel de la situation commence sérieusement à perdre son sens.
Et pendant ce temps, le courant saute
La Tunisie se retrouve ainsi face à une situation devenue particulièrement inconfortable. Le pouvoir promet des explications et parle de sabotage, la Steg explique la pression exercée sur le réseau, tandis que les consommateurs, eux, n’ont pas besoin d’explication théorique pour constater la réalité. Ils ont besoin de courant.
Vendredi, ils devront encore s’armer de patience. Mais surtout, garder leurs appareils éteints ou leurs activités en suspens, au cas où. Une chose, au moins, semble désormais certaine, les coupures, elles, continuent.
R.B.H










