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Une femme enceinte de jumeaux tuée à la Cité Ettahrir : le mari placé en détention

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Par Imen Nouira

    Une femme enceinte de jumeaux a été tuée par strangulation à la Cité Ettahrir, à Tunis. Son mari, soupçonné de l’avoir violemment agressée avant de l’étrangler, s’est livré aux autorités. Le parquet du Tribunal de première instance de Tunis a ordonné son placement en détention ainsi qu’une autopsie de la victime, a rapporté Mosaïque FM, vendredi 28 août 2026.

    L’affaire avait été rendue publique quelques jours auparavant par l’association Aswat Nissa et la campagne « Féminicides Tunisie ». Business News en avait fait état mardi 25 août. La victime était enceinte de jumeaux et mère d’un enfant de quatre ans.

    Selon les premiers éléments rapportés vendredi par Mosaïque FM, le suspect, âgé d’une quarantaine d’années, aurait eu un différend familial avec son épouse. La situation aurait dégénéré et l’homme aurait violemment agressé la victime avant de l’étrangler jusqu’à ce qu’elle décède.

    Après les faits, il s’est rendu dans un poste de sécurité et s’est livré aux autorités.

    Une autopsie ordonnée, le mari emprisonné

    Saisi de l’affaire, le ministère public près le Tribunal de première instance de Tunis a ordonné la levée du corps et son transfert aux services de médecine légale afin de déterminer avec précision les causes du décès.

    Le parquet a également ordonné le placement en détention du mari pour les besoins de l’enquête. Les investigations se poursuivent afin d’établir l’ensemble des faits et d’accomplir les procédures judiciaires nécessaires.

    Ces nouveaux éléments judiciaires viennent compléter les premières informations diffusées mardi par Aswat Nissa et « Féminicides Tunisie », qui avaient dénoncé un nouveau féminicide.

    De six à trente féminicides recensés en sept ans

    Mais derrière l’horreur de ce meurtre se dessine une réalité plus inquiétante encore : celle d’un phénomène dont les cas recensés prennent une ampleur préoccupante en Tunisie.

    Les chiffres publiés par Aswat Nissa et « Féminicides Tunisie » sont éloquents. Six féminicides avaient été recensés en 2018. Leur nombre est passé à 25 en 2023, puis à 29 en 2024 et à 30 en 2025. En sept ans, le nombre de cas recensés par les deux organisations a donc été multiplié par cinq.

    La progression ne peut plus être reléguée au rang d’une succession macabre de faits divers. Trente féminicides recensés en 2025 par ces organisations constituent un indicateur suffisamment inquiétant pour que la question soit prise au sérieux par les pouvoirs publics.

    D’autant que, selon Aswat Nissa et « Féminicides Tunisie », la série se poursuit en 2026. Les organisations refusent précisément que chaque nouveau meurtre soit traité comme une affaire isolée, avant de disparaître de l’actualité jusqu’au suivant.

    Réagissant au meurtre de la Cité Ettahrir, Aswat Nissa pose une question aussi simple que brutale : « Qui arrêtera l’hémorragie des féminicides ? »

    Pour l’association, chaque meurtre d’une femme ne constitue pas un « incident isolé », mais révèle les défaillances d’un système de protection qui peine encore à empêcher la répétition de ces crimes. Elle évoque notamment des parcours de violences, de menaces et de mauvais traitements qui peuvent précéder le passage à l’acte meurtrier.

    Combien de victimes avant une réponse à la hauteur ?

    Aswat Nissa et « Féminicides Tunisie » réclament une documentation systématique des féminicides, une protection effective des femmes exposées aux violences, l’accès des victimes à la justice et la lutte contre l’impunité. Elles dénoncent également ce qu’elles qualifient de « silence de l’État » et de « laxisme » dans la protection des femmes victimes de violences.

    Les chiffres imposent, en tout état de cause, de regarder le phénomène en face. Lorsqu’un nombre de cas recensés est multiplié par cinq en sept ans et que de nouveaux meurtres continuent d’être signalés, la réponse ne peut se limiter à l’indignation qui accompagne chaque drame.

    Le meurtre de la Cité Ettahrir est d’autant plus insoutenable que la victime était enceinte de jumeaux et déjà mère d’un enfant de quatre ans. La justice devra désormais établir les faits et les responsabilités dans cette affaire. Mais la question dépasse ce seul dossier judiciaire : combien de femmes devront encore être tuées avant que la progression des féminicides ne soit considérée comme un signal d’alarme exigeant une réponse publique à la hauteur ?

    I.N.

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