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Bouderbala fait la tournée, Ajbouni fait les comptes et Carthage voit le complot

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Par Maya Bouallégui

    Épisode 1 – Bouderbala, festivalier en chef

    Brahim Bouderbala est un homme de terrain. Surtout quand le terrain comporte une scène, des projecteurs et des fauteuils au premier rang.

    Le président de l’Assemblée a eu un mois d’août chargé. Entre le 12 et le 27, il a participé à onze événements publics. Hammamet, Carthage, Radès, Ksar Helal, Sousse, encore Carthage, Sidi Ali Ben Aoun, Sbeïtla, le Bardo, la Médina de Tunis, Grombalia. À ce rythme, on ne sait plus très bien si Brahim Bouderbala assiste aux festivals ou si les festivals accueillent la tournée nationale de Brahim Bouderbala.

    Il ne manque plus que l’affiche, le tourneur et la billetterie.

    Le plus intéressant n’est pourtant pas que le président de l’ARP aime les spectacles. Grand bien lui fasse. C’est qu’il tient à ce que nous le sachions. Les soirées sont photographiées, publiées, racontées. Bouderbala sourit, Bouderbala salue, Bouderbala est au premier rang. Pour un régime où les ministres ont généralement la visibilité d’un figurant coupé au montage, c’est presque révolutionnaire.

    En mars, nous nous interrogions déjà sur « l’appétit de Bouderbala » après son fameux dîner. Nous avions manifestement sous-estimé l’appétit. Culturel, assurément. People, à l’évidence. Politique ? C’est là que le menu devient intéressant.

    Car Brahim Bouderbala n’est pas né de la dernière pluie. Ancien bâtonnier, président du Parlement, il connaît suffisamment la politique pour savoir qu’on ne publie pas onze séries de photos uniquement pour faire plaisir à l’algorithme de Facebook. Prépare-t-il quelque chose ? Travaille-t-il simplement sa popularité ? Regarde-t-il déjà un peu plus loin que le perchoir du Bardo ? Nous n’en savons rien. Et nous n’irons pas jusqu’à prétendre qu’il pense à Carthage tous les matins en se rasant.

    Mais enfin, en politique, quand quelqu’un soigne autant son image, il est permis de regarder le cadre.

    Épisode 2 – On a trouvé le complot, reste à trouver le courant

    Kaïs Saïed n’aime pas les communiqués. Il l’a annoncé cette semaine dans un communiqué.

    Le président préfère les actes. Ceux-ci seront annoncés plus tard. Dans un autre communiqué, probablement.

    Celui de jeudi nous apprend déjà quelque chose d’important : les coupures d’eau et d’électricité qui empoisonnent l’été des Tunisiens ne seraient pas seulement dues à des réseaux fragiles, à une production insuffisante ou à des équipements vieillissants. Des enquêtes auraient établi l’existence d’« actes prémédités » destinés à maltraiter les citoyens et à semer le désordre.

    Voilà qui est grave.

    On aimerait donc connaître les résultats de ces enquêtes. Où les sabotages ont-ils eu lieu ? Quand ? Comment ? Qui sont les saboteurs ? Ont-ils été arrêtés ? Poursuivis ?

    Carthage ne le dit pas. Les enquêtes ont prouvé, mais les preuves restent pudiques. L’ennemi est démasqué, mais son masque reste en place.

    La Steg, elle, est beaucoup moins mystérieuse. Elle annonce à l’avance certains délestages et explique qu’ils sont nécessaires lorsque la consommation dépasse les capacités disponibles. Son PDG avait même donné les chiffres : près de 5.000 mégawatts consommés aux heures de pointe et une demande supérieure d’environ 30 % à la normale.

    C’est embêtant, les chiffres. Ils manquent terriblement d’imagination.

