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Nabila Miladi : le coût d’un enfant en jardin d’enfants dépasse 470 dinars par mois

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Par Imen Nouira

    Combien coûte réellement la prise en charge d’un enfant dans un jardin d’enfants en Tunisie ? Alors que les tarifs constituent une charge importante pour les familles, Nabila Miladi, présidente du groupement professionnel des crèches et jardins d’enfants, affilié à la Confédération des entreprises citoyennes de Tunisie (Conect), affirme qu’un précédent calcul réalisé par des professionnels avait évalué ce coût à plus de 470 dinars par enfant et par mois. Derrière ce montant se dessine un secteur pris en étau entre hausse des charges, activité largement concentrée sur dix mois et recours massif au crédit.

    Nabila Miladi est intervenue, mardi 1er septembre 2026, au micro d’Oussama Souiai dans l’émission Echerâa Ettounsi sur Express FM, à l’occasion de la rentrée 2026-2027, pour revenir sur les difficultés auxquelles font face les crèches et jardins d’enfants et, surtout, sur une question particulièrement sensible pour les parents : celle des tarifs.

    Face à l’idée selon laquelle les jardins d’enfants constitueraient des activités particulièrement rentables, Mme Miladi oppose les coûts réels de fonctionnement des établissements. Elle rappelle qu’un précédent travail réalisé par un groupe de professionnels à Sfax avait évalué à plus de 470 dinars par mois le coût de la prise en charge d’un enfant, dans des conditions qu’elle qualifie de normales, notamment hors loyers exceptionnellement élevés.

    Le groupement travaille actuellement à une nouvelle étude destinée à déterminer plus précisément ce que coûte aujourd’hui la prise en charge d’un enfant. Celle-ci n’est toutefois pas encore finalisée.

    Mme Miladi ne cherche pas pour autant à nier la vocation commerciale de ces établissements. Elle assume qu’un projet privé doit pouvoir dégager un bénéfice. Pour elle, une personne qui investit dans un établissement doit légitimement pouvoir en tirer un revenu, mais aussi assurer la pérennité de son activité. Elle rejette toutefois l’idée selon laquelle cette rentabilité signifierait nécessairement des marges excessives.

    Elle reconnaît également aux parents le droit de s’interroger sur les montants qui leur sont demandés. Une interrogation d’autant plus compréhensible que les mensualités peuvent représenter une dépense conséquente dans le budget familial.

    Pourquoi les tarifs peuvent-ils autant varier ?

    Pour Nabila Miladi, il n’existe pas de tarif pouvant être appliqué uniformément à l’ensemble des jardins d’enfants. Les réalités économiques peuvent changer d’un gouvernorat à l’autre, mais aussi d’un quartier ou même d’une rue à l’autre.

    Loyer, charges fixes, personnel, qualité de l’encadrement, prestations proposées ou encore équipements : chaque établissement supporte une structure de coûts différente. Il revient donc, selon elle, à chaque responsable d’évaluer ses dépenses, les services qu’il souhaite assurer et les recettes nécessaires à la continuité de son activité avant de déterminer sa mensualité.

    Les écarts observés sur le marché peuvent ainsi être considérables. Mme Miladi évoque des établissements pratiquant des mensualités très élevées, mais également des jardins d’enfants, notamment dans certaines régions éloignées, demandant autour de cinquante dinars par mois.

    Dans ce dernier cas, elle s’interroge ouvertement sur ce qu’un établissement peut réellement offrir avec un tel niveau de recettes. Elle rappelle notamment que la capacité d’accueil est limitée et prend l’exemple d’une structure accueillant entre quinze et vingt enfants : avec une mensualité de cinquante dinars, les recettes deviennent rapidement insuffisantes dès lors qu’il faut supporter un local, du personnel et les différentes charges de fonctionnement.

    Elle appelle d’ailleurs l’État à s’intéresser également à cette réalité. La question, dans son raisonnement, ne se résume donc pas aux établissements affichant les tarifs les plus élevés : des prix extrêmement bas peuvent, eux aussi, poser la question de la viabilité économique de la structure et de la qualité de la prise en charge.

