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Bassem Trifi : nous tendons la main au pouvoir pour sortir de la crise

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Par Nadya Jennene

    Le président de la Ligue tunisienne des droits de l’Homme (LTDH), Bassem Trifi, est revenu, jeudi 3 septembre 2026, sur la mise en place d’un nouveau cadre de coordination réunissant son organisation, l’Union générale tunisienne du travail (UGTT) et l’Ordre national des avocats (Onat). Invité sur les ondes d’Express FM au micro de Myriam Belkadhi, il a présenté cette initiative comme une démarche ouverte visant à favoriser le dialogue autour des multiples crises que traverse la Tunisie.

    Ce nouveau cadre commun, officiellement annoncé dans un communiqué signé par les trois organisations, ne constitue pas, selon Bassem Trifi, une structure destinée à exclure d’autres acteurs de la scène nationale. Il devrait au contraire rester ouvert à d’autres organisations, associations et forces vives et démocratiques souhaitant contribuer à la recherche de solutions pour le pays.

    Le président de la LTDH a ainsi démenti toute volonté d’écarter certaines organisations, notamment l’Union tunisienne du commerce, de l’industrie et de l’artisanat (Utica). Il a expliqué que des contacts avaient été établis avec la centrale patronale, mais que celle-ci n’a jamais donné suite.

    Bassem Trifi a insisté sur le fait que les trois organisations entendaient travailler autour de préoccupations qui dépassaient leurs seuls domaines d’intervention. Il a cité, entre autres, les pénuries de médicaments, notamment ceux destinés aux patients souffrant de maladies chroniques, les difficultés d’approvisionnement, les coupures d’eau et d’électricité, ainsi que les problèmes liés au pain et à la farine.

    À ces difficultés s’ajoutent, selon lui, les crises politique, économique et sociale, mais aussi les questions relatives aux droits et libertés, à la justice, aux médias et à l’action des organisations de la société civile.

    L’objectif est donc de créer un espace de concertation permettant de mettre ces différentes problématiques sur la table et d’échanger sur les solutions envisageables.

    Le président de la LTDH a également fait référence à l’expérience du Dialogue national de 2013-2014. Il a toutefois pris soin de distinguer les deux contextes, estimant que la situation politique, économique et sociale actuelle est différente de celle qui prévalait après les assassinats politiques de 2013.

    Pour autant, cette expérience démontre, à ses yeux, l’importance du dialogue dans les périodes de crise. Les différentes parties avaient alors réussi à s’asseoir autour d’une même table et à dégager une issue permettant au pays de sortir de l’impasse.

    Bassem Trifi a présenté cette nouvelle démarche comme une main tendue aux autorités. Les organisations disposent, selon lui, de leurs propres constats et propositions, tandis que le pouvoir détient les moyens de les mettre en œuvre.

    Il a ainsi appelé les autorités à prêter l’oreille aux alertes lancées par la société civile, notamment concernant la situation dans les prisons, les risques liés aux pénuries d’eau et d’électricité ou encore les difficultés d’accès à certains médicaments.

    « Nous voulons que le pouvoir dialogue avec nous et nous écoute », a-t-il expliqué, estimant que la multiplication des problèmes dans différents secteurs témoigne d’une accumulation de crises auxquelles il devient nécessaire d’apporter des réponses.

    Le président de la LTDH a par ailleurs rejeté les critiques reprochant à ce cadre de coordination d’avoir été annoncé tardivement. « Nous le faisons au moment que nous estimons utile », a-t-il soutenu, considérant que l’intérêt des Tunisiens devrait primer sur toute autre considération.

    Au cours de la même intervention, Bassem Trifi est longuement revenu sur la situation dans les établissements pénitentiaires, qu’il a décrite comme extrêmement préoccupante.

    Il a rappelé que les conditions de détention étaient déjà difficiles en temps normal, évoquant notamment la surpopulation, le manque d’aération, la propagation de maladies, l’insuffisance de la prise en charge sanitaire et la dégradation générale des conditions de vie.

    La situation a cependant atteint un niveau critique avec les fortes chaleurs enregistrées cet été. Alors que les températures avaient atteint près de 45°C à l’extérieur, les détenus avaient dû faire face à des conditions encore plus éprouvantes à l’intérieur des établissements, avec des infrastructures insuffisamment adaptées et des systèmes de ventilation qui ne permettaient pas, selon lui, de garantir des conditions de détention acceptables.

    La surpopulation constituait un autre facteur aggravant. Bassem Trifi a évoqué des établissements où le taux d’occupation aurait atteint 200%, voire dépassé 300% dans certains cas.

    Une situation qui, selon lui, ne pourrait plus être considérée comme une simple dégradation des conditions carcérales. Il a estimé qu’elle avait atteint le seuil de traitements « cruels et dégradants », entrant ainsi dans la définition de la torture consacrée par les conventions internationales auxquelles la Tunisie était partie. Le président de la LTDH a dans ce sens évoqué une multiplication des décès en prison durant la période de fortes chaleurs.

    Bassem Trifi a rappelé par ailleurs que la Ligue était privée de visites dans les prisons depuis plusieurs mois, à la suite de la suspension unilatérale, par le ministère de la Justice, du mémorandum d’entente qui encadrait ses visites des établissements pénitentiaires.

    Auparavant, la Ligue pouvait recueillir des informations, se rendre sur place et les vérifier auprès de l’administration pénitentiaire. Désormais, elle devait essentiellement s’appuyer sur les témoignages des familles, des avocats et des médecins.

    Il a notamment évoqué le cas qui lui avait été signalé par une avocate concernant un détenu décédé dans un contexte marqué par les températures élevées et le manque d’aération.

    Pour tenter de recouper ces informations, la LTDH avait noué des contacts avec des médecins et notamment avec une association de jeunes médecins, susceptible de disposer d’informations provenant des services d’urgence et des établissements hospitaliers.

    La Ligue avait ainsi, selon Bassem Trifi, documenté une vingtaine de cas et poursuit ses vérifications à partir des témoignages recueillis auprès des proches et des avocats.

    Il a, dans ce contexte, insisté sur la nécessité de faire toute la lumière sur ces décès et de déterminer les éventuelles responsabilités, expliquant qu’un avocat lui avait affirmé que 16 dossiers étaient actuellement entre les mains d’un juge d’instruction du tribunal de première instance de Tunis.

    Pour le président de la LTDH, l’existence de pathologies préexistantes chez certains détenus ne pourrait suffire à écarter la question des responsabilités. Même lorsqu’une personne souffre d’une maladie, il faut, selon lui, déterminer si une éventuelle négligence ou une insuffisance de prise en charge avait contribué à son décès.

    Il a donc appelé à l’ouverture d’enquêtes et à la réalisation des examens nécessaires afin d’établir les circonstances précises de chaque décès.

    Au-delà de la responsabilité pénale susceptible d’être établie dans certains cas, Bassem Trifi a évoqué la responsabilité de l’État en tant qu’institution chargée de la garde des détenus.

    La responsabilité devrait, selon lui, être recherchée à différents niveaux, notamment du côté du ministère de la Justice et de la direction générale des prisons, dès lors que des manquements auraient contribué à mettre en danger la vie ou la santé des détenus.

    Il a également rappelé que la détention devrait avoir pour finalité la réhabilitation et la réinsertion, et non l’exposition des détenus à des conditions susceptibles de porter atteinte à leur intégrité physique ou à leur dignité.

    Pour lui, la situation appelait donc non seulement des enquêtes sur les décès, mais également une amélioration structurelle des conditions de détention et des infrastructures pénitentiaires.

    N.J

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