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Hassen Jarboui : des crises qui s’aggravent et des réponses gouvernementales qui se font attendre

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Par Myriam Ben Zineb

    Le député Hassen Jarboui a expliqué, jeudi 3 septembre 2026, les raisons qui l’ont conduit à quitter la présidence de la commission de l’Agriculture, de la sécurité alimentaire et hydrique et de la pêche. Invité de Jawhara FM, il a notamment pointé l’absence de réponse du gouvernement aux sollicitations du Parlement et estimé que plusieurs dossiers essentiels restaient bloqués, alors que les difficultés s’accumulent dans les secteurs de l’eau et de l’agriculture.

    Hassen Jarboui a confirmé que sa démission avait été acceptée par le bureau de l’Assemblée des représentants du peuple (ARP), puis soumise à la commission. Amor Ben Amor en assure désormais la présidence, tandis que Hassen Jarboui reste membre de la commission.

    Le député a expliqué avoir expressément invoqué, dans sa lettre de démission, « l’absence de réponse du gouvernement ». « Je ne peux pas être président d’une commission sans prérogatives », a-t-il lancé, estimant qu’un président de commission doit pouvoir anticiper les problèmes, auditionner les ministères et travailler avec eux sur les solutions à apporter.

    « Aujourd’hui, nous sommes face à des responsables qui justifient les crises, mais qui ne nous donnent pas de solutions », a-t-il déploré.

    « Le gouvernement ne vient que pour les prêts »

    Hassen Jarboui a également évoqué les rapports entre le gouvernement et l’ARP. À ses yeux, des divergences entre les différentes fonctions de l’État sont normales, mais elles ne devraient pas se transformer en rupture.

    Il a surtout reproché aux membres du gouvernement leur faible présence devant le Parlement. « Aujourd’hui, les membres du gouvernement ne viennent vous voir que lorsqu’il s’agit de prêts », a-t-il affirmé.

    Le député a cité plusieurs textes qu’il juge prioritaires, notamment le Code de l’investissement et le Code des eaux, qui n’ont toujours pas été soumis à l’Assemblée. Il a également évoqué les propositions élaborées par les députés, dont un texte sur la régularisation de la situation des puits et une proposition relative à la restructuration des terres domaniales agricoles, sur laquelle, assure-t-il, les parlementaires ont travaillé pendant onze mois.

    Il affirme qu’une journée d’étude avait été organisée par l’ARP autour de ce dernier dossier et que le gouvernement avait été invité, sans répondre présent.

    « Nous avons travaillé sur des propositions de loi capables de changer la situation actuelle », a-t-il insisté.

    Eau : un fossé entre les discours et le terrain

    Une large partie de l’intervention a été consacrée à la situation hydrique. Hassen Jarboui a particulièrement insisté sur les difficultés rencontrées dans plusieurs zones rurales du gouvernorat de Sfax.

    Il a distingué la situation de la ville de Sfax, dont l’approvisionnement a bénéficié de la station de dessalement, de celle de plusieurs délégations rurales. À Menzel Chaker notamment, il affirme que certaines zones sont privées d’eau depuis cinq à six mois.

    Le député a indiqué avoir adressé plusieurs correspondances au secrétaire d’État chargé de l’Eau, Hamadi Habaeib, ainsi qu’à la direction générale de la Sonede. Des forages ont été réalisés, a-t-il reconnu, tout en mettant en cause la qualité de l’eau distribuée dans certaines zones.

    Hassen Jarboui a également évoqué le nombre de personnes sous dialyse à Menzel Chaker, qui serait, d’après les chiffres dont il dispose, passé de 26 à 86 en deux ans. Il s’est toutefois gardé d’établir lui-même un lien entre cette évolution et l’eau consommée.

    « Est-ce à cause de l’eau ou non ? Cela nécessite une étude scientifique claire », a-t-il souligné, réclamant une enquête et des analyses sur l’eau effectivement consommée par les habitants.

    Il affirme avoir saisi le ministère de la Santé sur cette question sans obtenir de réponse.