    La responsable professionnelle estime ainsi que le prix doit être apprécié en fonction du service proposé. Elle conseille aux parents de se renseigner sur les tarifs avant d’inscrire leur enfant et de choisir un établissement correspondant à leurs moyens, plutôt que de considérer qu’une même mensualité devrait s’imposer partout.

    Mais pour comprendre les prix, insiste-t-elle, il faut aussi regarder ce qui se passe lorsque les établissements n’accueillent quasiment plus d’enfants.

    Les structures doivent supporter des dépenses pendant douze mois alors que leur activité effective ne dépasse généralement pas dix mois. La période allant de septembre à juin constitue l’essentiel de l’année, avec, de surcroît, des inscriptions qui peuvent désormais être décalées jusqu’en octobre.

    Durant l’été, l’activité devient marginale. Mme Miladi estime que seuls 3% à 4% des établissements continuent à fonctionner, principalement dans les grandes villes où existe un besoin de garde pour les parents qui travaillent pendant cette période.

    Pour la majorité des structures, les mois d’été signifient donc une chute des recettes alors que les dépenses, elles, restent bien présentes. Les enfants peuvent partir en vacances, les factures, elles, ne prennent pas de congé.

    Loyers, cotisations sociales, obligations fiscales, eau et électricité continuent à courir. À ces charges fixes s’ajoutent les dépenses nécessaires pour préparer la rentrée. Les établissements profitent généralement de l’été pour entretenir leurs locaux, refaire des peintures, effectuer des travaux de menuiserie, réparer ce qui doit l’être ou apporter des améliorations avant le retour des enfants.

    Or, ces dépenses interviennent dans un contexte où les coûts augmentent. Mme Miladi cite notamment les fournitures, dont les prix sont devenus suffisamment élevés pour que certains établissements retardent leurs achats, mais également la main-d’œuvre et les factures d’électricité.

    Elle évoque aussi les conséquences des coupures et perturbations électriques enregistrées durant l’été. Réfrigérateurs, climatiseurs ou ordinateurs auraient, selon elle, été endommagés dans certains établissements à la suite de coupures successives. Des équipements qu’il faut ensuite réparer ou remplacer, ajoutant une charge supplémentaire à une période déjà financièrement difficile.

    À cela s’ajoute la nécessité de maintenir et de motiver le personnel et de préparer une nouvelle année avec des locaux et des équipements adaptés à l’accueil des enfants.

    C’est dans ce contexte que Mme Miladi avance un autre chiffre particulièrement révélateur de la situation financière du secteur : plus de 70% des jardins d’enfants seraient contraints de recourir au crédit pendant l’été.

    Selon elle, ces emprunts servent notamment à payer les loyers, les cotisations et obligations fiscales, les factures d’eau et d’électricité, mais également à entretenir les établissements et à financer les dépenses nécessaires à la rentrée.

    Cette démonstration sur les coûts conduit Mme Miladi à établir une comparaison avec le secteur public. Citant une étude dont elle n’a pas précisé les références durant l’émission, elle affirme que la prise en charge d’un enfant dans un jardin d’enfants public coûterait plus de mille dinars par mois à l’État, une donnée qu’il n’a pas été possible de vérifier à partir des seuls éléments fournis durant l’entretien.

    La responsable professionnelle s’appuie sur cette comparaison pour contester l’idée selon laquelle le coût de la petite enfance serait, par nature, excessif dans le privé.

    93% des jardins d’enfants privés, mais un dialogue qui peine à s’installer

    Au-delà des difficultés économiques, Nabila Miladi dénonce un problème qui revient à plusieurs reprises dans son intervention : le manque de dialogue avec les pouvoirs publics.

    Elle affirme que les professionnels ont multiplié les propositions et les demandes de rencontre avec leur ministère de tutelle, sans parvenir, selon elle, à installer la concertation qu’ils réclament.

    L’objectif serait notamment de dresser une véritable évaluation de la situation du secteur, mais également d’examiner les réglementations adoptées et leur application concrète. Pour Mme Miladi, une mesure peut sembler pertinente sur le papier sans nécessairement répondre aux réalités rencontrées quotidiennement par les professionnels.

