Au lendemain du verdict prononcé dans l’affaire dite de « complot contre la sûreté de l’État », la Coordination des familles des détenus politiques et plusieurs membres de leur défense ont tenu une conférence de presse pour dénoncer un procès qu’ils estiment entaché de graves irrégularités et réaffirmer leur détermination à poursuivre leur combat.
Les intervenants ont présenté, vendredi 4 septembre 2026, le verdict rendu la veille comme l’aboutissement d’un long processus judiciaire entamé le 22 février 2026, mais également comme le symbole d’une période politique marquée, selon eux, par l’affaiblissement des libertés publiques et l’instrumentalisation de la justice.
Selon eux, cette affaire resterait gravée dans la mémoire des Tunisiens comme l’un des marqueurs de la période ouverte le 25 juillet 2021, durant laquelle le pouvoir a progressivement asséché la scène politique et réduit au silence les voix dissidentes, en recourant notamment à la justice.
Les intervenants ont également critiqué les conditions dans lesquelles s’est tenue l’audience, soulignant qu’elle avait été organisée en pleine période de vacances judiciaires et avec la convocation, dans l’urgence, de la formation appelée à statuer. Les lourdes condamnations prononcées n’ont fait que confirmer les craintes exprimées par la défense quant à l’avenir du pluralisme politique en Tunisie.
Les familles dénoncent un procès politique
Les familles et la défense ont par ailleurs contesté le fond même de l’accusation de « complot ». L’un des intervenants a soutenu que les personnes poursuivies n’avaient pas agi dans la clandestinité et que leurs rencontres et activités politiques étaient connues, estimant que l’accusation avait été construite autour d’une lecture déformée des faits.
Selon lui, le véritable enjeu dépasse désormais le cadre judiciaire : « la question n’est plus judiciaire, elle est politique ». Il a ainsi appelé à l’unification de toutes les forces opposées au pouvoir en place, considérant que seule une convergence de l’opposition pourrait permettre de sortir le pays de la crise.
Les familles ont également insisté sur le coût humain et matériel de ces années de procédures. L’un de leurs représentants a évoqué les déplacements incessants vers les tribunaux et les prisons, ainsi que les dépenses supportées par les proches des détenus depuis le début des arrestations. Il a dénoncé ce qu’il considère comme une injustice infligée non seulement aux détenus, mais également à leurs familles.
La conférence a aussi été l’occasion de rendre hommage aux avocats ayant assuré la défense des personnes poursuivies. Les intervenants ont notamment évoqué les poursuites visant plusieurs membres du barreau, estimant que ceux-ci n’avaient pas seulement défendu leurs clients, mais également le droit à la justice et l’indépendance de la profession.
Un hommage particulier a également été adressé aux journalistes et aux professionnels des médias poursuivis ou contraints à l’exil pour avoir continué à exercer leur métier et à relayer les faits.
Un appel à l’unité pour « sauver la Tunisie »
Malgré le verdict, les familles ont affirmé qu’elles n’entendaient pas renoncer à leur mobilisation. Elles ont assuré que, depuis les premières arrestations, les tentatives visant à les épuiser par l’attente, la peur et les pressions n’avaient pas abouti.
Au-delà de l’affaire judiciaire, plusieurs intervenants ont dressé un constat alarmant de la situation générale du pays, évoquant simultanément les difficultés économiques et sociales, les pénuries d’eau et les coupures d’électricité. Ils ont appelé à un « plan de sauvetage économique urgent » ainsi qu’à une véritable ouverture politique.
Ils ont également plaidé pour un rassemblement des forces politiques, syndicales et civiles autour d’un objectif commun : « sauver la Tunisie ».
À l’issue de la conférence, les familles ont réaffirmé leur attachement à la liberté d’expression, au pluralisme et à l’indépendance de la justice, tout en estimant que les divergences politiques ne devraient jamais justifier l’emprisonnement d’une personne pour ses opinions.
La Cour de cassation a, rappelons-le, rejeté les pourvois introduits dans le cadre de cette affaire, confirmant ainsi l’ensemble des jugements rendus en appel.
La chambre d’appel avait rendu des verdicts particulièrement lourds, avec des peines allant jusqu’à 45 ans de prison pour certains accusés détenus. Plusieurs condamnations avaient toutefois été revues à la baisse, tandis que trois acquittements avaient été prononcés.
Parmi les principales figures politiques concernées, Jaouhar Ben Mbarek, Ghazi Chaouachi, Ridha Belhaj, Issam Chebbi et Chayma Issa avaient vu leurs peines passer de 18 à vingt ans de prison. La peine d’Abdelhamid Jelassi avait été ramenée de treize à dix ans, celle d’Ayachi Hammami de huit à cinq ans, celle d’Ahmed Néjib Chebbi de 18 à douze ans et celle de Kamel Letaief de 66 à 30 ans.
Khayem Turki avait, quant à lui, été condamné à 35 ans de prison, contre 48 ans en première instance, tandis que Noureddine Bhiri avait vu sa peine ramenée de 43 à vingt ans. Karim Guellaty avait été condamné à 35 ans de prison. Sahbi Atig et Saïd Ferjani avaient chacun été condamnés à dix ans de prison.
La cour d’appel avait également prononcé trois acquittements, au bénéfice de Noureddine Boutar, directeur de Mosaïque FM, de l’avocat et ancien secrétaire d’État Lazhar Akremi et de Hattab Slama. Plusieurs condamnations étaient par ailleurs assorties d’amendes, de mesures de surveillance administrative ou de gel des avoirs.
Le rejet des pourvois par la Cour de cassation rend ainsi définitives les condamnations prononcées en appel.
N.J











