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Nabil Hajji : la Tunisie fonctionne comme si elle était livrée à elle-même  

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Par Nadya Jennene

    Invité mardi 1er septembre 2026 sur les ondes d’Express FM au micro de Walid Ben Rhouma, l’ancien secrétaire général d’Attayar Nabil Hajji a livré une lecture particulièrement critique de la situation en Tunisie, dressant le tableau d’un pays confronté à une accumulation de pénuries, de dysfonctionnements et de crises sectorielles. Pour lui, derrière les difficultés rencontrées dans l’eau, l’électricité, les médicaments, les transports ou encore les services publics, se dessine surtout un même problème : l’absence de politiques publiques capables d’anticiper les crises.

    « Le Tunisien passe deux heures le matin à chercher de l’eau », a-t-il notamment relevé, décrivant les files d’attente, la chaleur et les tensions qui accompagnent désormais l’accès à certains produits de première nécessité.

    Évoquant la situation hydrique et les difficultés d’approvisionnement en eau minérale, il a rejeté l’idée selon laquelle les pénuries seraient uniquement le résultat de circonstances exceptionnelles ou de phénomènes ponctuels.

    Il s’est également étonné du contraste entre les déclarations officielles affirmant que l’eau est disponible et la réalité observée sur le terrain, évoquant notamment l’absence de bouteilles d’eau dans plusieurs commerces.

    Selon lui, la multiplication de ces situations traduit un « échec général » des politiques publiques. L’eau n’est, à ses yeux, qu’un symptôme parmi d’autres : médicaments, électricité, transports, hôpitaux, justice et éducation connaissent eux aussi des difficultés.

    Les crises, a-t-il souligné, ne sont pas imprévisibles. Certaines sont même saisonnières ou identifiables suffisamment à l’avance pour permettre aux pouvoirs publics de s’y préparer. Le problème réside surtout, à son sens, dans l’absence d’anticipation. 

    Il a ajouté que le citoyen tunisien devrait pouvoir se concentrer sur des préoccupations ordinaires — sa santé, l’éducation de ses enfants, son emploi, son pouvoir d’achat — plutôt que de consacrer une partie de sa journée à chercher de l’eau, du sucre, du riz ou un médicament.

    Nabil Hajji s’est aussi longuement attardé sur la crise énergétique et les coupures d’électricité qui ont marqué l’été.

    Selon lui, les difficultés actuelles n’ont rien d’une surprise. Il a affirmé avoir, avec d’autres intervenants, alerté dès avril sur les risques auxquels la Tunisie serait confrontée durant l’été, notamment en matière d’électricité et d’approvisionnement en carburant.

    Il a également mis en garde contre une vision qu’il juge simpliste des énergies renouvelables. Le développement du solaire, a-t-il expliqué, ne peut pas être considéré comme une solution instantanée aux déficits de production. En raison de l’intermittence de la production photovoltaïque, notamment la nuit, des capacités de production conventionnelles ou des solutions de stockage restent nécessaires.

    À ses yeux, la Tunisie souffre surtout d’un déficit d’investissement dans ses capacités de production électrique. Il a relevé, dans ce sens, que la demande continue d’augmenter alors que les capacités de production n’ont pas suivi au même rythme.

    Il a insisté également sur le fait que la Steg avait elle-même alerté à plusieurs reprises sur l’écart croissant entre la demande et l’offre d’électricité.

    Face à cette accumulation de difficultés, Nabil Hajji a décrit une situation dans laquelle chaque crise semble être traitée séparément, sans véritable stratégie d’ensemble.  « La Tunisie fonctionne comme si elle était livrée à elle-même », a-t-il avancé. 

    Pour lui, lorsqu’un problème apparaît, les pouvoirs publics cherchent une solution dans l’urgence, au lieu d’avoir préparé des réponses en amont.

    Nabil Hajji s’est également montré très critique à l’égard de l’argument régulièrement avancé par les autorités ou leurs soutiens pour expliquer certaines pénuries : celui de l’existence de « comploteurs » responsables des difficultés du pays.