    La question prend une dimension particulière au regard du poids du privé dans la prise en charge de la petite enfance. Selon les chiffres avancés par la responsable, 93% des jardins d’enfants sont privés, tandis que la quasi-totalité des crèches relèverait également du secteur privé.

    Dans ces conditions, Mme Miladi refuse que le privé soit considéré comme un simple opérateur venant compléter l’action publique et le qualifie de « partenaire structurant », qui devrait être associé aux discussions concernant l’organisation et l’avenir du secteur.

    « Il faut qu’ils nous écoutent », insiste-t-elle, estimant que professionnels et ministère doivent pouvoir travailler ensemble pour trouver des solutions aux difficultés rencontrées et, surtout, garantir une meilleure prise en charge des enfants.

    Cette prise en charge constitue d’ailleurs l’autre grand volet de son intervention. Pour Mme Miladi, la question de la qualité est parfois mal posée.

    Elle met notamment en garde contre une conception qui réduirait la qualité d’un jardin d’enfants à son apparence, à sa décoration ou à ce qu’il montre sur les réseaux sociaux. Une profusion de couleurs, de décors et de publications ne constitue pas, à ses yeux, une garantie de qualité pédagogique.

    Elle critique également cette tendance à voir les éducatrices passer une partie importante de leur temps à produire des images destinées aux réseaux sociaux. L’essentiel, selon elle, doit rester l’interaction avec les enfants.

    La qualité repose d’abord, insiste-t-elle, sur la compétence des éducatrices, leurs techniques d’animation et leur capacité à comprendre les besoins propres à chaque enfant. Elle cite notamment les dimensions psychologiques, affectives et cognitives et rappelle qu’un enfant ne peut pas nécessairement être traité exactement de la même manière qu’un autre.

    La décoration a évidemment sa place, mais elle ne doit pas devenir une fin en soi. Mme Miladi défend plutôt des espaces qui évoluent progressivement avec le travail des enfants, leurs productions venant elles-mêmes enrichir l’environnement dans lequel ils passent leurs journées.

    La responsable aborde également les activités et clubs supplémentaires proposés par certains établissements, qui peuvent parfois générer des dépenses additionnelles pour les parents. Elle considère leur existence légitime lorsqu’ils correspondent à une véritable prestation et que les conditions sont clairement expliquées aux familles.

    Elle distingue toutefois les activités relevant normalement du travail des éducatrices de celles nécessitant des compétences particulières. Pour des disciplines comme la musique ou certaines activités artistiques, le recours à un intervenant spécialisé peut ainsi se justifier, à condition que celui-ci dispose des qualifications requises.

    De la même manière, certaines dépenses liées à des événements organisés pendant l’année peuvent être anticipées et expliquées aux parents dès le départ afin d’éviter qu’elles n’apparaissent comme des frais imprévus.

    Mme Miladi adresse enfin un conseil aux familles à l’approche de la rentrée. Le choix d’une crèche ou d’un jardin d’enfants ne devrait, selon elle, être dicté ni uniquement par le prix, ni par le fait que d’autres parents ont choisi le même établissement.

    Elle invite les parents à visiter les structures, à échanger avec les équipes et à retenir celle dans laquelle ils se sentent en confiance. Cette confiance est, selon elle, essentielle : l’inquiétude du parent peut se transmettre à l’enfant comme au personnel.

    Elle appelle également à laisser aux enfants le temps de s’adapter. Les pleurs des premiers jours ne doivent pas conduire immédiatement à condamner un établissement ou à multiplier les changements. L’intégration doit se faire progressivement.

    Entre des familles qui comptent chaque dinar au moment de la rentrée et des professionnels qui affirment devoir emprunter pour passer l’été, le débat sur les tarifs dépasse donc largement la seule question de la mensualité. Il renvoie à un modèle de la petite enfance qui doit encore parvenir à concilier accessibilité pour les parents, viabilité économique des établissements et qualité de la prise en charge des enfants.

    I.N.

    *Photo d’illustration

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