    Ils disent aussi que les investissements de la Steg dans les moyens de production sont passés de 1,947 milliard de dinars entre 2016 et 2020 à 248 millions entre 2021 et 2025. Une chute de 87 %. Pendant ce temps, quelque 870 MW de projets attendent depuis 2018 l’accord du ministère de l’Énergie.

    Il y a donc peut-être des saboteurs. Si Carthage possède des preuves, qu’on les arrête et qu’on les juge.

    Cela réglera le problème des saboteurs.

    Pas celui de l’électricité.

    Car même si l’on arrêtait demain tous les comploteurs de la République, il resterait un détail fâcheux : aucun d’entre eux ne produit de mégawatts. On peut mettre un comploteur en prison ; on ne peut pas le brancher sur le réseau.

    Et pendant qu’on cherche l’ennemi, les centrales vieillissent, les projets attendent et le ministère de l’Énergie n’a toujours pas de ministre de plein exercice.

    Kaïs Saïed a pourtant raison sur un point : les Tunisiens n’ont plus besoin de communiqués. Ils ont besoin d’actes. Pour une fois, appliquons le communiqué.

    Épisode 3 – 25 milliards : la dette est là, le reste se cherche

    Hichem Ajbouni cherche 25 milliards de dinars. Qu’on le rassure : ils ne sont pas perdus. L’État sait certainement où ils sont passés. Ce sont les Tunisiens qui aimeraient le savoir.

    Selon l’ancien député, devenu secrétaire général d’Attayar, l’État a emprunté cette somme à la Banque centrale au cours des trois dernières années. Vingt-cinq milliards. Écrit avec tous ses zéros, ça donne 25.000.000.000 de dinars. À ce niveau-là, on s’attend tout de même à remarquer quelque chose.

    Ajbouni a donc regardé autour de lui.

    L’eau ? Ça coupe.

    L’électricité ? Ça coupe aussi.

    Les hôpitaux ? Ils manquent de médicaments et leurs équipements vieillissent.

    Les écoles et les lycées ? Ils se dégradent.

    Les infrastructures ? Elles auraient bien besoin de quelques-uns de ces milliards.

    En revanche, il existe quelque chose qui se porte remarquablement bien : la dette qui permettra de les rembourser.

    Hier encore, Carthage nous expliquait que des individus mal intentionnés s’acharnaient sur l’eau et l’électricité. Peut-être. Mais il serait tout de même intéressant de savoir ce que les individus bien intentionnés ont fait, eux, avec 25 milliards de dinars.

    Ajbouni pose d’autant plus volontiers la question que Kaïs Saïed l’a posée avant lui. Le président a beaucoup parlé des emprunts de la fameuse « décennie noire ». Il a ordonné un audit pour savoir où était passé l’argent emprunté par ses prédécesseurs et régulièrement évoqué des fonds dont la destination aurait été détournée.

    L’idée était excellente.

    Tellement excellente qu’Ajbouni propose aujourd’hui de l’appliquer aux emprunts contractés sous Kaïs Saïed.

    Il ne dit d’ailleurs pas que les 25 milliards ont été volés. Il demande ce qu’ils ont financé.

    La nuance est importante.

    L’argent public peut parfaitement ne pas disparaître et réussir néanmoins cette prouesse extraordinaire : être dépensé sans que le citoyen voie sa vie s’améliorer.

    C’est même beaucoup plus simple qu’un détournement.

    Pas besoin de valise.

    Pas besoin de compte en Suisse.

    Pas besoin de mystérieux intermédiaire.

    Il suffit d’emprunter, de dépenser, puis de continuer à manquer d’eau, d’électricité, de médicaments et d’équipements publics.

    Reste donc la question d’Ajbouni : qu’avons-nous acheté avec ces 25 milliards ?

    Nous n’avons pas encore la réponse.

    Mais la facture, rassurez-vous, arrivera bien.

    Et celle-là, personne ne se demandera où elle est passée.

