La Société nationale d’exploitation et de distribution des eaux (Sonede) assure que l’eau du robinet distribuée en Tunisie est potable, désinfectée et conforme aux normes tunisiennes. Dans plusieurs vidéos publiées lundi 31 août 2026, des techniciens, ingénieurs et responsables de laboratoire de la société ont détaillé les étapes de traitement et les contrôles effectués avant la distribution.
Cette communication intervient alors que la confiance des consommateurs dans l’eau du réseau s’est fortement dégradée, notamment après les perturbations et coupures d’eau enregistrées ces dernières semaines dans plusieurs régions.
À la remise en service du réseau, des citoyens ont signalé une eau parfois trouble ou jaunâtre, ainsi que des changements momentanés de goût ou d’odeur. Les interrogations portent également sur l’état des canalisations et sur les différences de qualité perçues selon les régions.
La pénurie d’eau minérale observée cet été a également illustré cette défiance. Alors que l’eau du réseau restait disponible dans de nombreux foyers, des consommateurs ont attendu parfois longuement pour s’approvisionner en bouteilles, dans un contexte marqué par de fortes chaleurs et des tensions sur les stocks.
Ces comportements ne permettent pas, à eux seuls, de conclure à un problème de potabilité de l’eau distribuée par la Sonede. Ils témoignent toutefois d’une perte de confiance que la société cherche désormais à combattre par une communication directe sur ses procédés de traitement et de contrôle.
« Vous n’avez pas besoin de faire bouillir l’eau »
À la station de Ghdir El Golla, qui approvisionne notamment le Grand Tunis, les experts de la Sonede ont présenté le parcours de l’eau avant son arrivée chez le consommateur.
L’eau brute passe par plusieurs étapes : pré-désinfection, coagulation, floculation, décantation, filtration sur sable puis désinfection finale. Des contrôles sont effectués tout au long du processus, depuis l’eau brute jusqu’à l’eau distribuée.
Aïda Bouziri, cheffe du service des analyses physico-chimiques au laboratoire central du complexe de Ghdir El Golla, explique que l’eau fait notamment l’objet de plusieurs opérations de désinfection afin de garantir sa qualité bactériologique.
Elle revient également sur la présence de chlore dans l’eau. Une odeur de chlore ou d’eau de Javel ne signifie pas, selon ses explications, que l’eau est impropre à la consommation. Elle indique au contraire que la désinfection est maintenue jusqu’au consommateur.
« Vous n’avez pas besoin de faire bouillir l’eau. L’eau est désinfectée », affirme-t-elle.
La responsable assure par ailleurs que les employés de la Sonede et leurs familles consomment eux-mêmes l’eau distribuée par la société.
Selon la Sonede, l’eau produite dans ses stations du Nord, du Centre et du Sud est conforme à la norme tunisienne NT 09.14, version 2013, élaborée à partir des références de l’Organisation mondiale de la santé.
Une eau trouble après une coupure ?
La Sonede n’ignore cependant pas un phénomène que de nombreux consommateurs constatent : après une coupure ou une intervention sur le réseau, l’eau qui revient au robinet peut présenter momentanément un aspect, une odeur ou un goût inhabituels.
Aïda Bouziri reconnaît que les caractéristiques organoleptiques de l’eau peuvent être modifiées lors de travaux ou de perturbations sur le réseau de distribution. Dans ces situations, elle recommande d’attendre et de laisser couler l’eau le temps que le réseau soit purgé.
Une eau blanchâtre peut également apparaître. Là encore, la responsable conseille de patienter avant de la consommer.
Ces épisodes sont précisément l’une des sources de la méfiance actuelle. Les coupures et perturbations d’approvisionnement ont été nombreuses cet été, et lorsqu’une eau trouble, colorée ou chargée apparaît au robinet après plusieurs heures de coupure, les explications techniques ne suffisent pas toujours à dissiper immédiatement les interrogations des consommateurs.
Houcine Rhili : sûre sur le plan bactériologique, mais le réseau pose question
Quelques jours auparavant, vendredi 28 août, l’expert en développement et gestion des ressources hydriques Houcine Rhili avait été interrogé sur la même question sur Express FM.
Sur la potabilité bactériologique, son constat rejoint celui de la Sonede.
« Il faut être clairs : sur le plan bactériologique, l’eau du robinet de la Sonede est conforme aux normes tunisiennes », avait-il affirmé, ajoutant qu’elle ne présentait pas de risque sanitaire direct.
Il avait cependant apporté plusieurs nuances concernant sa composition et sa qualité selon les régions. Salinité, bicarbonates et caractéristiques de l’eau varient en fonction de la ressource utilisée. L’eau distribuée dans le Grand Tunis et certaines zones alimentées depuis Ghdir El Golla ne présente ainsi pas nécessairement les mêmes caractéristiques que celle provenant de nappes souterraines dans certaines régions du Centre ou du Sud.
Mais Houcine Rhili avait surtout attiré l’attention sur ce qui se passe après le traitement.
À ses yeux, une distinction doit être faite entre l’eau qui quitte une station comme Ghdir El Golla, qu’il juge de bonne qualité, et son parcours dans les canalisations jusqu’au robinet. Il avait ainsi pointé le vieillissement d’une partie du réseau et l’insuffisance des investissements consentis durant plusieurs décennies.
La Sonede reconnaît elle-même des réseaux vétustes
Les propres documents de la Sonede montrent que l’état des infrastructures constitue effectivement un enjeu.
Dans son Cadre de gestion environnementale et sociale du programme RESEau, publié en janvier 2026, la société fait état, pour les réseaux de distribution de Sfax, Kébili et Tozeur, d’un taux d’eau non facturée estimé à 31% en 2024. Le programme prévoit notamment la détection des fuites, la sectorisation du réseau ainsi que la réhabilitation ou le remplacement de conduites, branchements et compteurs.
À Sfax, le document mentionne notamment des conduites « vétustes », certaines installées dans la Médina depuis les années 1960. Quinze à vingt kilomètres de réseau doivent également être remplacés dans le district de Sfax-ville. À Tozeur, Nefta et Dgueche, près de trente kilomètres doivent être rénovés ou recalibrés.
La Sonede tente ainsi de répondre à une défiance qui ne date pas de cet été, mais que les événements des dernières semaines ont rendue particulièrement visible. La Sonede maintient que l’eau distribuée est contrôlée, désinfectée et conforme aux normes. Houcine Rhili confirme de son côté sa conformité bactériologique, tout en attirant l’attention sur les différences de composition selon les régions et sur l’état des réseaux. Quant aux propres documents de la Sonede, ils montrent que la rénovation des infrastructures et la réduction des pertes constituent des chantiers importants.
M.B.Z











