La Ligue des familles des détenus politiques et des détenus d’opinion a fait part, mercredi 2 septembre 2026, de sa « vive inquiétude » concernant les conditions dans lesquelles a été fixée l’audience de cassation dans l’affaire dite de « complot contre la sûreté de l’État », prévue jeudi 3 septembre.
Dans un communiqué, la Ligue s’étonne que l’audience ait été programmée durant les vacances judiciaires et devant une chambre estivale de la Cour de cassation. Elle relève également que les avocats et les familles des détenus n’auraient été informés que trois jours avant la date retenue.
Pour l’organisation, ce délai particulièrement court est susceptible d’entraver l’exercice des droits de la défense et de porter atteinte aux garanties fondamentales d’un procès équitable.
La Ligue réclame le respect des procédures
Tout en affirmant son attachement à l’indépendance et à l’autorité de la justice, la Ligue souligne que l’indépendance du pouvoir judiciaire ne peut être dissociée du respect de la loi, des règles de procédure et des délais légaux.
Elle met notamment en garde contre un recours excessif au caractère urgent des procédures. Quelle qu’en soit la justification, estime-t-elle, l’urgence ne devrait pas conduire à réduire les droits des justiciables, à limiter l’exercice des droits de la défense ou à empêcher les parties de suivre les affaires dans les conditions et les délais prévus par la loi.
La Ligue demande ainsi le respect des règles et procédures légales et appelle à ne pas étendre le recours aux procédures d’urgence au point de compromettre les garanties procédurales.
Les familles assurent ne réclamer « ni privilège ni traitement particulier » et ne pas chercher à intervenir dans le travail de la justice, ses délibérations ou ses décisions. Elles disent uniquement demander le respect de la loi et des garanties permettant la tenue d’un procès équitable.
Le communiqué se conclut sur un appel à la responsabilité de l’institution judiciaire. « La justice est mise à l’épreuve par sa conscience », affirme la Ligue, estimant que son indépendance se mesure à sa capacité à « faire triompher la loi et la justice », en tant que « dernier rempart pour la protection des droits et des libertés ».
Un rassemblement prévu devant la Cour de cassation
Cette audience intervient alors que la Coordination nationale pour la libération des prisonniers politiques a appelé à un rassemblement de solidarité, jeudi 3 septembre à 10 heures, devant la Cour de cassation, avenue du 9-Avril à Tunis.
La Coordination appelle à cette mobilisation pour réclamer la libération des détenus poursuivis et condamnés dans ce qui est communément appelé l’affaire du complot contre la sûreté de l’État.
Parmi eux figure l’avocat et militant politique Ayachi Hammami. Ancien président de la section de Tunis de la Ligue tunisienne des droits de l’Homme et ancien membre du Réseau euro-méditerranéen des droits de l’Homme, il avait également occupé le poste de ministre chargé des Droits de l’Homme et de la Relation avec les instances constitutionnelles dans le gouvernement d’Elyes Fakhfakh.
Arrêté en décembre 2025, Ayachi Hammami purge une peine de cinq ans de prison dans le cadre de cette affaire. À la veille de l’audience en cassation, il avait également pris la parole depuis sa détention dans une lettre rendue publique, dans laquelle il revenait sur sa situation et sur le procès.
L’audience du jeudi 3 septembre constitue ainsi une nouvelle étape judiciaire dans cette affaire, tandis que les familles des détenus concentrent désormais leurs critiques sur les conditions de son organisation et réclament le respect intégral des garanties procédurales et des droits de la défense.
M.B.Z