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    4 commentaires

    1. Fares

      Répondre
      30 août 2026 | 12h16

      La zakafounite et la clochardisation des tunisiens

      Hannibal,

      Ce qui est plus dévastateur que ces neurones made in Moncef Bey qui équipent les cerveaux de ceux qui sont au sommet d’une roue en équilibre instable que la moindre brise fera rompre. Ce qui est plus grave est cette maladie virale qui a touché les cerveaux des tunisiens, la zakafounite. Cette maladie empêche ses victimes de se rendre compte qu’ils patogent dans la crasse.

      En parlant de tunisiens, permettez-moi de vous décrire ce clochard qui a commencé à faire la manche à un feu rouge du quartier. Barbe sale, t-shirt blanc avec des tâches jaunâtres suspectes au dos, un pantalon poussiéreux et troué et des sandales au pieds. Un gobelet à la main ce clochard quémande auprès des automobilistes à l’arret. Il se fait rejeter 99 fois sur 100, mais il continue quand même. Cet individu n’est pas née clochard, il avait sans doute un travail, une femme et des enfants, mais il a entamé une descente aux enfers son se rendre compte parce qu’il aime trop le jus de raisain. Il est devenu un sauvage, il a perdu tout amour propre, toute dignité, tout semblant d’humanité.

      La trajectoire de cette décente aux enfers et une fonction continue et derivable. On descend par petit pas, on s’enlise dans la misère sans se rendre compte. La fonction est bien lisse, pas de changement brusque. Ce clochard m’a fait penser hier à tous ces tunisiens qui se clochardisent au fil des mois et des saisons qui passent. Il ne s’agit point de résilience. Nos compatriotes sont bien victimes de la zakafounite. Des zakafounistes heureux.

    2. Hannibal

      Répondre
      30 août 2026 | 5h27

      Le prix du neurone a flambé à la bourse des neurones. Il fallait bien dépenser 25 milliards pour équiper ceux qui en manque terriblement.
      Malheureusement, les neurones qui sont sur le marché ne sont pas tous de vrais neurones. Chaque faux neurone produit une aberration, telle que dire qu’il y a des comploteurs sans donner la moindre preuve, ou ne pas créer des moyens de production d’électricité pour une consommation en augmentation prévue, ou oublier son rôle de contrôle de l’exécutif et s’amuser dans les festivals pour défendre une image qui n’existe pas, etc.
      Les recherches actuelles s’orientent vers un constat sans en trouver l’explication. Il n’y aurait pas de faux neurones. Ils subissent des détériorations dans certains cerveaux.
      Le chercheur qui trouvera l’explication de ces détérioration obtiendra le prix Nobel de la médecine.

    3. Gg

      Répondre
      29 août 2026 | 18h47

      Ça pique!
      Tout cela est fort nien balancé !

    4. Fares

      Répondre
      29 août 2026 | 18h42

      Peuple a soif…Barhouma festoie

      Je ne blaire point ce mec depuis qu’il a traité les 92% des tunisiennes et tunisiens qui n’ont pas voté au premier tour des élections législatives de traîtres. Il a dû se raser la moustache accidentellement un matin, perdu dans ses rêveries cartaginoises.

      Je pense que BB est le meilleur successeur du locataire actuel de Carthage, le meilleur selon tous ceux qui veulent détruire le pays. Nous avons cru avoir le summum de l’opportunisme et de la bacesse en Tunisie, mais BB pourrait nous surprendre. Ce renard peut jouer يكور de 1000 comme Kais Saied. Ce dernier est fatigué, ses discours sont usés et contradictoires et en passant مبروك pour la nouvelle BMW de fiston.

      Le peuple a soif et tâtonne dans l’obscurité pendant que d’autres baignent dans une luxure indécente.

      La relation entre BB et le locataire de Carthage est du genre: je t’aime, moi non plus et les coups en bas de la ceinture ne tarderont pas à venir

      Jane Berkin – Gainsbour – Je t’aime, moi non plus https://youtu.be/MQMfnpbL1OM?si=SKyv8cByP9YZnXJO

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