    « Analysez l’eau que boivent réellement les citoyens »

    Pour Hassen Jarboui, les contrôles effectués en amont ne suffisent pas à renseigner sur la qualité de l’eau lorsqu’elle arrive chez le consommateur.

    Il a ainsi demandé que des prélèvements soient effectués directement dans les zones concernées et affirme avoir transmis aux responsables des photos montrant l’état de l’eau distribuée.

    Le député a également évoqué plusieurs localités de l’axe sud du gouvernorat de Sfax, notamment Skhira, Mahres, Agareb et Menzel Chaker, où les difficultés d’approvisionnement persistent.

    Il a rappelé une visite effectuée à Menzel Chaker avec le secrétaire d’État chargé de l’Eau, au cours de laquelle une installation destinée à réduire la teneur en fer de l’eau aurait été promise. D’après lui, le problème demeure.

    Eau minérale : Jarboui pointe aussi les lois sur les chèques et la spéculation

    Sur les perturbations de l’approvisionnement en eau minérale, Hassen Jarboui a refusé de faire du stockage excessif des particuliers l’unique explication de la crise. Il a reconnu l’existence de comportements de surstockage, mais estimé qu’ils ne représentaient qu’une partie du problème.

    Le député a surtout pointé les effets de certaines dispositions législatives sur les circuits économiques, évoquant notamment la réforme des chèques et la législation relative à la lutte contre la spéculation. À ses yeux, ces textes ont contribué à modifier les pratiques des opérateurs et notamment la constitution de stocks destinés à répondre à la hausse saisonnière de la demande.

    Il a ainsi évoqué des professionnels qui constituaient auparavant des stocks durant l’hiver avant de les écouler pendant l’été, période où la consommation d’eau minérale augmente fortement.

    Hassen Jarboui a de nouveau opposé deux approches de la gestion de la crise : « Il y a un responsable qui cherche une solution à la crise et un responsable qui justifie la crise », regrettant que les explications avancées ne débouchent pas, à ses yeux, sur des réponses suffisantes.

    Il a également critiqué la concentration des opérations de distribution renforcée dans les grandes surfaces du Grand Tunis, rappelant que de nombreuses zones rurales ne disposent pas de ce type de commerces et connaissent elles aussi d’importantes difficultés d’approvisionnement.

    « Il faut reconnaître notre échec pour pouvoir réparer »

    Sur la gestion des ressources hydriques, Hassen Jarboui a appelé à s’inspirer davantage des expériences étrangères. Il a évoqué les dispositifs de récupération et de stockage de l’eau utilisés dans différents pays ainsi que certaines techniques agricoles permettant de réduire les besoins en irrigation.

    Il a notamment cité le Maroc et l’Algérie, estimant que les deux pays avaient pris de l’avance dans certains domaines liés à l’économie d’eau.

    « Ouvrez vos esprits, regardez comment travaille le monde et évoluons », a-t-il lancé.

    Le député a été particulièrement sévère sur le retard accumulé par le pays. « Il faut reconnaître notre échec pour pouvoir réparer », a-t-il affirmé.

    Il a également critiqué la tendance à continuer de ramener les difficultés actuelles aux périodes politiques précédentes. « Nous parlons toujours de la décennie noire et des vingt-trois années du RCD », a-t-il observé, estimant que le pays devait désormais mesurer son retard à l’aune de ses propres performances.

    Volailles : les coupures d’électricité qualifiées de « catastrophe »

    Le député a également abordé les conséquences de la chaleur et des coupures d’électricité sur les élevages de volailles.

    Il affirme avoir constaté directement des pertes importantes dans des élevages, particulièrement dans le gouvernorat de Sfax. « Je suis allé chez une agricultrice : tout un poulailler a été décimé. Les poulets sont morts et ont été enterrés », a-t-il raconté.

    Hassen Jarboui a qualifié les coupures d’électricité de « catastrophe », estimant qu’elles avaient affecté aussi bien l’agriculture que le commerce et d’autres activités économiques.

