Le gymnaste Ahmed Abidi est sorti du silence, lundi 31 août 2026, quelques heures après l’annonce de son départ de la délégation tunisienne participant aux Jeux méditerranéens de Tarente, en Italie. Dans un long message publié sur les réseaux sociaux, le sportif a expliqué sa décision par les difficultés matérielles auxquelles il dit avoir été confronté et par un manque de soutien durant son parcours.
« Je ne veux pas que les gens me voient seulement comme un joueur qui a quitté la délégation. Je veux qu’ils sachent ce que j’ai vécu et ce qui m’a conduit à cette décision », a-t-il écrit.
Le gymnaste affirme avoir sacrifié ses études et une partie de sa vie personnelle pour se consacrer entièrement au sport et représenter la Tunisie. Un engagement qui, assure-t-il, n’aurait pas été accompagné d’une prise en charge suffisante.
Ahmed Abidi explique avoir dû assumer seul certaines de ses dépenses alors qu’il était entièrement consacré à sa carrière sportive et ne disposait pas d’une autre source de revenus.
La situation serait même devenue particulièrement précaire sur le plan du logement. « Je suis arrivé à un stade où je n’avais même plus de logement stable », affirme-t-il. Faute de pouvoir disposer de quoi payer régulièrement son loyer, il dit avoir été contraint de se faire héberger par des amis.
Le sportif décrit ainsi le quotidien d’un athlète devant continuer à s’entraîner et à préparer des compétitions tout en se demandant où il allait pouvoir vivre et comment subvenir à ses besoins les plus élémentaires.
Ahmed Abidi insiste toutefois sur le fait que son message ne vise pas à attaquer des personnes en particulier ni à se présenter comme une victime. Il dit vouloir attirer l’attention sur les conditions dans lesquelles certains sportifs peuvent être amenés à évoluer.
« Le sportif n’est pas une machine à médailles. C’est aussi un être humain », écrit-il, réclamant un soutien matériel et moral, un encadrement et une prise en charge permettant aux athlètes de se consacrer à leur discipline.
Il invite ainsi à dépasser la seule question de son départ. « Si aujourd’hui les gens demandent : “Pourquoi Ahmed est parti ?”, je voudrais que la question soit plus profonde : “Qu’a vécu Ahmed avant de prendre cette décision ?” », poursuit-il.
Le gymnaste assure enfin rester attaché à son pays. « J’aime toujours la Tunisie et je suis toujours fier de l’avoir représentée », écrit-il, regrettant cependant de ne pas avoir reçu, à ses yeux, un soutien à la hauteur de son engagement.

Quatrième départ en quelques jours
La prise de parole d’Ahmed Abidi intervient quelques heures après que la Télévision nationale a rapporté son départ de la résidence de la délégation tunisienne au village méditerranéen. Le gymnaste aurait quitté les lieux dimanche sans y revenir. Il devait participer lundi, à partir de 13 heures, aux qualifications de gymnastique artistique.
Son cas porte à quatre le nombre de sportifs tunisiens ayant quitté leur délégation au cours de cette édition des Jeux méditerranéens.
La lutteuse Chahd Jeljeli, âgée de 20 ans, avait été la première à disparaître après sa participation à la compétition. Des informations avaient ensuite fait état de son départ vers la France.
Le joueur de pétanque Mohamed Amine Saïdi avait, à son tour, disparu à l’aéroport de Rome alors que sa délégation s’apprêtait à rentrer en Tunisie. Malgré les recherches effectuées sur place et le recours aux services de sécurité de l’aéroport, il n’avait pas été retrouvé avant le départ de ses coéquipiers.
Puis, l’haltérophile Mohamed Amine Bouhajba avait disparu au même aéroport, quelques minutes avant le décollage d’un vol à destination de Tarente. Son absence avait été découverte après que l’équipage eut signalé qu’un siège attribué à un passager enregistré était resté vacant.
Avec Ahmed Abidi, ce sont donc quatre sportifs tunisiens qui ont quitté leur délégation en l’espace de quelques jours. Quatre départs qui ne peuvent plus être balayés comme de simples incidents isolés. Derrière ces sportifs qui choisissent de partir se dessine une même réalité qu’ils décrivent eux mêmes, celle de la précarité et du manque de perspectives, au point que représenter son pays au plus haut niveau ne suffit parfois même plus à garantir des conditions de vie décentes. Lorsque des athlètes qui portent les couleurs nationales en viennent à profiter d’une compétition internationale pour chercher ailleurs une vie meilleure, la question n’est plus seulement de savoir pourquoi ils sont partis. Il faut surtout se demander ce qui a été fait pour qu’ils aient encore envie de rester.
M.B.Z













3 commentaires
Roberto Di Camerino
Tunisie un Pays que les jeunes revent de quitter.
Merci Mr. Le president.
Ahmed Anizi
Quelle honte ! Que la jeunesse tunisienne ait perdu toute confiance en un système economique à bout de souffle , est le signe ultime de la décomposition de ce dernier. La vraie richesse d’un jeune, c’est sa jeunesse même – le temps de tenter, de tomber, et d’apprendre de ses chutes. Pourtant, dans un édifice économique verrouillé par un féodalisme d’un autre âge, où quelques familles captent les 3/4 de la richesse nationale depuis des lustres, on ne demande plus au jeune de s’engager dans une formation pour créer sa PME ou sa start-up. Or, les besoins de notre administration en plateformes numériques et en applications agentiques sont criants. Qu’attendent donc nos décideurs ? Hélas, avec 95 % de députés issus des filières littéraires et du barreau, on ne peut espérer récolter du miel d’un frelon.
HatemC
Personne ne te jugera … tu as bien fait et tu n’es pas le seul a vouloir quitter ce pays qui n’offre aucunavenir à sa jeunesse et a plus forte raison les sportifs de haut niveau qui lève haut l’etendard du pays sans aucun retour ni reconnaissance …
Dans plusieurs disciplines, les athlètes doivent autofinancer une partie majeure de leurs équipements, soins médicaux, compléments alimentaires ou stages de préparation à l’étranger.
Le sentiment d’abandon … Quand la reconnaissance reste purement verbale sans soutien financier, médical et logistique structuré, les athlètes se retrouvent coincés entre le devoir patriotique de représenter le drapeau et la nécessité matérielle de survivre et de progresser.
Reconnaître le sport d’élite comme un investissement stratégique d’État (diplomatie sportive) et non comme une charge budgétaire secondaire.
Restes y à l’etranger et vit de ta passion … tu n’as aucun avenir en Tunisie …
En Tunisie l’argent alloué aux sportifs est vampirisé .. tous les athlètes Tunisiens se sont plaint de leur fédération … Ahled Abidi n’est pas un cas isolé … Ons Jabeur, les naguers tunieins, les althérophles les boxeurs les tennisman et women etc … seul le foot sort son épingle du jeux pour l’elite CA EST Etoile CSS ….
L’État devrait massivement investir dans les infrastructures de proximité (salles, terrains, pistes) et structuré la formation des entraîneurs dans toutes les régions avec l’aide des grandes entreprises