    Selon lui, après plusieurs années de gouvernance, deux explications seulement sont possibles : soit les crises sont effectivement provoquées par des forces extérieures que le pouvoir n’arrive pas à combattre, soit les responsables de l’État ne disposent pas d’une vision suffisamment claire de l’avenir. Dans les deux cas, le résultat est le même : « l’échec est devenu évident ».

    Il a souligné par ailleurs l’absence de visibilité pour les citoyens, qui ne savent pas ce qui les attend dans les mois ou les années à venir. Il a décrit un climat de « mécontentement total et généralisé », marqué par une perte de confiance dans l’avenir.

    Il a évoqué, dans ce sens, le phénomène migratoire, estimant que le sentiment d’insécurité économique et sociale pousse une partie des Tunisiens à envisager le départ, y compris ceux qui ne franchissent pas effectivement le pas de l’émigration clandestine ou légale.

    Sur la réforme de l’éducation, Nabil Hajji a critiqué également ce qu’il considère comme une tendance à multiplier les structures de consultation sans parvenir à transformer les recommandations en politiques publiques effectives.

    Il a rappelé que le Conseil supérieur de l’éducation et de l’enseignement avait fait l’objet de plusieurs étapes institutionnelles depuis l’adoption de la Constitution de 2022, avec des consultations, des textes réglementaires et des nominations.

    Mais, selon lui, un conseil supérieur peut conseiller, consulter des experts et formuler des orientations. Il ne peut pas se substituer au pouvoir politique. « Celui qui gouverne doit faire les politiques et en assumer la responsabilité », a-t-il soutenu. À son sens, la responsabilité ne peut donc pas être indéfiniment transférée vers des commissions, des conseils ou des structures administratives.

    Interrogé sur l’éventuelle responsabilité de l’administration dans les blocages actuels, Nabil Hajji a rejeté également ce qu’il considère comme une autre forme de défausse politique. Il a rappelé que, dans le système institutionnel tunisien, le pouvoir politique définit les orientations et les politiques publiques, tandis que l’administration est chargée de leur mise en œuvre.

    Si l’administration bloque systématiquement les politiques décidées par le pouvoir, les responsables politiques doivent en tirer les conséquences et assumer leur responsabilité dans la gestion des ministères et des entreprises publiques.

    Pour lui, cet argument ne peut être utilisé indéfiniment : plusieurs gouvernements se sont succédé depuis 2021 et l’actuel pouvoir reste responsable des orientations et des choix opérés durant cette période.

    La question d’un éventuel changement gouvernemental a également été abordée au cours de l’émission.

    Nabil Hajji s’est montré particulièrement réservé quant à l’idée qu’un simple remaniement puisse constituer une réponse aux difficultés actuelles. Changer des ministres sans modifier les politiques publiques, les méthodes de gouvernance ou les mécanismes de décision ne permettrait pas, selon lui, de résoudre les problèmes structurels du pays.

    Il a comparé cette situation à celle d’une entreprise : changer les employés sans donner à l’organisation les moyens, les équipements ou les orientations nécessaires ne permet pas d’améliorer ses performances. Pour lui, le problème dépasse donc les personnes qui occupent les postes ministériels. Il touche à la manière dont les politiques sont conçues, décidées et mises en œuvre.

    Au terme de son intervention, Nabil Hajji est revenu sur la responsabilité du sommet de l’État. Il a souligné que les annonces répétées concernant les réformes doivent désormais être confrontées aux résultats concrets.

    Il s’est interrogé ainsi sur le sens des appels récurrents à la réforme alors que, selon lui, les citoyens continuent de faire face aux mêmes difficultés dans leur vie quotidienne.

    Son diagnostic est sans détour : la Tunisie ne traverse pas une crise isolée, mais une accumulation de crises qui révèle, à ses yeux, une défaillance plus profonde de la gouvernance publique.

    Derrière les coupures d’électricité, les difficultés d’accès à l’eau, les pénuries de médicaments ou de produits de base, les dysfonctionnements des transports et des services publics, Nabil Hajji voit un même mal : une absence de vision à moyen et long terme et, surtout, un déficit d’anticipation.

    N.J

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    Commentaire

    1. Citoyen_H

      Répondre
      3 septembre 2026 | 21h00

      ET DEVINEZ UN PEU,

      grâce à qui ?

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