    Il a néanmoins salué certaines actions du ministère de l’Agriculture, notamment le travail engagé avec les différents intervenants des filières d’élevage.

    Viandes : une crise à traiter avant Ramadan

    Hassen Jarboui a également alerté sur la situation des viandes rouges et blanches. À ses yeux, la crise est déjà présente et ne doit pas être traitée uniquement à l’approche de Ramadan.

    Il a appelé à réunir rapidement les différents intervenants et à consacrer un conseil ministériel à la question.

    Le député a également plaidé pour une restructuration de la Société Ellouhoum afin qu’elle puisse jouer pleinement son rôle dans la régulation du marché. Il a relevé la faiblesse actuelle de ses effectifs par rapport aux décennies précédentes et s’est également interrogé sur l’implantation régionale des structures publiques intervenant dans l’alimentation animale.

    « Si les efforts ne sont pas réunis aujourd’hui, pas dans un mois ou deux, nous retrouverons la crise en février, pendant Ramadan », a-t-il averti.

    Incendies : Jarboui réclame des réponses sur les indemnisations

    Hassen Jarboui est également revenu sur les récents incendies et leurs conséquences pour les agriculteurs et les habitants des zones touchées. Il a regretté l’absence d’une communication claire de la présidence du gouvernement sur les indemnisations, alors que certains sinistrés ont perdu leur bétail, leurs récoltes, leurs moyens de subsistance, voire leurs habitations.

    Le député a estimé qu’un message rassurant aurait dû être adressé aux personnes concernées pour préciser les modalités de compensation des pertes. Il a également évoqué une initiative parlementaire autour du Fonds des calamités naturelles, dont il estime le dispositif à revoir.

    Hassen Jarboui a, par ailleurs, indiqué que des députés, en coordination avec plusieurs acteurs, avaient proposé de faire du 25 octobre une journée de reboisement dans les forêts incendiées, notamment au Kef, à Jendouba et à Bizerte. Il a contesté l’idée selon laquelle il faudrait systématiquement attendre deux ans avant d’intervenir, affirmant avoir visité à Jendouba une forêt touchée par un incendie une dizaine d’années auparavant et qui ne s’était toujours pas régénérée naturellement.

    Il a ainsi appelé à une intervention concrète pour restaurer les zones touchées et à mettre fin aux renvois de responsabilité : il faut, a-t-il insisté, « travailler pour le pays » plutôt que continuer à s’accuser mutuellement.

    Huile d’olive : des décisions qui restent sans application

    Autre dossier abordé : l’huile d’olive. Hassen Jarboui a estimé que les problèmes de la filière sont connus depuis plusieurs années sans que les solutions annoncées aient été suffisamment mises en œuvre.

    Il a notamment évoqué un conseil ministériel consacré à la récolte des olives au cours duquel quinze mesures auraient été arrêtées. « Retournez voir les points : pas un seul n’a été appliqué », a-t-il affirmé.

    Le député a également rappelé une réunion de 74 parlementaires consacrée au secteur et durant laquelle des propositions portant sur la production, la transformation et l’exportation avaient été formulées puis transmises aux autorités.

    Il a appelé à renforcer le marché local de l’huile d’olive et à rétablir la confiance entre producteurs, transformateurs et exportateurs, tout en soulignant l’importance économique de la filière.

    « Il faut un effet sur le terrain »

    Hassen Jarboui a finalement ramené les différents dossiers évoqués au même constat : celui d’un manque de traduction concrète des décisions et des annonces dans la vie quotidienne.

    Il a raconté avoir été frappé, en circulant dans la rue avant son passage à la radio, par les difficultés sociales visibles chez certains citoyens. « On voit de la misère. On voit des gens qui portent réellement le poids du monde sur leurs épaules », a-t-il déclaré.

    Le député a ainsi appelé à améliorer la communication et la coopération entre les différentes fonctions de l’État, mais surtout à produire des résultats perceptibles par les citoyens.

    « Il faut qu’il y ait un effet sur le terrain. Il ne faut pas que cela reste uniquement des slogans », a-t-il conclu.

    M.B.Z

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